CHAPITRE II
la captivité, mais il eut à passer par différentes formalités et par une sorte d'apprentissage qui demandèrent du temps. Les milices, en général, n'étaient pas inscrites au rôle aussitôt qu'elles étaient levées, et c'était cette inscription qui seule donnait la qualité de 7niles, comme nous l'indique Ulpien '. Avant d'être ainsi portés sur les cadres, les jeunes conscrits prêtaient un premier serment militaire, constituant l'engagement. Un peu plus tard, on les répartissait dans les légions, dans les cohortes et dans les centuries, après quoi on leur demandait un deuxième serment et on les enrôlait; un troisième serment se prêtait ensuite dans le camp. Tels étaient les usages de la république, auxquels l'empire n'avait apporté que de légères modifications ^. C'est poar(iuoi Sulpice, toujours fidèle à la vérité, nous dit, immédiatement après, que Martin se trouva « lié par les serments militaires ». Mais il ne dit pas, comme on l'a entendu jusqu'ici, qu'il ait commencé tout de suite le service actif de la milice. Les commentateurs modernes ont voulu resserrer dans l'espace de cinq ans tout le temps écoulé entre sa dénonciation aux recruteurs et son congé définitif, sous le prétexte que notre auteur affirme, un peu plus loin, qu'il combattit ou porta les armes {mililavit) durant trois années avant son baptême et durant deux années après : de là des obscurités chronologiques, des dissertations à perte de vue, et, chose plus grave, des modifications du texte original, soi-disant pour le rectifier ^ Mais ces chiffres, ces cinq années comptées par Sulpice sont évidemment celles du service de Martin dans la milice armée, et n'embrassent point l'espèce de noviciat militaire qui le précéda. L'historien nous indique nettement, dans une phrase dont on
1 V. à ce sujet le mémoire de Lebeau , dans VHisl. de l'Académie des hiscr., XXXII, 349. = - Tile-Live dit aussi qu'on faisait prêter serment à tous ceux qui étaient en âge de servir, afin de les employer en cas de besoin sans être obligé de faire une nouvelle levée. {Ibid., 322.) = 3 V. l'éclaircissement chronologique placé à l'appendice.
PAINT MARTIN SOLDAT
n'a pas assez pesé les termes, que c'étaient là deux conditions, deux phases différentes par lesquelles certains jeunes gens passaient successivement, que son héros en particulier passa par toutes les deux, et que la seconde seule s'appelait proprement le service des armes. « Dans son adolescence, dit-il littéralement, il suivit la milice armée avec les écoles de cavalerie de la garde palatine sous l'empereur Constance (ou Constantin), et ensuite il fit partie de la milice [militavil) sous un autre prince '. » Ainsi Martin, même après les serments et après l'enrôlement, ne fit d'abord qu'accompagner l'armée dans les rangs d'une troupe d'adolescents que l'on préparait au métier militaire. Était-ce donc régulier? Un tel fait correspond-il aux lois existantes? Oui, car les écoles attachées à la garde impériale ou aux légions palatines nous sont connues d'autre part. Le code théodosien en fait mention plus d'une fois ; il nous apprend qu'elles étaient au nombre de sept, placées, les unes sous les ordres du magisler offîciorum, les autres sous ceux du magister militnm, et il distingue toute la milice palatine de la « milice armée », absolument comme Sulpice Sévère-. L'historien Agathias nous donne un renseignement plus précieux encore : il nous dit formellement que les scholares n'étaient pas considérés comme de véritables soldais, qu'ils n'étaient pas aptes à la guerre , et qu'ils passaient souvent
1 Ipse armaltnn militiam in adolesccntia sccutus inter schalarcs alas sub regc Conatmitin (ni . Contitanlino), deinde sub Juliano Cœsiire laUitnvil. 'relie est la pûnclii.iliiiii lie Iniis les anciens manuscrits et de l'édilidii ( rilh|iii> |Mililii'e récemmeiil |i;ir M. ('.iKivIes Halm sous les auspices de rAciKli inii' ilc X i.'iiue (p. 111). Sur sens i\r sriiolares alœ, voy. Du Gange, ;iu mol >-rhi,l,(ris : M,'iii. de l'Acod. n,Nrr.. XXXII, 311, etc. Ala désignait à lui >ru\ un ci.iv^ .le cavalerie. Un ne s'c.\|]|ic|iic dune pas cunimoiit Tillemoiil a pu cioii r i^ur Miu'liu servit dans l'inlanln ic. 1! ;i r\r cdiiiluil l:i une i iiln-prrl ;i I mu Inivée du passage où Sulpice raci.ulc i|U(' le jriiui' -(iM.'il u',i\;iil |ilu- i|ur <rs ;irnies et son manteau au morunii du il dnuu.i \ .'IimucuI ;i uu ii.iumv. Mais l'ouiission du cheval ne siuuilio rien ici, l'I la liadiliou uuivrrsi'llr , (■(iiisa'-r(;i' par une luullitude de liiouunieuls li^urûs de t(jus les sin-lcs. s'aci nr.lc , au Ciuili airc , a\r,; la phrase ci-dessus. = a V. nulamnioni liv. \11, lit. vu, lois'i'j, lî'i; el liv. Xll, tit. 1, loi 38.