‹ Saint MartinChapitre 278 sur 317 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

uns de ses vers, purement syllabiques, offrent jusqu'à trois assonances, dont deux intérieures, et pourraient, par conséquent, se découper en strophes'. Dans les autres, le premier hémistiche rime au moins avec le second, et cependant le mètre est conservé, suivant un système mixte assez usité à cette époque. Du reste, la poésie de Richer se ressent de ces pénibles tours de force, constituant un excès d'un nouveau genre, et s'élève assez rarement jusqu'à l'inspiration véritable. L'auteur débute par un salut à la ville de Tours ; puis il rappelle les principales circonstances de la vie de Martin, et fait suivre son récit d'une invocation à Sulpice Sévère, d'une prière au saint confesseur, enfin de plusieurs tirades sur sa mort, sa sépulture et sa fête. Dans un exemplaire conservé à la bibliothèque d'Épinal, on trouve de plus un fragment complémentaire où il est question des églises de Metz et des environs, des abbayes de Saint- Martin, de Saint-Vincent, de Saint-Symphorien , de Sainte-Glossinde, etc. L'intérêt capital de cette œuvre est dans les détails descriptifs qu'elle renferme et dans les curieuses miniatures dont elle est accompagnée^. Vers l'époque où vivait Richer, un dernier poème latin fut écrit en l'honneur du bienheureux pontife par Guibert de Gemblours, indépendamment du recueil en prose dont il a été parlé. L'enthousiasme et l'admiration de ce pieux pèlerin devaient déborder dans

' Omnis liomo qui de domo cupit esse Domini,

Deo dalus, lileralus, quique subest ordini , etc.

- M. Lepage a inséré dans son livre sur Tabbaye de Saint-Marlin devant Metz une notice sur Richer et son poème, avec une reproduction au trait des vignettes; mais le texte est encore inédit. Le manuscrit dont il s'est servi est celui d'Épinal (n" 73], analysé par les bénédictins [Hist. de Metz, 11, 257). Cet exemplaire provient de Moyen-Moutier; un autre est arrivé de Saint-Martin de Tournay entre les mains de M. le baron de Salis; un troisième, peut-être celui que Fabricius signalait autrefois à Louvain, existe à la bibl. de Bruxelles ( n" 1510-19), et un quatrième se trouve à celle de Tours (fonds Tascliereau, n» 239). Cf. llisl. lill., t. XII, p. 2 et 3.

MONUMENTS ÉCRITS RELyVTIFS A S. MARTIN 627

ses vers. Malheureusement, et bien que deux manuscrits postérieurs reproduisent sous son nom une composition de ce genre \ il est douteux que son véritable ouvrage nous soit parvenu, car il en a lui-même déploré la perte avec une douleur poignante, que tout littérateur comprendra. Son monastère ayant été brûlé dans une guerre intestine entre le comte de Namur et le duc de Louvain, il s'écriait, dans la narration de ce désastre : « Le feu a détruit jusqu'à mon trésor le plus cher, jusqu'à cette Vie de saint Martin en vers rythmicjues, à laquelle j'avais consacré tant de veilles M » Se serait-il exprimé de la sorte s'il eût existé un double de cet exemplaire original , et n'eût-il pas été le premier à savoir qu'on l'avait conservé ?

La poésie française du moyen âge ne nous a légué qu'un seul ouvrage de la même famille : la Vie de monseigyieur saint Martin, suivie de ses miracles, par Péan Gastineau, chanoine de la collégiale de Tours, mort, à ce que l'on présume, en 1227. Ce livre, comme on a pu le voir déjà, tient plus de la légende que de l'histoire; mais c'est précisément ce qui en fait le charme. Gastineau ne prétend pas à l'érudition; c'est un trouvère qui célèbre, à la façon des chanteurs de geste, les exploits d'un preux d'une espèce particulière :

Oez tresliiil un novou conle

Que uns noveoux coiilfrros conte.

11 emprunte bien à Sulpice, [iiiis ensuite à Grégoire et à ses continuateurs le fond de leurs principaux récits; mais il les mêle sans aucun souci de l'ordre, qui n'est pas fait pour les poètes, et il y ajoute une foule de traditions puisées dans les Vies de saint Silvain, de saint Florent,

1 Mss. 1510-19 et 5527-3'i de la bibl. de Bruxelles (xv« et xiv= siècles). = 2 D. Bouquet, XVllI, (iC9.

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