‹ Saint MartinChapitre 266 sur 317 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

ont célébré l'évèque de Tours par des hymnes de leur façon et dans le goût respectif de leur époque. Saint Ambroise lui-même, qu'on peut appeler le créateur du genre, lui aurait payé sous cette forme son tribut d'admiration ; toutefois il est difficile d'admettre l'authenticité de l'hymne insérée dans l'édition de ses œuvres, puisqu'il survécut à peine à son illustre ami. Enfin, une quantité d'autres nous sont parvenues sans nom d'auteur, et ce ne sont pas les moins remarquables '. Quant aux proses ou séquences, un peu moins nombreuses, je me bornerai à en signaler deux fort intéressantes. La première {Sacerdolem Christi) est un des plus anciens types que l'on connaisse. Elle est attribuée par deux manuscrits de Saint- Gall et d'Einsiedeln au moine Notker, qui mit à la mode, au ix" siècle, cette nouvelle espèce de chants sacrés. Elle n'est encore ni syllabique ni rimée. Dom Ruinart, qui s'imaginait qu'elle pouvait remonter à Grégoire de Tours, l'a publiée sans distinguer les strophes. L'éditeur Mone, puis MM. du Méril et Bordier, ont essayé de les rétablir d'après un système rationnel; mais la base leur manquait. La méthode de M. Léon Gautier, pour qui nos anciennes poésies liturgiques n'ont plus de secrets, m'a permis de rendre aux stances et à ce qui tient lieu devers la vraie disposition primitive Je reproduis, pour cette raison, le morceau entier à l'yVpjjendice, en y ajoutant une magnifique oraison qui l'accompagne dans plusieurs exemplaires-. La seconde prose {Gaude, Sion) est due au célèbre Adam de Saint -Victor, un des

1 Bibl. Clun.,ibid.D. Bouquet, X, 281. Migne, PalroL, XVII, 1255; LXIII , 333, et CXXXIll, 515. Mabillon, Annal., III, 712. On Irouvera beaucoup de ces hymnes dans Mone [Hymni latini im-JH :rvi). il.m- MuitII, son continuateur, dans Daniel {Thésaurus hymnoîofiirus . , dins du Mi'iil ll^ocsics populaires latines), et dans un grand nombre de m,-rs. de Pans, di; Tours, de Rouen, etc. = 2 Mss. 378 de Saint- Gall et 121 d'Einsiedeln. Notker, Liber Sequenliarum , dans Migne , CXXXI, 1020. Mone, Morell, Daniel, op. cit. Ruinart, éd. de Grégoire, col. 1140. Éd. du Méril, Poésies popul. lat., p. 166. Bordier, Greq. Tî^r-. op. wm., II, 445.

maîtres du genre, qui vivait au xii*" siècle. On la trouvera parmi ses œuvres, et Ton reconnaîtra qu'elle est d'une facture déjà très perfectionnée'. L'une et l'autre étaient fort répandues en France, en Italie, en Allemagne, en Hongrie.

C'est ici le lieu de dire un mot des solennités au retour desquelles ces divers chants sacrés étaient répétés par nos pères, dans ces grands unissons qui faisaient trembler les voûtes de nos vieilles basiliques. La grande fête de saint Martin fut fixée dès l'origine au 11 novembre. Ce jour était, comme on l'a vu, l'anniversaire de ses obsèques, et non de sa mort. Le plus ancien document qui en mentionne la célébration, la préface des actes du concile tenu à Tours en 4G1, le désigne par un mot qui confirme singulièrement ce que j'ai dit à ce sujet : il l'appelle la Réception du bienheureux pontife ; expression signifiant évidemment la réception de son corps dans la cité de Tours, qui eut lieu, en effet, le 11 novembre, et non la réception de son àme au ciel, comme l'ont imaginé quelques auteurs-. Peu à peu la notion de l'événement particulier que l'Eglise commémorait à cette date s'oblitéra, ou plutôt cet anniversaire se confondit dans l'esprit dos peuples avec celui du décès, antérieur de trois jours, et la fête devint uniquement celle de la Déposition (nom équivoque, pouvant s'entendre, soit du décès, soit de la déposition en terre, et déjà en usage au temps de Grégoire de Tours), puis du Passage ou de la Naissance au ciel {Transilus, Natalis), c'està-dire de la mort du saint, termes dont se sert entre autres le concile de Mayence, qui prescrivit l'observation de ce jour férié dans tout l'Empire, en l'an 813. Les fidèles prirent l'habitude de l'appeler simplement la Messe de saint Martin (Missa sandi Mariini). dénomination employée dans les ca-

' Œuvres d'Adam de Sainl-Viclor, puljliées par L. Gautier, 11, 312. Daniel, p. 89. Missel de Luoques, imp. en 1560. = 2 \^nlve autres Héfélé, Hist. des conciles, lll, 188. V. Labbe, IV, 1050.

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