CHAPITRE VII
sentation, il ne participait point au gouvernement de l'église. L'autorité effective était entre les mains du doyen du chapitre, personnage considérable, astreint à la résidence, excepté toutefois quand il s'appelait le cardinal de Richelieu. Les autres dignitaires étaient le sous -doyen, le trésorier, le chantre, l'écolâtre, le cellérier, le chambrier, l'aumônier. Le trésorier avait une juridiction très étendue : il exerçait la justice sur tout le territoire de l'église, et portait le titre de baron de Château-Neuf; aussi plus d'un fds de roi brigua-t-il cette charge, exercée en dernier lieu par un littérateur célèbre, l'abbé Barthélémy. L'écolâtre avait, depuis 1268, la juridiction des pèlerins et des clercs étrangers qui étaient de passage à Tours. Outre ces officiers en titre, il y avait vingt-huit chanoines honoraires, dont quatorze ecclésiastiques et quatorze laïques. Le patriarche de Jérusalem, l'archevêque de Saint-Jacques de Compostelle étaient toujours au nombre des premiers, par une conséquence naturelle de cette vieille confraternité qui unissait entre eux les pèlerinages majeurs; on comptait aussi dans leurs rangs les archevêques de Mayence, de Cologne, de Sens, de Bourges, l'évêque de Québec, l'abbé de Marmoutier. Parmi les seconds se trouvaient le roi d'Angleterre, le dauphin de France, les ducs d'Anjou, de Bourgogne, de Bretagne, de Vendôme, de Nevers, le comte de Flandre, le baron de Preiiilly'. Nulle part la renommée universelle du saint confesseur et l'importance de son église n'éclatent plus manifestement que dans la composition de ce personnel d'honneur, et dans l'empressement avec lequel les
et ulililalibm suis, cuslodiendo et conservando possessiones , hminrra , jura , privilégia, libertates, franchisias et immunitales ejusdem eccl<'si:r. ijinnii n m divino fretus auxilio , sccundum posse meiim, pura et recta fidr. sic me Ih im adjuvet et hœc sancta verba. (Bibl. de Tours, ms. 1293, f» 5.)
' Le privilège de ce dernier seigneur remontait, suivant la tradition, à l'époque oii le corps de S. Martin fut rapporté de Bourgogne à Tours. En 1741 , le marquis de GalilTet, acquéreur de la terre de Preuilly, fut encore reçu comme chanoine laïque. V. Chalmel, p. 59, 102 et suiv.
plus grands seigneurs cherchaient à en faire partie. Une anecdote bien connue nous montre avec quelle fidélité ses membres accomplissaient jadis leurs devoirs de chanoines : le roi de France, entrant un jour dans la basilique de Saint- Martin, y trouva Foulques d'Anjou en train de chanter au chœur avec ses confrères, et ne put réprimer un sourire. « Dites au roi, fit alors le bon comte, qu'un prince illettré est un âne couronné '. »
Les rapports directs de cette église avec le saint-siège et la royauté contribuèrent à la faire combler de biens et de privilèges. Reconnue exempte de la juridiction épiscopale par le pape Adéodat et ses successeurs, elle garda jusqu'au commencement du xvui" siècle une indépendance absolue, quelque peu hautaine parfois, vis-à-vis du métropolitain, qui reconquit sa suprématie à la suite d'un long procès au parlement. Elle avait son officialité, faisait des ordinations, et administrait plus de vingt églises vassales, en Touraine et ailleurs. Au point de vue temporel, elle possédait des immunités très enviées et des biens immenses, concédés ou confirmés principalement par Charlemagne, Louis le Débonnaire, Charles le Chauve, Hugues Capet, l'empereur Othon, Louis le Gros, Philippe-Auguste, saint Louis, Philippe le Bel, Charles V, Charles VI, Charles VII, Louis XI, François P"" et Henri II. Ses possessions, fruit des largesses des princes et des donations des particuliers, accumulées depuis le temps de l'évêque Perpétue, s'étendaient jusqu'en Allemagne et en Italie. Charlemagne l'avait surtout enrichie en partageant avec elle les dépouilles des Lombards. Toutefois les révolutions italiennes lui enlevèrent de bonne heure cette partie de ses domaines. En France même, les grandes guerres du xv° siècle réduisirent à rien ses revenus : ses récoltes ne suffisaient plus aux besoins des chanoines; en 1423 notamment, il fut impossible d'y pourvoir. Sa fortune
' Chron. Turon., D. Housseau, voL XXIV, f- 28.