‹ Saint MartinChapitre 28 sur 317 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

de ce cours d'eau, ne laissent aucun doute à cet égard. Les bénédictins paraissent avoir été dès lors établis dans ce lieu , comme l'indiquent les félicitations adressées par Alcuin à l'évèquc de Salzbourg. Le duc Geysa n'aura fait que leur donner une installation nouvelle.

Maintenant, cette seconde Sabarie est-elle, plutôt que la première, la patrie de saint Martin? Quels sont ses titres? Du côté des antiquités romaines, nous venons de voir qu'elle est tout aussi favorisée que Stein-am-Anger. Du côté des traditions locales et des monuments écrits, elle a, ce semble, un avantage marqué. Toutes les anciennes vies de saint Etienne racontent que ce prince, ayant obtenu la victoire sur une sédition à la suite d'un vœu, acquitta sa promesse en enrichissant le monastère du Mont- Sacré. Lui-même expose les faits dans un diplôme très remarquable, daté de l'an 1001 et conservé en original aux archives de Martinsberg : il déclare que, dès son enfance, il a éprouvé la protection de saint Martin; ([ue, dans la guerre entre les Allemands et les Hongrois, les habitants d'un de ses comtés (comitatus Sumigiensis) ont voulu le chasser du trône de ses pères; qu'il s'est engagé envers le même saint à faire payer à son monastère, s'il demeurait vainqueur de ses ennemis intérieurs et extérieurs, la dîme des biens et revenus du comté rebelle; en conséquence, ayant effectivement remporté l'avantage, il règle l'acquittement de cette dîme, et, de plus, il augmente les privilèges de l'abbaye et de l'abbé , à cause de la sainteté particulière du lieu et de la vénération qu'il mérite \ N'est-ce point déjà une reconnaissance de la tradition qui plaçait le berceau du saint au pied de cette montagne? Et le nom même de Mont -Sacré n'est -il point un vestige de cette antique croyance? Mais voici des documents plus explicites. La légende de saint Etienne, biographie contemporaine de ce

' V. ce document à l'appendice.

Diplôme de saint Etienne, roi de Hongrie , accordant des privilèges et des biens à l'abbaye de Martinsberg en exécution d'un vœu fait à saint Martin pour obtenir la victoire sur ses ennemis (ann. 1001 ).

L'original sur parchemin est aux archives de Martinsberg (capsaXIlI, lit. A). Les proportions de ce diplôme ont été notablement diminuées. — Le seul document mis à notre disposition est une photographie peu nette et de dimensions véritablement microscopiques. \'oy. le texte imprimé dans l'Appendice III, n- 2.

Gravé par Diuardin, imprimé chez Berthiault à Tours.

prince , ou à peu près , affirme que le couvent de Martinsberg fut établi à côté du domaine paternel de saint Martin, à l'endroit appelé le Mont -Sacré, oii, tandis qu'il était en Pannonie, il avait choisi le lieu dé ses prières. Ces mots sont tirés d'un extrait authentique de la légende, conservée

Grave par Erhjrd

Fig. 10. — Carte du pays natal de saint Martin.

jadis par le chapitre de l'église d'Albe-Royale avec autant de soin qu'un titre de famille. Bien qu'on n'ait pas encore retrouvé le texte primitif de l'auteur, les curieuses précautions prises pour la délivrance de cet extrait, en 1349 , sont un sûr garant de sa fidélité : c'est une véritable leçon pour les archivistes modernes'. Rien d'étonnant, d'ailleurs, que

1 V. le texle publié à l'appendice. La biographie de saint Étienne composée par Hartwik n'est qu'un développement de cette légende primitive. Cf. Pertz, XI, 233, et Acta SS. sept., 1, .'i92et ss.

Page 1