‹ Saint MartinChapitre 288 sur 317 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

missionnaire qui s'était frayé des chemins à travers les plus grands obstacles de la naturel

Il était encore le patron des hôteliers. Plusieurs méreaux de l'ancienne corporation formée dans la capitale par cette classe de négociants ont été découverts au fond de la Seine. Ils représentent tous son image avec deu.x attributs significatifs : la clef, ce sceptre do l'aubergiste, et la cloche, au moyen de laquelle il annonçait autrefois la vente du vin ^ Dans quel village de nos contrées , du reste , n'avonsnous pas lu l'enseigne traditionnelle : « Au grand saint Martin » ? Les hôteliers tenaient aux voyageurs par des liens trop étroits pour ne point partager avec eux ses faveurs. Il en honorait, par extension, les cabaretiers et les crieurs de Paris, puis, sans doute à cause du fameux manteau, les tailleurs, les marchands d'étoffes, les tanneurs. Les tailleurs d'Ypres, en particulier, avaient fait graver la scène d'Amiens sur leurs méreaux. Il protégeait aussi les vignerons , et il préside encore , dans un grand nombre de localités de Bourgogne, à leurs sociétés de secours mutuels. Leur fête , et celle de tous les vendangeurs , se célébrait généralement le 11 novembre : elle fut même frappée d'interdiction par un synode d'Auxerre, parce que les excès qu'elle occasionnait leur faisait profaner un jour sainte La coïncidence fortuite des réjouissances ramenées par cet anniversaire et de celles qui, dans les pays vignobles, suivaient la fin des vendanges paraît avoir été le motif de ce patronage. Enfin, nous avons vu tout à l'heure comment et pourquoi la mémoire de saint Martin était célébrée par la population enfantine, dont l'enthousiasme

1 Communicalioii de M. l'abbé Ducis, archiviste de la Haute-Savoie. Pertz Dipl., I, 141, et Scripl., XXIV, 787. Chartes incdiles du dioc. de Genève, publiées par la Société d'histoire de cette ville, p. 226, etc. — 2 Forgeais, Plombs historiés, 1, 76-78. — ^ F. Cahier, Caract. des saints, p. 624. Corblet, loc. cit. Vander|ieerboom , Numismatique yproisc, p. 297. Le Grand d'Aussy, Vie privée des Français, III, Communication de M. le curé de Fi.xin (Côte-d'Or).

bruyant se manifestait dans les régions les plus opposées, en Flandre, en Allemagne, en Italie.

Indépendamment des corporations et des métiers, diverses confréries et associations pieuses ont été placées sous les auspices du bienheureux pontife. Les sentiments généreux inspirés par ses exemples se sont surtout manifestés dans des fondations charitables : n'est-il pas le grand maître de la charité sous toutes ses formes? Des hôpitaux ont été élevés en son honneur. C'est en son nom que les pauvres de Tours et de Lyon sont habillés par la main des fidèles : l'œuvre du Manteau de saint Martin rend journellement dans ces deux villes les plus grands services, et c'est à elle que les Tourangeaux doivent, par surcroît, la découverte inespérée des restes du tombeau. Une confrérie de saint Martin est établie chez eux depuis le xn" siècle au moins. Confirmée en 1609 par le pape Paul V, elle a reçu de lui des privilèges et des indulgences. A cette époque, elle comprenait encore toutes les classes de la population : ecclésiastiques, magistrats, notaires, avocats, négociants, domestiques figurent en foule sur ses registres. Ils versaient un droit d'entrée variant de cinq à onze livres, et payaient cinq sols de cotisation annuelle. Comme leurs prédécesseurs du moyen âge , ils distribuaient des aumônes, faisaient célébrer une messe quotidienne et des services pour les membres défunts ^ Après une longue interruption, cette œuvre a été rétablie par M*^"' Guibert en 1869, reconnue par Pie IX l'année suivante, puis érigée en archiconfrérie : elle voit augmenter tous les jours la liste de ses adhérents, par suite de la renaissance du pèlerinage de Tours. Des confréries semblables ont existé ou existent encore dans beaucoup de localités, notamment à Andouillé, Ballots, Beaufay, Ghampfrémont, Châtillon-sur-Colmont, Chemiré-le-Gaudin, Écommoy, Lombron, Changé, Pont-

1 Archives d'indre-el -Loire , G 534. Scm. relig. de Tours, an. 1869, p. 213 et suiv.

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