‹ Saint MartinChapitre 299 sur 317 · ÉCLAIRCISSEMENT CHRONOLOGIQUE GG · texte numérisé non relu

ÉCLAIRCISSEMENT CHRONOLOGIQUE GG

io juin sans motif suffisant et contre tous les témoignages. La date de 372, quoique se rapprochant davantage de la vérité, ne s'accorde pas non plus avec les indications formelles des sources : il n'y a de possible que celle de 371, admise déjà par Maan et par d'autres, et correspondant seule avec la huitième année du règne de Valentinien, la vingt-sixième avant la mort de saint Martin, la trente-quatrième après l'élection de son prédécesseur Lidoire, chiffres marqués en différents endroits du texte de Grégoire de Tours i.

'l. DATE DE LA MORT

C'est sur ce point que se sont produites les plus singulières et les plus nombreuses divergences. Voici, en deux mots, les différentes dates qui ont trouvé des défenseurs , et les raisons qui peuvent être invoquées pour ou contre leur adoption.

395. Cette date a été donnée par le snvant Scaliger, uniquement parce que le 11 novembre tomba, cette année -là, un dimanche, et que saint Martin, d'après les textes, dut mourir le dimanche. Mais il n'est nullement prouvé qu'il mourut le 11 novembre; au contraire. On ne saurait d'ailleurs , pour arriver à faire accorder entre eux ces deux éléments dè la question, négliger les autres termes chronologiques, qui tous s'opposent à la solution de Scaliger 2.

396. Gervaise arrive à ce chiflVe, |ii'o|misc par Marteau, en se fondant sur la chronologie des prédci . -m ui s i\r saint Martin (chronologie essentiellement obscure et incerlainc i , sur crllo de ses successeurs, au sujet de laquelle Grégoire lui-même varie, sur le synchronisme plus précis fourni par la deuxième année d'Honorius et Arcadius (elle coïncide, en effet, avec l'an 396 de Jésus -Christ; mais nous avons vu que le texte qui désigne cette deuxième année peut également signifier la troisième); enfin sur le concile de Turin, auquel saint Brice aurait assisté eu qualité d'évêque de Tours et qui aurait été tenu en 397 (date qu'on n'a jamais pu établir ] 3. La conclusion de Gervaise est en opposition manifeste avec cette indication précise du chroniqueur : « L'année du consulat d'Atticus et Cesarius (397). » Il l'explique, à la vérité, en avançant que Grégoire a voulu dire « l'année où ces consuls furent désignés ». Mais tel n'est point le sens, évidemment. L'historien de saint Martin se trompe encore en plaçant le décès du pontife au 9 novembre, sous prétexte qu'en 396 ce jour était un dimanche; car, d'après le récit de son successeur, il ne put s'écouler moins de trois jours entre sa mort et ses obsèques, ce qui remettrait celles-ci au 12, au lieu du H. Il y aurait encore bien des observations à faire sur la manière dont Gervaise interprète

1 llisl.. X, 31. = 2 De Emendatione lemporitm , p. 572. — 3 Vie de S. Martin , p. 365

APPENDICE

ou modifie les textes afin de justifier son opinion ; mais on les a déjà faites, et son système n'a trouvé qu'un très petit nombre d'adhérents.

397. Cette date est la plus communément adoptée aujourd'hui : elle a été admise par Ruinart, Lecointe, Maan , Dubos, les BoUandistes et VArl de vérifier les dates. J'ai déjà dit le principal motif qui m'a fait conclure comme eux : étant donné que Martin , comme le veut un passage de Sulpice d'une authenticité indiscutable, en dépit des allégations de Reinkens, se trouvait dans sa soixante-dixième année en 385 et 386, et qu'il vécut, comme Grégoire l'a marqué d'après les diptyques ou les traditions de son Église, jusqu'à l'âge de quatre-vingts ans i, il faut absolument conclure de cet accord des deux seules autorités compétentes qu'il mourut en 397. En outre, cette année est celle du consulat de Césarius et Atticus, synchronisme qui a peut-être plus de valeur que les autres données chronologiques de Grégoire, car il est indiqué par lui à deux reprises et dans deux livres différents 2. C'est aussi la seule oii le dimanche tomba, comme il convient, trois jours avant le 11 novembre, c'est-à-dire le 8. C'est enfin, comme le veut encore le successeur du bienheureux pontife, la vingt- septième année après sa consécration, si l'on admet qu'il monta sur le siège épiscopal au mois de juillet 371. Voilà plus de raisons qu'il n'en faut. Quant aux objections, l'on n'en peut soulever que deux: d'une part, Sulpice dit que son héros vécut encore seize ans après son dernier voyage de Trêves (386 ou 387); de l'autre, l'anniversaire de la mort du saint a toujours été célébré le 11 , qui, en 397, était un mercredi, non un dimanche. Mais le mot sedecim, sur lequel s'appuie la première objection, fait partie d'un passage absent de plusieurs manuscrits. Dans quelques-uns, il a été ajouté après coup; dans d'autres, et dans le plus ancien de tous, il se présente sous la forme sediccm, qui fait que l'on se demande s'il n'est pas là pour sed decem^. En outre, indice des plus graves , il n'est reproduit ni dans la version de Paulin de Périgueux ni dans celle de Fortunat, qui expriment en vers les autres chiffres de Sulpice. De toute façon, il ne saurait être pris à la lettre; sinon, il mènerait à la date de 402 ou 403, qui ne peut se soutenir un seul instant. Aussi beaucoup de commentateurs l'ont- ils corrigé à leur fantaisie. Cet élément chronologique est donc le moins certain de tous, et, du moment qu'il se trouve seul en contradiction avec les autres, il doit être écarté. Quant à l'événement commémoré le il novembre, on a vu, par les explications données plus haut sur les fêtes de saint Martin, que c'était, en réalité, la réception de son corps dans sa cité épiscopale et la cérémonie de ses obsèques. Je ne rappellerai pas ici d'autre preuve que les noms de deposilio et de receplio donnés primitivement à cette fête. Si le premier signifie quelquefois, dans la langue épigraphique , le décès lui-même, il est également

1 Sulp., Dial.. 11, 7. Gr.:-., ///s(. . 1, 'iX - 2 llist., ibid., et Virl. S. Mari., I 3. = 3 Ms.257 d'Einsiedeln; nis. lois de Tours, cl ms. de Vérone.

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