CHAPITRE VII
de son peuple. A quelque temps de là, les Tourangeaux recevaient dans leurs murs l'empereur Napoléon. Les autorités locales lui portèrent leurs compliments de bienvenue jusqu'en haut de la Tranchée, cette riante colline d'où l'œil découvre toute la ville. Elles espéraient une réponse aimable; mais le maître, indifférent à leurs discours, semblait absorbé par de tout autres pensées. Il contemplait avec stupeur les ruines qui étaient leur ouvrage, et, quand ce fut fini , il tourna brusquement le dos en disant : « Je n'ai rien à répondre à ceux qui ont détruit Saint- Martin »
L'état de choses consacré par la Révolution a subsisté jusqu'à nos jours. En 1822, une première tentative de reconstruction fut ébauchée. Deux projets furent proposés par l'architecte de Joly : l'un consistait en une église ronde comme celle de l'Assomption de Paris, l'autre en une église ordinaire; toutes deux devaient être rattachées à la tour Charlemagne. Un registre de souscriptions fut ouvert et se couvrit bientôt de signatures Mais l'oeuvre échoua faute de ressources, et l'on ne sait s'il faut le regretter, car les plans n'étaient pas heureux et les restitutions que l'on méditait ne reposaient sur aucune base. Depuis les découvertes inaugurées en 1860 par l'initiative de la commission de Saint-Martin, composée de MM. Verdier, chanoine honoraire, Dupont, C'' Pèdre Moisant, le marquis d'Effiat, le comte de Galembert, Ratel, Pannetier et de la Tremblaye, on a pu, au contraire, se représenter les proportions et le caractère des édifices détruits, distinguer même une partie de leurs fondations respectives. L'admirable élan qui a porté les fidèles à rétablir le tombeau de saint Martin les a entraînés à entreprendre également la restauration de son temple. Ces deux pensées étaient inséparables dans l'esprit
1 V. Le bon curé Simon, par A. Guillemin , p. 3i. Le même fait m'a été affirmé par des habitants de Tours qui le tenaient de leurs parents, témoins oculaires. = ^ Jacquet-Delahaye, op. cit. Aucune somme, à la vérité, ne fut versée.
de M. Dupont, le grand promoteur de toutes ces résurrections, qui s'en allait prier et méditer la nuit sur les ruines du sanctuaire profané. L'autorité diocésaine, après avoir un moment songé à faire revivre le culte du bienheureux pontife dans l'église Saint- Julien, puis à rebâtir une petite basilique sur les débris de la grande, a dû céder à un de ces irrésistibles courants de l'opinion qui, chez les chrétiens, sont le signe de la volonté de Dieu , et s'arrêter à des projets plus vastes. Encouragé parles dons les plus généreux, par le concours empressé de l'épiscopat et la haute approbation de Pie IX , Ms"" Guibert a conçu le dessein hardi d'une réédification totale, et ses successeurs ont pris à tâche d'en poursuivre l'exécution. Le plan dressé par M. Baillargé, récompensé au Salon des beaux-arts en 1875, exposé aujourd'hui à l'archevêché de Tours , nous rend , non pas l'église renversée par la Révolution, qui manquait d'unité, mais une basilique purement romane, rappelant très heureusement celle d'Hervé, et englobant les deux anciennes tours demeurées debout. Frappé des avantages de toute sorte qu'une reconstruction, même partielle , apporterait au quartier Saint-Martin et à la ville entière, le conseil municipal de Tours en avait d'abord adopté la proposition. Des considérations auxquelles l'intérêt de l'art est aussi étranger que l'intérêt du pays, et dont on devine assez la nature, l'ont fait changer d'avis. Mais les fonds sont réunis , les terrains sont achetés ; il ne manque plus que la portion de la voie publique qui recouvre les fondements de l'ancien édifice, et le jour, peu éloigné sans doute, oii la municipalité comprendra la grandeur et l'opportunité d'une pareille entreprise, elle ne refusera plus d'aliéner ce bout de rue, dernière barrière opposée par l'esprit de parti à l'œuvre réparatrice. En attendant, les amis de saint Martin vont invoquer son nom puissant dans une petite église de bois qui abrite provisoirement son tombeau. Ils peuvent se croire revenus aux jours de saint Brice, quand l'objet de leur vénération n'avait pour tout