‹ Saint MartinChapitre 230 sur 317 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

encore le préau et le cloître moderne, dans lesquels on pénètre par la rue Descartes. Ils suivirent d'abord la règle de Marmoutier; mais, dès le vu® siècle ou même avant, ils auraient, d'après Mabillon, embrassé celle de saint Benoîte Indépendamment de l'abbé, ils avaient à leur tète un évêque particulier, qu'ils élisaient eux-mêmes et qui était chargé, sous l'autorité du premier, de l'administration spirituelle , notamment de la distribution de la parole de Dieu aux pèlerins. Son diocèse se composait du bourg de Saint-Martin, distrait de la juridiction de l'ordinaire comme les territoires du Mont-Cassin, de Lérins, de Saint-Germain-des-Prés et de quelques autres abbayes. Mais des difficultés avec l'autorité métropolitaine de Tours firent supprimer de bonne heure cette dignité, et le pape Urbain II la réunit d'une façon définitive au souverain pontificat : de là vient que l'église Saint- Martin s'est toujours vantée de relever directement de Rome, et qu'elle a été surnommée le second siège apostolique-. Après avoir jeté un vif éclat sous la direction de l'illustre Alcuin, les clercs de la basilique, à l'exemple de plusieurs communautés, abandonnèrent la vie monastique pour adopter celle des chanoines ou clercs canoniques récemment institués, qui en différait peu à l'origine. Cette sécularisation, consommée en 848 par un règlement de Charles le Chauve, fut cependant regardée par quelques religieux comme une espèce de désertion, amenée par le relâchement de la discipline ; une légende les fait même frapper, pour ce motif, par le glaive de l'ange exterminateur ^ Depuis lors, et bien que les chanoines aient continué quelque temps à s'appeler frères, Saint- Martin porta le titre de collégiale, qu'il a gardé jusqu'à

' Prœf. ad Acta SS. ord. S. Bened.; sœc. m , part, ii , n<"' 42 , 43. L'opinion du célèbre bénédictin a été cependant combattue dans une dissertation spéciale par M. Aubin, chanoine de Saint-Martin, docteur en Sorbonne (ms. 129.'5 de la bibl. de Tours, f» 427). = ^ Monsnyer, Eccl. S. Martini jura propugnata , j). 91. Mabille, Pancarte noire, n-' 126, 129, 130. = s Bibl. Cluniac., col. 42. D. Bouquet, V, 380; VII, 226, 258.

la Révolution. Le chapitre, composé de deux cents membres dans le principe, fut réduit bientôt à cent cinquante, puis, en 1237, à cinquante, auxquels furent adjoints cinquantesix vicaires. Dans les temps modernes, les chanoines n'étaient plus que quarante-trois : sept prébendes avaient été supprimées pour subvenir aux besoins de la psallette, des musiciens et de la prédication.

Malgré cette métamorphose, la dignité d'abbé de Saint- Martin se perpétua, mais en des mains laïques et princières, Charles le Chauve ayant distribué les abbayes aux grands du royaume. Après avoir été donnée à Louis, fils aîné de ce prince , puis à Robert le Fort , duc de France , qui était comte d'Anjou et de Touraine, et à ses deux enfants, elle se fixa, comme l'on sait, dans la famille de Hugues Capet et devint inhérente à la couronne. La plupart de nos rois se sont fait gloire de ce titre, qui devint à peu près honorifique avec le temps, mais qui cependant leur valait la régale temporelle et spirituelle, avec une stalle dans le chœur et la jouissance d'une petite prébende. Parmi ceux qui furent solennellement installés en qualité d'abbés, figurent Louis VII, saint Louis, Philippe le Long, Charles le Bel, Jean le Bon, Charles VI, Charles VII, F'rançois F'', et tous ses successeurs jusqu'à Louis XIV inclusivement' : le grand roi fut le dernier à recevoir cette espèce d'investiture , qui créait un lien de plus entre la monarchie et son glorieux patron ; du jour où ce lien se relâcha, la royauté alla en déclinant. Le souverain, vêtu du surplis, de l'aumusse et de la chape, jurait entre les mains des chanoines de protéger leur église et d'en maintenir les privilèges ^ Mais, en dehors de ses droits de pré-

' V. D. Boiiquel, VII, 76, 93, 9-'i, elc. Cervaise, p. 398. Chnlmel, p. 40 et suiv. Cf. le liUiicl pulilié par M. Nobilleau, p. 43 {De Polmlata abbatis). = 2 Voici, d'après un ancien coutumier de Saint - Marliii , la l'ormule du serment royal : £";/o N., annucntc Domino, Francorum /rr, nhhus rl canonicus hujus ccclcsix bcalissiiiii Martini Turonensis , juro l), n hnili.'<s:ii/w Marlino me de cetero proleclorem et defensorcm fore Imjus ecelesix in omnibus neccssilalibus

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