ÉCOLE FRANÇAISE
(( Saint Marlin, pour obtenir la grâce de plusieurs condamnés à mort, passe la nuit au seuil du palais d'Avicien. " Avicien, qui exerçait les fonctions redoutables de gouverneur civil et militaire de plusieurs provinces, arriva un jour dans la ville des Turones avec un cortège de misérables qui devaient, dès le lendemain matin, subir le dernier supplice. Martin se prosterne sur le seuil du gouverneur et attend dans le silence de la nuit. Avicien est averti par un songe de la présence du saint évèque : il le fait chercher, le cherche lui-même, le trouve en prière, et lui accorde soudain le pardon de tous les condamnés. ( Voy. Sulpice Sévère, Dial., III, à, et, dans le présent livre, les pp. 246, 247.)
Composition originale de Luc -Olivier Mehson, gravée par Chapon.
déplorables sinistres n'occasionna une ruine complète, et l'on vit même, durant le dernier, l'église servir de refuge aux habitants incendiés. Mais ils amenèrent successivement la réfection de l'abside, du chœur, du sanctuaire, des bas côtés, d'une portion de la nef et de trois des tours, parmi lesquelles celle de l'Horloge, qui est restée debout; et la plupart de ces restaurations furent accompagnées d'agrandissements, de remaniements conformes au goût des contemporains. Les incendies et les reconstructions s'étant enfin arrêtés au xiu" siècle, il n'y eut depuis que des changements ou des additions de peu d'importance, et l'ensemble de l'édifice arriva avec les caractères de cette époque jusqu'à la Révolution , comme le prouve le plan de 1779. Le corps de l'église était devenu un vaste vaisseau à cinq nefs; les doubles bas côtés se prolongeaient autour du sanctuaire, et le chevet se terminait par cinq chapelles absidales, dont une, celle du fond, était sensiblement plus grande que les autres, suivant l'usage. Ainsi, malgré quelques dissonances de style, l'aspect général de Saint-Martin de Tours était des plus imposants. L'intérieur surtout empruntait aux splendeurs du tombeau, à l'éclat des verreries, représentant divers traits de l'histoire du bienheureux et de son culte, aux sculptures de plusieurs monuments funèbres, tels que ceux des anciens évoques, d'Alcuin, d'Hervé, des reines Liutgarde et Judith, des comtes d'Anjou, des Boucicaut, des jeunes enfants do Charles VIII, de Ronsard, etc., aux peintures murales des chapelles, exécutées en partie par Coppin Delf, le peintre de Louis XI et du roi René, enfin aux riches tapisseries tendues autour du chœur depuis 14G0 et retraçant aussi en dessins naïfs la légende martinienne ' , cette majesté harmonieuse et en même temps cette animation, cette vie luxuriante qui caractérisent les chefs-d'œuvre de l'architec-
' Chaljiiel, p. 201-224. Mss. de Baluze, vol. LXXVll, 1" 367. Lecoy de la Marche, Le roi René, II, 94, etc.
LES ÉGLISES DÉDIÉES A SAINT MARTIN Tjll
tare gothique, ou, pour parler plus exactement, de Tarchitecture française.
Les dévastations des huguenots , dont on a lu le récit, laissèrent subsister les murs : il fallait bien réserver une proie au vandalisme révolutionnaire. Celui-ci devait être impitoyable. Au moment oîi des réparations urgentes venaient d'être décidées et entreprises avec le concours de Louis XVI, la tempête se déchaîna et fit tout suspendre. L'assemblée constituante ayant supprimé les chapitres et communautés, l'église, en dépit d'une requête fort bien motivée des chanoines, et malgré les bonnes dispositions des députés du département, fut convertie en paroisse. Les paroisses abolies, on la transforma sans façon en écurie pour le service des charrois militaires dirigés sur la Vendée. Le sanctuaire révéré qui depuis tant de siècles retentissait jour et nuit de la louange divine n'entendit plus que les hennissements des chevaux et les blasphèmes des soldats envoyés contre les défenseurs de la liberté religieuse : l'abomination de la désolation était vraiment dans le lieu saint. Mais le voir debout, c'était encore trop pour les soi-disant patriotes. Ne pouvant détruire une pareille masse de pierres, ils l'aidèrent de leur mieux à s'écrouler d'elle-même. Des dégradations de toute sorte s'opérèrent dans l'ombre. On commença par enlever, pour les vendre, les plombs des toits et des gouttières, puis l'armature en fer qui soutenait les voûtes et qui était due à Vauban. Un édifice déjà en mauvais état ne pouvait résister à un pareil traitement. Le mal devint promptement irréparable, et, le 5 octobre 1797, l'administration départementale , considérant qu'une restauration était devenue trop onéreuse, ordonna l'aliénation d'une partie de l'église. Les habitants offraient de fournir les trente mille francs nécessaires pour la rendre au culte; on passa outre. Un mois après, la chute prévue se produisait, une partie des voûtes s'écroulait avec fracas; et alors, comme on n'avait plus affaire qu'à des ruines informes,