‹ Saint MartinChapitre 35 sur 317 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

ceux-ci), furent appelés avant l'âge habituel à suivre l'armée. Des édits antérieurs, émanés de ce prince comme de ses prédécesseurs avaient ordonné qu'ils fussent contraints à entrer dans la milice, soit à vingt ans, soit à dix-huit (la limite avait varié et devait varier encore) ; sinon, ils devaient être employés au service des curies, c'est-à-dire dans ces charges civiles que chacun fuyait alors comme la peste, tant elles étaient onéreuses. Au mois d'avril 332, un rescrit impérial leur imposa de nouveau l'option, et cela dès l'âge de seize ans. Constantin se préparait ainsi une réserve utile pour combler les vides que les Goths allaient produire dans son armée; c'est ce qu'il avait fait en 319, au moment de la guerre des Sarmates, ce que Constant devait faire en 341, à l'occasion de la guerre des Allemands, et Constance en 343, en vue de la guerre persique ^ Chaque fois que l'empire se trouvait en face d'un danger imminent, la même option était rappelée comme un devoir aux fds des vétérans, et on les pressait de s'enrôler. Or Martin se trouvait dans les conditions voulues ou à peu près : il s'en fallait peutêtre de quelques mois pour que la loi de Constantin lui fût strictement applicable. Son père, qui ne connaissait, qui n'admirait sans doute que la carrière des armes, et voyait d'un très mauvais œil les dispositions toutes contraires de son fils, le dénonça aux agents du recrutements II obéissait, d'ailleurs, en agissant ainsi, à un mobile d'une autre nature, que Sulpice ne signale pas, mais qui n'en est pas moins réel, et qui ôte à cette action peu digne d'un père son caractère étrange : la loi portait des peines sévères

' Alt-'\.iiiilii' SihtTf i l l'iiiliii-- vivaient déjà astreint les fils des vétérans au j-ei\iri' iinlil,uii\ \ . i nliN- , fita Alex. Severi , ch. LViii; Boutaric, Inslituliuiis iiiilihin-rs . p. ^ C'i -i |".nrquoi Sulpice dit à propos de robligation imposée à Martin ; Cum rilît lum r.turi \ regibus... Ce mot ne prouve donc pas, comme on l'a cru quelqin liii^ , (|ui> Ir l'ait se passait sous le règne des fils de Constantin, ou après les nnlnniiaiii os successives de Constantin et de Constance sur le même objet. = ^ Code théodosien , éd. Ritler, II, 450, 415.^; IV, 395 , etc. = 3 Prodenle paire qui felicibus ejus aclibus invidebal. { Sulp., toc. cil.]

contre les vétérans qui n'offraient pas leurs fils à la milice'. La crainte lui fit donc prendre une détermination à laquelle ses opinions ne le poussaient déjà que trop, et même devancer quelque peu le terme fixé. Probablement le jeune homme résista, et, dans le premier mouvement de sa douleur, voulut se dérober à une charge qui semblait renverser ses desseins les plus chers. Toujours est-il qu'il fut saisi et chargé de chaînes ^ Un tel procédé pourrait aussi paraître singulier de la part d'une administration puissante; mais on a d'autres exemples de ce traitement brutal sous Constantin même : saint Pacôme fut détenu de la sorte avec un certain nombre de jeunes gens, conscrits comme lui, en attendant le moment de servir ^. On avait peur que les recrues ne prissent la fuite, et la plupart cherchaient, en effet, le moyen d'échapper à leur sort, même au prix de mutilations cruelles; il avait fallu sévir contre ceux qui se cachaient ou se coupaient les doigts pour ne pas porteries armes ^ Ainsi se trouve confirmé à chaque pas, et dans les moindres mots , le récit de l'historien qui nous sert de guide.

Voilà donc notre aspirant cénobite forcé d'endosser la chlamyde ; voilà le serviteur du Christ transformé en serviteur de César. Quel changement, et quelle épreuve pour sa constance! Mais il va bientôt nous montrer qu'une âme comme la sienne est au-dessus de pareilles vicissitudes, et qu'un chrétien véritable peut servir Dieu partout, même au milieu de la licence des camps. Il ne fut pas appelé tout d'abord à combattre. Il s'écoula même un certain intervalle avant qu'il fît effectivement partie d'un corps d'armée et qu'il eût le rang de soldat en titre. C'est là un fait qui n'a jamais été compris, et qu'il importe essentiellement de mettre en lumière. Non seulement il attendit son tour dans

1 Code théod., II, 270. = ^ Caplus et calenalm. (Sulp., loc. cit.] Plusieurs manuscrits portent rapius; nuance bien indifférente pour le pauvre prisonnier et pour nous. = 3 Vila S. Pacliomii, ch. iv. Cf. Actn S. Maxirniliani , dans Ruinart; de Prato, édition de Sulpice Sévère, I, 323. - i Code théod.. Il, 254.

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