CHAPITRE II
courant de pieuse émigration venait do prendre une nouvelle force depuis quelques années, à la suite de la précieuse découverte faite par la inère de Constantin. Dès Tan .111, Antoine était descendu de sa solitude au milieu des rues d'AK'xandric , [xnir ciicoiu aiicr les (■lir('"ticns [xn'sécutés : à partir de cd iii^laiil. lous ceux (pii l'r('Mjii(MiLaient le port de cette ville durent cnlcndre parler de lui, de son genre de vie, de ses imilaleiirs, de ses monastères. Il est donc surprenant que, pour retarder de vingt ans la naissance de saint Martin et ses premières aspirations vers le cloître, on ait argué de l'ignorance absolue oîi se trouvait le monde occidental à l'égard des solitaires d'Egypte au moment où saint Martin devait avoir douze ans, c'est-à-dire en 329'. D'ailleurs, Sulpice, en parlant de sa précoce vocation monastique, ne dit nullement (ju'il désirât rejoindre les religieux de la Thébaïde ; il nous apprend simplement qu'il rêvait une solitude quelconque (eremum) , et c'est du mémo terme qu'il se servira plus loin pour indiquer que la retraite de Marmoutier équivalait à un désert. Le pieux enfant nourrissait donc le vif désir de se vouer à la contemplation et de vivre avec Dieu seul à seul, sans précisément songer à émigrer. Une noble pénitente, Aglaé, avait bien mené la vie claustrale à Rome; la fdle de Constantin fondait bien, vers cette époque, un monastère sur le tombeau de sainte Agnès. Donc, la vie religieuse n'était pas si inconnue que cela sur la terre chrétienne de l'Italie; et, après tout, si Martin fut un des premiers à en concevoir l'idéal dans cette contrée, une telle initiative était tout à fait digne de son étonnante
' C'est là , en effet, un des arguments produits à l'appui de son singulier syslème chronologique par le docteur Reinkens, qui s'est fait depuis une célébrité par de tout autres moyens, et qui, après avoir reproché à M. l'abbé Dupuy une description soi-disant romantique du site de Sabarie, a rempli lui-même cette partie de la Vie de saint Martin au moyen de suppositions étrangères à l'histoire comme au sujet, s'étendant longuement sur les desseins probables de son père, sur l'avriil iii'c do Dioclétien et de la druidesse, racontée ))ar Vopii^- CUS, etc. (Martin l'on 'l'ours, liv. 1, ch. II, et suppl. 1.)
précocité. 11 eût dès lors cédé à son entraînement, ajoute son historien, si la faiblesse de son âge n'eût été un obstacle insurmontable. A cet obstacle venait se joindre Topposition résolue de ses parents. Ils ne purent l'empêcher, cependant, de donner tout son temps à l'église et à ses projets de monastères ^ Qui sait si Ligugé, si Marmoutier n'existaient pas en germe, avec leur belle organisation, dans le cerveau de cet adolescent? D'autres, à son âge, ont combiné des plans de bataille; lui, dirigeait en imagination des légions de moines vers la palme céleste.
1 Aniiiiiix hiiiini circa monasleria aul circa ecclesiam semper intentus , incdilab'il II !■ mlliiir m xtatc puerili quod postea dévolus implevit. (Sulpice yévère , lur. ni,'
ENRÔLEMENT; SERVICE MILITAIRE. — TRAIT CÉLÈDRE d'AMIENS
^ (U lait
Il milieu de ces saintes occupations, Martin atteignit sa seizième année.
[| iK! l'avait pas encore accomplie \ . lorsipie des bruits de guerre se répan- . dirent et que rempeieur Conslaiitiii , « ayant à soumettre les Gotlis , contre lescjucls les Sarmates imploraient son assistance-, prit ou renouvela une mesure exceptionnelle pour augmenter au besoin l'efTectif de ses troupes et avoir sous la main des recrues toutes \(t(ians, qui devaient servir comme la cdiidiliitii des privilcacs accordés à