‹ Saint MartinChapitre 29 sur 317 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

le père de saint Martin ait possédé un fonds de terre à Sabarie, puisqu'on vertu d'une loi d'Alexandre Sévère les soldats des régions limitrophes de l'empire ayant des enfants à l'armée (ce qui était le cas, ainsi que nous le verrons), recevaient une part des biens pris sur l'ennemi , à la charge de les défendre. Le savant archiviste de Martinsberg a recherché sur les lieux quel pouvait être l'emplacement de ce fonds, sis autrefois à côté du domaine du monastère, vers Sabarie : il n'a trouvé qu'un seul terrain dans ces conditions, les autres champs voisins ayant été donnés aux moines. Or sur ce terrain, qui borde le val de Goloman, on a précisément découvert de longues traces d'édifices romains ; on en a extrait des monnaies du m" et du iw° siècle, des briques, des pierres sculptées, et plus de cent vingt voitures de matériaux pour la construction de la ville de Szent-Marton. Coïncidence singulière! Terre vraiment vénérable, qui, selon toute probabilité, a été la première foulée par les pieds de notre grand apôtre ! Voici maintenant un acte de fondation du couvent de Gissing par le comte Walfer, vassal du roi de Hongrie, en 1157 : le fondateur le place sous la dépendance de l'église de Martinsberg, à cause de la sainteté de ce temple et de sa dévotion pour le bienheureux confesseur que la Pannonie se glorifie d'avoir vu naître au même lieu'. Quoi de plus formel? Voici une autre charte du roi Bola IV, délimitant les domaines de l'abbaye du Mont-Sacré: ils s'étendent, d'un côté, jusqu'à Sabarie, où Von dit que saint Martin est né, et tout près de la fontaine sacrée qu'on appelle la tète de la Pannonie, la source du ruisseau de Pannosa-.

Ce ne sont là que des traditions, fera-t-on observer. Soit;

1 Ob reverentiam et sanclilalem ipsius Inci et propler bcati Martini palrociniuni, cujus nativitatc in eodem loco habita Pannonia gloriatur. Charte originale, aux archives de Martinsberg, Capsa xviii , Ut. R. = ^ Deinde protenditur ejus terminus usqiie Sabariam, ubi dicitur natus S. Martinus, et ibi in valle média est fons sacer qui vocaiur capul Pannonise, etc. Ibid., fascic. LXl, II» 18.

Gl

mais, en tout cas, ces traditions ne sont-elles pas constatées dans des titres beaucoup plus anciens et plus respectables que celles de la ville de Stein-am-Anger ? Et, si celle-ci produit en sa faveur une série de lettres pontificales ou royales, ne peut-on lui opposer toute une liste de bulles de Pascal II, d'Alexandre III, d'Urbain III, d'Innocent 111, d'Honorius III, de Grégoire IX, identifiant Martinsberg ou le bourg de Szent-Marton à l'antique Sabarie (ccclesia Sancli Martini in Sabaria)'! Mais la ville natale du saint était un siège épiscopal, objectent les partisans de Steinam-Anger: il y avait une église, puisque Martin y fut admis à titre de catéchumène; il y avait un évèque, puisqu'il y trouva plus tard des prélats ariens qui le chassèrent du pays ' . — Double erreur, reposant sur une fausse interprétation du texte de Sulpice Sévère : c'est à Pavie que le jeune Pannonien fut fait catéchumène, et c'est d'une ville d'IUyrie, non désignée, qu'il fut expulsé par les ariens ^ Mais, ajoute-t-on, les chartes de Walfer et du roi Bela se contredisent : l'une parle d'une vallée, l'autre parle d'une montagne. — On a vu, par le peu que je viens de dire sur la topographie locale , qu'il y avait à la fois une montagne et une vallée. Enfin (dernière objection) le diplôme de saint Étienne et sa légende pourraient bien n'être pas très authentiques ^ — Pour écarter cette supposition, je crois devoir publier plus loin les deux documents, le premier d'après l'original , dont on trouvera ici le fac-similé , le second d'après l'expédition officielle de 13''j!). 11 paraîtra sans doute

' Revue des sciences ecclésiastiques, loc. cil. = 2 v Sulpice Sévère, l'ila S. Mart., 6. Cet historien , d'ailleurs, ne donne pas à Sabarie le titre de civilas, qui eût désigné une ville épiscopale; il dit simplement de la ville natale de son héros : Sabaria, Pannoniarum oppido. M. l'abbé Guers, qui produit l'argument singulier auquel je réponds ici, regarde pourtant son opinion comme irréfutable, et il le proclame bien haut. Mieux encore, il déclare qu'il écrit cela par reconnaissance, après avoir été visiter les moines de Martinsberg pour leur porter des reliques de la part du chapitre de Tours. = ' Le savant Pertz, qui ne connaissait évidemment pas l'original, dit, en mentionnant le diplôme de S. Étienne: Sjmriwn ni fallor. {Munum. German., XI, 227.)

Page 1