‹ Saint MartinChapitre 297 sur 317 · ÉCLAIRCISSEMENT C II R 0 N 0 LO G I O U E · texte numérisé non relu

ÉCLAIRCISSEMENT C II R 0 N 0 LO G I O U E

qui était encore à Autun le 24 juin de cette année, ne s'avança vers le Rhin qu'à l'automne, et ne fil la paix avec les barbares qu'au mois d'octobre ou de novembre. Or, saint llllaire fut exilé en l'hrygie dès le mois de mai ou de juin, au plus tard en septembre; par conséquent , son futur disciple n'aurait pas eu le temps de venir le trouver à Poitiers, ni à i)lus forte raison de passer auprès de lui les quelques années qu'il y passa nécessairement avant son exil l.

•Pourquoi donc s'obstiner à altérer tous les termes chronologiques fournis par Sulpice et par Grégoire de Tours , dans le seul but de maintenir l'intégrité du passage où est prononcé le nom de Julien ? Ne vaut-il pas dix fois mieux sacrifier ce dernier, puisque c'est le seul élément de contradiction, et conserver tout le reste? C'est ce que j'ai fait, autorisé par deux exemples d'un |ioids considérable, ceux de Tillemont et de Martène. Voici, d'ailleurs, la preuve que c'est bien ce passage qui a été altéré par les copistes , et non les autres. Sub rege Constanlio , deinde sub Juliano Cœsare militavit, dit la phrase de Sulpice 2. Cependant il résulte du contexte, et tous les commentateurs l'admettent, que Martin ne put en aucune façon passer dans les camps moins de cinq années, et qu'il ne put davantage les quitter après 356. Or, oîi trouver ces cinq années, dans le laps de temps correspondant à la domination de Constance et de Julien sur la Gaule, et avant l'année 35G? Constance régna sur ce pays à partir du mois d'août 353 (l'usurpateur Magnence y fut reconnu et commanda les armées jusqu'à cette époqm^ ; .liilien y giiuvcrii;i rDiiimc Ci'-.ir à partir de 355 : comme il faut que son >n\A:A Tail aliaihlDiiin' au lai-d Tauuée suivante, il ne reste, pour la dinrc lnlali.' du service niMilaliv iW. Mai-lin, qu'un intervalle de trois ans , au lieu de cinq ans , qui sont le minimum. On voit donc que les mots Juliano Cœsare ne peuvent être maintenus, pas plus que le mot Constanlio , puisque le jeune cavalier, d'après l'âge qu'il avait au moment de son enrôlement, dut nécessairement servir sous le grand Constantin, puis sous ses fils Constantin II et Constant, maîtres de la Gaule immédiatement après lui, mais non sous Constance. La leçon Constanlio est une simple altération de Constantino , altération qui se comprend parfaitement lorsqu'on voit ce nom ainsi reproduit dans certains manuscrits : Constanlio 3. L'omission du petit trait qui représente l'abréviation finale était on ne peut plus facile. Ce qui indique que la chose s'est bien produite ainsi, c'est que d'autres exemplaires très anciens, celui de Saint-Gall (ix" siècle) et un de ceux de Paris [x" et xi" siècle), portent intégralement le mot Constantino 'k La bonne leçon s'est donc conservée dans quelques manuscrits; et c'est à tort qu'on l'a corrigée après coup dans quelques autres, ainsi que dans les éditions modernes. La rectification que je propose n'est, on le voit, nullement dépourvue de base maté-

1 V. s. Hilar., Lib. de Synod., 2; Contra Conslantium , 2; Tillemont, Hist. ecd., VI, 39S, etc. = 2 Vita S. Mart., 2. = 3 Ms. 18312 de la Bibl. nat., f" 4 vo. = 4 Ms. lOîi de Saint-Gall, et ms. 3851» de la Bibl. nat., f" 58.

APPENDICE

rielle. Au reste, il arrivait fréquemment aux scribes du moyen âge de confondre les noms de Constantin, de Constance et de Constant, et d'écrire l'un pour l'autre; on en a des exemples dans les livres de Grégoire et dans la grande chronique de Tours i. Bien mieux, l'auteur de cette dernière déclare que Constantin II et Constant ne font qu'un seul personnages. De pareilles erreurs achèvent d'expliquer et de démontrer la faute commise par la plupart des copistes qui ont transcrit Sulpice Sévère. Quant aux mots Juliano Csesare, ils se sont probablement glissés en place de Julio Constante (Constant s'appelait aussi Jules). Une abréviation mal comprise et mal reproduite a pu causer celte substitution regrettable. Il y avait aussi chez les écrivains de la Gaule une certaine tendance à mettre sur le compte de Julien les actions des autres princes de son temps , parce que son gouvernement avait laissé dans ce pays plus de traces et son nom plus de souvenirs. Ce nom est mis, notamment, pour celui de Valentinien dans la vie de saint Maurille d'Angers attribuée à Fortunat 3. Quoi qu'il en soit, il n'est pas douteux qu'il ne doive être rayé de l'histoire de saint Martin et remplacé par celui de Constant : ainsi le veulent tous les synchronismes.

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