CHAPITRE VIII
dédiés, et là, après avoir invoqué son appui, ils clouaient sur le portail, à l'extérieur, un des fers de leur monture, en guise d'ex-voto. On a laissé fort longtemps un grand nombre de ces fers aux portes des églises de Saint-Martinaux- Jumeaux, à Amiens, de Saint-Séverin de Paris, qui le reconnaissait i)our un de ses patrons, de Saint-Martin de Chablis, de Saint- Martin d'IIcrblay, de Wcimerskirch (Luxcmlîourg); on en voit encore de très anciens à Saint-
Martin-l'Ortier (Seine-Inférieure), et surtout à Palalda (Pyrénées-Orientales). Dans cette dernière localité, où la paroisse est aussi sous le vocable de l'évêque de Tours, les fers sont forgés et portent à leur centre une rainure plate, qui en suit le contour. Ils sont fixés sur le bois au moyen de clous à grosse tête ronde, et disposés d'une façon assez irrégulière entre les remarquables ferrures du portail, comme on le voit dans la figure ci -jointe. La tradition du pays les fait remonter à des chevaliers revenus vainqueurs d'une expédition contre les Maures. C'est à
quelque usage analogue qu'il faut attribuer la présence d'un fer à cheval sur l'antique calendrier Scandinave dont j'ai parlé; et c'est encore pour un motif du même genre que l'on marquait la monture ou le bonnet des voyageurs avec la clef de certaines églises de Saint-Martin, rougie préalablement au feu. Cette dernière pratique était en vigueur dans la ville d'Amiens, dont les marchands se faisaient aussi un devoir d'offrir au saint quelques présents au moment de commencer leurs tournées. Elle s'observait dans le Bordelais dès le temps de Grégoire de Tours, mais dans un but quelque peu différent, pour obtenir la guérison des chevaux malades'. Le grand patron des voyages semble avoir étendu particulièrement sa protection sur les passages périlleux et sur les ponts. En Savoie, en Suisse, en Piémont, son nom tutélaire leur a été donné fréquemment, ou au moins à l'église la plus voisine. Le nant de Saint-Martin, près Vallières (Haute-Savoie), le pont de Saint-Martin jeté sur l'Arve en face de Sallanches, au pied du mont Blanc, ceux qui existaient autrefois sur les territoires de Passy et de Magland, dans la même région, celui qu'on rencontre en suivant la vallée de la Doire, non loin du Saint- Bernard, les oratoires de Saint-Martin élevés dans la vallée de Kalfeus, près du pont de la Tamina (Suisse), et dans les montagnes qui séparent Gombloux de Saint-Gervais-les-Bains, sont des exemples pris entre cent. Jusqu'au cœur de la France on trouve des ponts du même nom, notamment à Marcolès (Cantal); il y en avait un, au vu'' siècle, entre Paris et Saint-Denis. La plupart du temps, cette dénomination n'a pas d'autre raison d'être que la confiance des peuples dans le pouvoir surnaturel de l'intrépide
1 Lebeuf, Hisl. du dioc. de Paris, I, 165. Cochet, Répert. archéol. de la Seine -Inférieure, p. 254. Corblet, Hagiogr. du dioc. d'Amiens, IV, 511. Grég., Vin. S. Mart., III, 33. Communications de M. Engling, de Luxembourg, et de M. Chaverondier, archiviste de la Loire. Une légende ancienne, publiée sous forme de poésie dans la Semaine religieuse de Tours (an. 1869, p. 593), se rattache à cet emploi traditionnel des fers à cheval.