‹ Saint MartinChapitre 255 sur 317 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

L'abbaye de celte ville rattache son origine au temps même de sa visite à l'empereur Maxime. L'église primitive aurait été établie dans la maison du sénateur Tetradius, dont il guérit l'esclave. Transformée en monastère par l'évêque Magnéric, en 587, elle fut donnée, après les ravages des Normands, à des chanoines séculiers. Ceux-ci furent chassés, suivant la légende, par l'apparition d'un homme revêtu d'habits pontificaux, qui leur cria : « Sortez, indolents, sortez; Martin fut moine, et non pas chanoine. » Des clercs réguliers les supplantèrent à leur tour. Ils sont remplacés aujourd'hui par des fabricants de porcelaine ' ! Aux souvenirs de la prédication de l'évêque s'ajoutaient ceux du passage du jeune soldat romain. Ainsi à Worms, où il quitta pour toujours l'armée impériale, un monastère, une église rebâtie au xui" siècle, un faubourg, une porto de la ville, ont transmis son nom à la postérité : les pèh'riiis ont même visité jusqu'aux temps modernes un cachot où il aurait été jeté par l'ordre du prince, la veille de la bataille, et un sanctuaire renfermant ce cachot, enrichi d'indulgences par le pape Innocent VIII ^ A Cologne, les hommages empressés des fidèles avaient un motif tout spécial : la vision dont fut favorisé, au moment de la mort de son vén(;'ré collègue, l'évêque saint Séverin. De là l'érection de deux églises très fréquentées autrefois : le Grand-Saint-Martin, fondé probablement par un moine écossais, en 690, sous la forme d'une modeste chapelle , qui s'élevait dans un îlot du Rhin , puis agrandi , puis détruit à différentes reprises, et finalement rebâti en 1172 tel qu'il s'offre aujourd'hui à l'admiration des visiteurs ; et le Petit-Saint-Martin, temple non moins vénérable, malheureusement démoli, sauf la tour, au temps de l'occupation

1 Grég., Hisl., VIII, 12 (note de Ruiunit). Gall. christ., XIII, 552. Pertz, VIII, 208, et XXIV, 469. Communications de M. Rciss, doyen de Mertzig-sur- Sarre, et de M. Ch. Abel. = 2 Pertz, IV, 844; XXII, 71 , etc. Communication de M. le chanoine Heuser, de Cologne.

française (car il a fallu que nous allions briser nos vieilles gloires jusque sur la terre étrangère). Que d'autres sont, pour ainsi dire, sortis spontanément du sol, sous l'influence de tous ces souvenirs réunis! On les rencontre à chaque pas dans ces belles provinces rhénanes : à Aix-la-Chapelle, à Munster, à Bonn, à Maëstricht, à Fribourg en Brisgau, à Mayence, oîi le souvenir du glorieux patron de l'archi-

diocèse se retrouve particulièrement dans les élégantes boiseries du chœur, après avoir été consacré par les monnaies des archevêques et par leur magnifique sceau ; à Ileiligenstadt, où son culte a encore laissé des traces dans quelques monuments de même espèce. C'est cette luxuriante floraison qui a fait dire à l'auteur d'une ancienne vie de saint Boniface : « La Gaule et la Germanie sont flères de s'abriter sous le bouclier de Martin; il les a également enseignées, également protégées. 11 a pour trône trois grands sièges pontificaux : Tours, Mayence, Ulrecht... » Mais l'Allemagne

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