‹ Saint MartinChapitre 267 sur 317 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

pitiilaires de Charlemagne et plus lard la Saint- Martin d'hiver. Cette solennité, qui amenait à Tours une si grande affluence et faisait descendre du ciel des grâces si abondantes, était chômée partout dès l'époque du premier concile de Mâcon, et dans quelques provinces, comme celle de Rouen, elle était mise au même rang que les fêtes de saint Jean- Baptiste, de saint Pierre et de saint Paul, par conséquent au-dessus de celles des autres saints. Les constitutions de l'Église continuèrent jusqu'aux temps modernes à interdire en son honneur les œuvres serviles, en France comme à l'étranger -. Sur beaucoup de propres diocésains , elle figure encore avec la mention « double majeur ». Enfin, par un privilège bien rare, elle eut une vigile et une octave. La première était déjà instituée au v" siècle, et se célébrait régulièrement à Tours et ailleurs. La seconde, suivant dom Martène, aurait été établie par Odon de Gluny; cependant le biographe de ce saint religieux semble plutôt dire qu'elle existait avant lui , et Jean Beleth observe à son tour, dans son traité des Offices divins, que nulle autre fête de confesseur n'avait d'octave '\

On a peine à se figurer, dans ce siècle où la piété ellemême a pris des allures froides et compassées, avec quelle exubérance de joie et d'enthousiasme les chrétiens d'autrefois célébraient la Saint- IVfartin. La cérémonie religieuse était doublée de réjouissances publiques ; c'était la fête populaire par excellence. Et, de fait, le grand pontife n'avait-il pas été avant tout l'apôtre du peuple? Ne continuait-il pas à combler de ses bienfaits les pauvres et les petits? Transportons-nous par la pensée au milieu du moyen âge, et contemplons un instant le mouvement extra-

• Le sens de cette locution est prouvé jusqu'à l'évidence par les chartes qui stipulent le payement de certaines redevances ad missam S. Martini. (V. notamment Acta SS. oct., IX, 217, 218.) On appelait autrefois missse les fêtes des saints où les fidèles étaient tenus d'aller à la messe. = ^ Acla SS. oct., 1 , 37, 127, 453. Gervaise, p. 273. = ^ Grég., Hist., X, 31. Piper, Calendrier, publié à Berlin en 1838. Martène, Ant. mon. rit., col. 595. Bibl. Clun., col. 31.

ordinaire qui se produit durant l'octave martinienne. La veille de l'anniversaire, tout s'anime déjà. Le clergé se dispose à passer la nuit dans l'église; il veille jusqu'à l'aurore, jeûnant, priant, psalmodiant, et, dans la basilique du saint, plusieurs chœurs, plusieurs collèges de chanoines se succèdent sans interruption, de façon à rappeler la laus perennis des anciens jours. Les fidèles se joignent aux prêtres; mais ils n'ont pas tous la même constance, et, comme dans la veillée de Noël, ils mêlent à cette pieuse pratique des jeux, des réunions profanes, des bombances, qui parfois vont un peu trop loin. C'est pourquoi certains synodes prohibent ces vigiles, ou du moins leurs abus; mais ils sont impuissants, et le pape Urbain VIll échouera lui-même en essayant de déraciner la coutume antique : ne faut- il pas faire provision de forces pour chanter avec entrain les louanges du bienheureux? On prend, d'ailleurs, des précautions contre le désordre : ainsi, à Tours, cinquante hommes d'armes font le guet et montent la garde au nom de M. le doyen du chapitre. Dans les villes de Belgique, les enfants promènent à travers les rues des torches enflammées, en criant : « Faites le feu, allumez le feu; voici venir saint Martin avec ses bras nus (car il n'a plus qu'une moitié de manteau), et il voudrait bien se réchauffer. » Au milieu de ces plaisirs variés, le lendemain arrive. Le soleil se lève tiède et clair, car cette fête a le don de ramener pour quelque temps les beaux jours. La matinée est consacrée tout entière aux offices ; puis la solennité civile commence. De même que la mort de saint Martin a formé le point de départ d'une ère, son anniversaire marque le début d'une année nouvelle. Les parlements, les tribunaux, les écoles procèdent ce jour-là, ou l'un des suivants, à leur réouverture; usage universel, que la magistrature parisienne a suivi jusqu'au siècle dernier, et les villes de Lucques, de Pise, etc., jusqu'à leur annexion au royaume piémontais. Les princes tiennent cour ouverte et traitent

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