‹ Saint MartinChapitre 272 sur 317 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

du grand évêque, s'enquiert partout de ses actions, adresse un rapport au même Philippe, se fait envoyer de différents pays des documents, des légendes. Puis, à son retour, il se met à écrire deux livres , l'un en prose , l'autre en vers rythmiques, sur la vie du saint et ses miracles. On pouvait croire qu'une investigation aussi approfondie , qu'un travail aussi consciencieux aboutirait à un magnifique résultat. Cependant, malgré tout l'intérêt qu'ils inspirent et tout le parfum de piété qui s'en dégage, les ouvrages de Guibert n'ont pas une grande valeur historique. Son traité en prose, le plus important des deux, n'est guère qu'une compilation de matériaux empruntés textuellement à Grégoire de Tours, à l'histoire des Sept Dormants, au continuateur de Frédégaire, à Adam de Perseigne, au faux Odon, aux Vies de saint Oyend de Condat, de saint Silvain, de saint Florent de Saumur, etc. La substance des rares chapitres qui présentent un peu plus d'originalité se retrouve elle-même, en grande partie, dans les lettres de l'auteur ou dans celles des clercs de Tours répondant à l'archevêque de Cologne. Quelques légendes pleines de saveur, comme celle qui se rapporte à l'église d'Ypres, ont seules dans son recueil l'attrait de la nouveauté. C'est ce dont j'ai pu m'assurer par l'étude de ses manuscrits, venus de Gemblours à Bruxelles et demeurés inédits jusqu'à ce jour '.

' Je me borne à donner ici les titres généraux et Vexplieil , qui indiquent sommairement le plan et le contenu de l'ouvrage : liicipit opus prosaycum Guiberli, abbalis Gemblacensis , de vila et miramih lifili Mnrliiii, Tni^oneiisis archiepiscopi et confessoris , ultra ipsius gesta Ivli m ii ii,,ii>.si nm . ml instanciam Sigfridi Moqunlini et Philippi Raseburgen^iis luniii/iriini , i:e diversis ac disgregatis collectum, et in duos libros partitum. /,(//. /■ iN umis rsl de nobilitate et excellencia généalogie beali Martini, ac de quihtisf/,i m iiiinu nlis que vivens adhuc in carne vxercuil , ultra ea qux a Sulpicio Sen-m dcscriitin <iunt. — Incipit liber secundus,... de kis que post transitum benli Martini c tninido, vcl ad sepidchrum ejits, ex quo scriplores miraculorum cjns >i i'il,,Tr dmicrunt , vcl in aliis locis, per eccksias nomini ejus dicatas, iiicnlis i psitis divixa dignacio opcrata est. — Explicit liber secundus de miraculis beati Martini nonmdlisque aliis virlulem et laudem ejus concernentibus . a Guiberto Gemblacensi ex diversis

Mais , si le moyen âge n'a pas eu l'idée de fondre ensemble, dans une grande œuvre synthétique, les matériaux de l'histoire de saint Martin, il a mis toute son activité à les reproduire, à les réunir en volumes spéciaux, qui ont eu leur place marquée dans la plupart des bibliothèques conventuelles. Ces volumes forment toute une classe de manuscrits; ils ont été appelés des Martinades, et servaient sans doute à la lecture publique des hauts faits du héros chrétien. Une bonne Martinade comprenait généralement les écrits de Sulpice, les inscriptions de la basilique de Tours, des extraits de Grégoire et quelquefois ses quatre livres de Miracles, l'histoire des Sept Dormants, l'homélie d'Alcuin, les traités attribués à Odon de Cluny, à Ratbode, à Herberne, les lettres de Guibert de Gemblours, plus rarement les poèmes de Paulin, de Fortunat, de Richer, avec quelques sermons ou quelques légendes locales. Les compilations de ce genre ont commencé à se multiplier vers le ix^ siècle, et sont restées en usage jusqu'au xvi", carl'imprimerie en a encore reproduit quelques-unes'. Elles étaient souvent exécutées avec luxe, ornées de miniatures et somptueusement reliées. Dans un de ces volumineux manuscrits, le nom de Martin brille en lettres rouges chaque fois qu'il est répété, et Dieu sait combien de fois il l'est-; tant on portait d'amour et de respect à la mémoire du grand saint populaire!

cotlcchis. Qnx scquunlur poslmodum ab aliis addila sunt. Mss. 1510-19 et 5337-92 (le la liibl. royale de Bruxelles. Le livre en vers, moins authenlique , se trouve dans les inss. 1510-19 et 5527-34. Les lettres de Guibert, ainsi que celles do Tarchevèque de Cologne, du chapitre de Tours et des religieux de Marmoulier, ont été la plupart publiées ou traduites. (Marlène, Ampl. Coll., I, 913 et suiv. Thes. Anccd., I, 607; Migne, Patrol., tome CCXI. D. Chamard, S. Martin et Ligugé, p. 13G et suiv., etc.) V. à l'Appendice la légende de l'église d'Ypres.

1 V. notamment le recueil très rare iiroveiiaiit do M. Taschereau, aujourd'hui à la bibl. de Tours (u- 23;;), inipi'. à Paris, 151! , iii-^». = 2 Hibl. nat.. ms. lat. 9731 (xir siècle). Parmi les plus belles Marluiades, il faut citer celle de Sailli -M.nliii de M,;U ( bibl. d'Épinal , n° 135), et celles des bibliothèques de Metz m" :\n\ . ,lr lîoulogne (nM05), de Tours (n»» 1023, etc.). Une grande partie di - exeiiiphure- de Sulpice Sévère indiqués plus haut se trouvent dans des Marliuades.

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