‹ Saint MartinChapitre 237 sur 317 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

lui-ci, rappelait par sa forme les prérogatives de l'abbé, a complètement disparu. Une portion de l'ancienne clôture fortifiée, comprenant plusieurs tourelles d'un assez beau caractère, enfin le logis abbatial de Rougemont, sur le haut du rocher, sont, avec ces ruines imposantes, encadrées dans le plus riant des paysages, tout ce qui rappelle la splendeur éteinte du « grand monastère ». Mais du moins le lieu oîi saint Martin priait et enseignait de son vivant retentit comme autrefois de la louange divine et des leçons de la vérité chrétienne. Marmoutier a retrouvé sous une autre forme sa destination première, et, par une coïncidence où il est permis de voir autre chose qu'un effet du hasard , sa direction est aujourd'hui confiée à la digne fille du célèbre historien des Moines d'Occident \

A Candes, l'église élevée sur l'emplacement du presbyterium où saint Martin rendit le dernier soupir était distincte de celle qu'il avait lui-même fondée. Celle-ci était la paroisse et s'appelait Saint-Maurice; elle était située un peu plus haut et fut détruite d'assez bonne heure. La première, qui l'a remplacée depuis comme église paroissiale, n'était, au temps de Grégoire de Tours, qu'une simple cellula, qualifiée aussi de basilica. Elle devint collégiale au xn'' siècle, et c'est alors que l'on commença à la reconstruire dans la forme élégante qu'admirent aujourd'hui les archéologues. L'originalité de cet édifice tient surtout à ses tours munies de mâchicoulis, qui lui donnent presque l'air d'une forteresse; il était fait pour servir de refuge aux populations , tant de fois éprouvées par les incursions des barbares. Les traditions de l'art anglais, importé par les Plantagenets, s'y font également sentir. La nef, un peu moins ancienne que l'abside et le sanctuaire, est du xni" siècle, et les sculptures

' V., indépendamment du livre de Martène, Grégoire de Tours, Vit. Pair., 20; Virt. S.Mart.,1, 2, et II, 39. D. Bouquet, VIII, 430; X, 287; XI, 271 etsuiv.; XIV, 93-98; XX, 33. Gervaise, p. 223. Le Livre des serfs de Marmoutier, publié par M. Grandmaison , etc.

de la base des pilastres, qui est à pans coupés, trahissent par leur finesse les approches du xlv^ Mais les plus curieuses de beaucoup sont celles du magnifique portail latéral qui sert actuellement d'entrée principale : le Christ bénissant, le Père éternel, les anges, les saints, les fidèles de tout rang qui les accompagnent, sont des statues de la meilleure époque du moyen âge, aussi remarquables par la draperie que par l'expression des visages, mais malheureusement incomplètes et mutilées. Combien il est regrettable que la véritable façade du monument, du côté de l'occident, soit si peu en harmonie avec le reste, et surtout qu'une clôture parasite gâte l'aspect de rintérieur en masquant le bras méridional du transept! Le bras opposé est privilégié à tous égards. On y voit s'ouvrir une absidiole étroite, peu profonde, et d'un style très ancien : c'est l'oratoire de saint Martin ; c'est là que le pontife a remis à Dieu sa grande âme, là que sont venues se prosterner les générations croyantes, là que nous nous arrêterons à notre tour, car un tel lieu impose le silence et le recueillement

' Communication de M. Fournier, curé de Candes. Cf. la notice publiée p;ir l'abbé Bourassé dans les Mém. de la Soc. archéol. de Tours, II, 141.

(édition Michel Le Noir, 1516). — Une prière au tombeau de .snint Martin.

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