‹ Saint MartinChapitre 232 sur 317 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

se releva quelque peu dans la période de restauration qui suivit. Mais le passage des huguenots lui porta un nouveau coup , dont elle ne se releva pas ; ce qui n'empêcha nullement le chapitre d'envoyer, en 1690, le superflu de son argenterie à la Monnaie, conformément à l'édit royal, et la Révolution de convoiter les débris de son antique opulence

Aux possessions immobilières de l'église s'ajoutaient des droits d'une importance capitale. Le droit d'asile, sans lui être particulier, était plus inviolable à Saint- Martin qu'ailleurs, surtout dans les temps reculés. Les récits de Grégoire de Tours sont remplis des châtiments providentiels infligés aux téméraires qui arrachaient de la basilique, de l'atrium ou du cloître les malheureux réfugiés dans leur enceinte. Un pareil privilège devait forcément engendrer des abus : aussi Alcuin se vit- il obligé de le défendre contre Charlemagne lui-même. Philippe-Auguste et Richard Cœur-de-Lion le reconnurent dans l'acte solennel où ils réglèrent les limites et la juridiction de Château-Neuf; mais dès 1481 le parlement le restreignit en défendant à MM. de Saint-Martin de retenir, favoriser ou recéler les individus bannis du royaume, et en 1530 il fut aboli comme dans le reste de la France Le droit de justice appartenant au chapitre était exercé, comme je l'ai dit, par le trésorier. En 1263, il fournit à saint Louis l'occasion de promulguer un de ces actes marqués au coin de la loyauté la plus scrupuleuse, comme sa chancellerie nous en a tant laissé, et qui peignent si bien le caractère de son administration. Son conseil prétendait que la haute justice de Château-Neuf devait lui revenir. Sans écouter, comme tant de princes, l'intérêt personnel, mais sans renoncer non

' Pardessus, Diplomata, chartx, II, 163. Archives nationales, K 186. Archives d'Indre-et-Loire, G 381, 418, 420, 593, etc. Chalmel, p. 77, 126. Mabille, Pancarte noire, passim. = 2 D. Bouquet, V, 628. Teulet, Inv. du Trésor des Charles, \, 158. Chalmel , p. 145.

plus à ses prérogatives, il fit faire une enquête minutieuse et contradictoire, dont le résultat fut favorable aux chanoines : alors seulement il reconnut leur droit, et le consacra par une charte spéciale, en stipulant toutefois que les viguiers de la cité continueraient à venir, comme par le passé, siéger deux fois par an avec le sergent du trésorier, et que celui-ci empêcherait sur son territoire les duels, qui venaient d'être interdits dans le domaine royal. C'est ainsi que, tout en respectant la coutume légitime, le sage monarque faisait la guerre aux abus légaux ^ Ses successeurs instituèrent un bailli royal à Château-Neuf, mais avec ordre de ne point porter préjudice à la juridiction du chapitre, et ce ne fut pas avant le xvu" siècle que cette dernière se heurta contre la puissance des parlements ^.

Le droit de battre monnaie était un privilège plus rare encore. La première charte connue qui en attribue la possession à l'église Saint-Martin est un diplôme de Charles le Simple daté de 919. Mais cet acte n'est qu'une confirmation , et de sa teneur même il résulte que la concession primitive remontait beaucoup plus haut. Suivant l'opinion la plus accréditée, elle émanait de Clovis. Le fait est que les trions ou tiers de sou d'or qui nous restent nous montrent le monnayage de l'abbaye en plein exercice dès le vu'' siècle. Tours possédait à celte époque deux ateliers monétaires: l'un dans la cité, appartenant au roi; l'autre dans le bourg de Saint-Martin, appartenant aux moines. Le privilège du second fut de nouveau confirmé par les rois Raoul, Louis d'Outremer, Hugues Capet. Mais le premier, après être devenu l'atelier des vicomtes de Touraine, qui s'étaient rendus indépendants du pouvoir royal, cessa tout à fait d'exister vers la fin du x" siècle; et depuis

' Archives nationales, K 186. On trouvera à l'Appendice le texte même de cette pièce importante, sur laquelle un écrivain tourangeau s'est fondé pour avancer que S. Louis avait combattu les droits du chapitre. (Nobilleau, Riluale, Introduction, p. vui.) = 2 Archives d'Indre-et-Loire, G 422.

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