‹ Saint MartinChapitre 32 sur 317 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

italienne, à Ticinum, qui depuis s'est appelé Pavie'. Sa famille s'était donc trouvée subitement transplantée sur une terre étrangère lorsqu'il était encore petit enfant. Pourquoi cette émigration? Un savant bénédictin a émis récemment la conjecture assez plausible que, Constantin ayant, dans la joie de sa victoire sur Licinius, en 324, donné à une partie de ses vétérans leur congé et des terres, le tribun pannonien avait été compris dans le nombre et avait reçu quelque bénéfice en Italie"^. Effectivement, il n'est plus question ensuite de sa présence sous les drapeaux. D'un autre côté, son jeune fils devait avoir alors sept à huit ans; et justement le premier fait que Sulpice raconte de lui après son séjour à Pavie se rapporte à sa dixième année : l'intervalle est donc peu considérable, et l'explication proposée s'accorderait avec l'ordre des temps et du récit. A cet âge si tendre, l'àme de l'enfant s'ouvrit à l'action de la grâce céleste. Depuis ses premiers ans, pour ainsi dire, ce prédestiné « aspirait à la servitude divine^». Mais, à ce moment, une véritable conversion s'opéra chez lui, et les circonstances dans lesquelles il se trouvait nous la font parfaitement comprendre. Arrivant d'une région païenne et peu civilisée sur cette terre chrétienne de l'Italie, où tant de martyrs avaient répandu avec leur sang la semence de la foi, le petit Sabarien dut être vivement frappé du contraste. A Pavie, il rencontra une église, un évêque, une chrétienté. Ses yeux furent saisis par le spectacle des cérémonies sacrées qu'il put entrevoir, ses oreilles par les chants graves et pénétrants de la liturgie primitive: autant de nouveautés qu'il ne soupçonnait même pas. Mais surtout son cœur fut captivé par le charme austère de l'ensei-

1 Sulpice Sévère, Vita S. Mart., 2. = ^ D. Chamard, S. Martin et Ligugé, p. 3. Cette supposition semble conlirmée par l'obligation où Martin se trouva plus tard de servir dans l'armée, car le don d'une terre ou d'un bénéfice à un soldat romain était la condition stipulée en retour du service imposé à son fils. (Lampridius, Vila Alex. Severt, 58.) =: ' Sulpice Sévère, loc. cit.

ART GOTHIQUE (Xlll^ SIÈCLE)

1 . « Mort de saint Martin. » Le saint mourut dans l'habitation du presbyleriurn de Candes en adressant au démon cette suprême apostrophe : « Que fais-tu ici, « bête cruelle? Tu ne trouveras rien en moi qui t'appartienne, et voici que le <i sein d'Abraham s'ouvre pour me recevoir. >> Le visage du saint apparut alors comme celui d'un être céleste, et tel était l'éclat de ce corps qu'on l'eût dit transfiguré déjà par la résurrection glorieuse. (Sulpice Sévère, Epist. 3.)

2-3. " Obsèques de saint Martin. » Les Tourangeau.x et les Poitevins se disputèrent la dépouille mortelle de l'apôtre; mais les Poitevins , qui voulaient l'enlever, s'endormirent au milieu de la nuit. Les Tourangeaux firent alors sortir le corps saint par une fenêtre, le déposèrent dans une barque et le ramenèrent triomphalement dans leur ville. (Grégoire de Tours, Hist., I, 43.)

4-6. <i Saint Martin couronné par le Christ, » au milieu de deux anges encensants.

Vitrail de la cathédrale de Tours, déjà reproduit dans les Verrières du chœur de l'église métropolitaine de Tours de J. Marchand (texte par MM. Bourassé et Manceau; Paris et Tours, 1849, in-folio). On n'en donne ici que la partie supérieure. Le médaillon du haut offre, dans notre reproduction, une exactitude qu'il n'a point dans l'ouvrage précédemment rilé.

d'après «-nii Mi}uar-i'lle . p.xériitco .i Tours en IBSO.

gnement religieux, parles leçons paternelles des prêtres, qu'il trouva le moyen d'entendre d'une façon ou d'une autre. Ceux-là peuvent se rendre compte de l'éclosion spontanée de cette jeune âme, qui ont passé par une transplantation aussi subite. Bientôt il ne put y tenir, et, malgré ses parents, il courut à l'église, demandant en grâce à èti'e admis au nombre des catéchumènes. Les enfants pouvaient à partir de sept ans être enrôlés parmi ces aspirants au baptême, qui s'administrait plus tard, il y avait généralement trois classes de catéchumènes : les audienles, qui étaient instruits dans l'église; les genvfleclentes, qui priaient avec les fidèles et assistaient à tous les offices ; les compétentes, candidats jugés aptes à recevoir le sacrement. On passait ainsi des mois, souvent des années à conquérir la robe blanche des baptisés, fréquentant assidûment l'assemblée des chrétiens, mais quittant l'église au moment oi^i finissait la messe des catéchumènes, c'est-à-dire à l'offertoire. Saint Augustin appelle ceux qui accomplissaient ce noviciat les conscrits de Dieu (tirones Dei); et ailleurs il les assimile à l'enfant qu'une mère descendue du ciel nourrit avec sollicitude, jusqu'à ce qu'il ait pris les allures de l'homme ^ Quelle comparaison pourrait mieux convenir au jeune Martin? Il absorba avec avidité le lait spirituel distribué aux nourrissons de l'église de Pavie. L'évêqùe le reçut en qualité d'auditeur, et dirigea ses premiers pas dans la carrière où il entrait avec une résolution au-dessus de son âge. Puis il l'admit à l'imposition des mains, qui lui ouvrait la seconde classe des catéchumènes, et le marqua du signe de la croix, qui le vouait déjà au Christ-. Le nom de ce pontife, qui prit une part si grande, et sans doute personnelle, à sa haute vocation, doit être signalé : il s'appelait Anastase; il siégea de 310 à 333, et l'Italie

1 Aug., de Symb. ad calechum., II, 1.

- Signavitque crucis sanctam mimimine fronton.

(Paulin de Péi'igueux, liv. I.)

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