CHAPITRE VII
constituant un danger pour les voisins et gênant la circulation, un nouvel arrêté enjoignit la destruction complète du monument et la vente des matériaux : saint Martin était exproprié dans l'intérêt de la sécurité publique ! Quelques jours plus tard , la municipalité , dont le zèle craignait de se laisser dépasser, se hâtait d'adjuger à un couvreur la démolition d'une partie de l'enceinte, pour la somme de treize mille trois cents francs. Mais cette opération présenta d'énormes difficultés et traîna forcément en longueur : les vieux murs tenaient encore mieux qu'on ne croyait. Afin d'aller plus vite, on fit jouer la mine. Un adjudicataire imagina, l'année suivante, de faire sauter quelques travées la veille de la fête du saint, pour lui offrir un bouquet, disait-il. Cette plaisanterie lui coûta cher; le malheureux fut écrasé sous les décombres, et plusieurs maisons avec lui. Les acquéreurs se trouvèrent tellement embarrassés de leurs lots, que, pour les encourager à déblayer le terrain, il fallut « venir à leur secours » : la ville leur alloua, le 16 mars 1799, une indemnité de sept mille neuf cent quatrevingts francs. Enfin, le l'='" août 1802, un préfet énergique termina l'affaire par le moyen de seize adjudications nouvelles , dans lesquelles il eut soin de se réserver une part : ce magistrat, dont le nom mérite de passer à la postérité, s'appelait de Pommereul. Alors les derniers débris de la vieille basilique furent rasés, à l'exception des deux tours qui se dressent encore sur le théâtre de l'attentat , témoins incorruptibles, accusateurs silencieux. Cela se passa dans un moment de calme, en pleine réaction, sans avoir même pour excuse l'entraînement révolutionnaire. Des rues furent tracées, puis percées sans aucune opposition sur « l'emplacement de la ci-devant église Martin de Tours ». Ce nom fameux disparut lui-même de la ville qu'il avait illustrée. 11 ne se conserva qu'à l'intérieur de la cathédrale, dans une chapelle érigée sous le titre de Saint-Martin pour le service de la paroisse; plus tard seulement, il fut rendu à l'une
des rues en question : un des démolisseurs lui avait d'abord donné le sien M L'œuvre était donc consommée : le grand
Fig. 63. — Basilique de Saint - Martin de Tours restituée sur ses fondations du XI» siècle.
évêque était matériellement dépossédé, chassé du souvenir
Chalmel, ms. cité, p. 22-23. Jacquet-Delahaye, Z)w Rclablissemcnt des églises, p, 91 et suiv. Cf. le plan géométral conservé aux Archives d'Indre-et-Loire.