‹ Saint MartinChapitre 37 sur 317 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

tout leur temps à la cour'. Ce n'était pas là, du reste, la seule catégorie de novices que l'armée romaine traînait après elle. On distinguait encore, dans différentes légions, et dans la cavalerie comme dans l'infanterie, des adcrescentes, recrues supplémentaires destinées à combler les vides accidentels, et des juniores, jeunes gens offerts par leurs parents, qui suivaient les troupes jusqu'au jour où ils étaient capables de porter les armes ^ Si les fils des vétérans étaient exempts sous certains rapports de l'apprenlissage des conscrits vulgaires, s'ils étaient favorisés d'une solde immédiate, ils n'en pouvaient pas moins faire partie de ces corps d'aspirants lorsqu'ils n'avaient pas atteint l'âge requis. Ainsi, de toute façon, soit comme adolescent, soit comme scholaris, Martin ne « milita » pas immédiatement. A quinze ans, d'ailleurs, les épaules de l'homme ne sont pas encore assez robustes; aussi la règle, depuis les temps de la république, était-elle de lever les recrues ordinaires à dix -sept ans, et ceux-là même qui s'enrôlaient plus tôt ne pouvaient compter leur temps de service qu'à partir du jour oi^i ils atteignaient cet âge ^

A quel moment le jeune saint fut-il considéré comme adulte et incorporé comme cavalier en titre dans la légion qu'il suivait? Sans doute vers sa dix-neuvième année, puisque son service actif dura cinq ans et qu'il obtint son congé à vingt-quatre, comme nous le verrons tout à l'heure. Tel était, en effet, l'âge assigné par d'autres lois à cette incorporation, pour les enfants de militaires ^ La guerre des Goths, en prévision de laquelle il avait été appelé sous les drapeaux, s'étant terminée brusquement par une victoire complète des Romains, remportée dans le mois même où

1 Voici la traduction lalirie du texte grec : Eranl aulcm non rêvera rnililes neque rei bellicx perili, sed ex cohorlihus illis quoe lotam diem ipsamque noctem in aula consumunt , quos scholares vacant. [Script, rer. Dyzant., III, lil.) = 2 Code théod., éd. Ritter, II, 278. Végëce, liv. III, ch. xviii. Cet écrivain conseille de tenir dans chaque cohorte cinquante ou cent de ces auxiliaires. = 3 Lebeau, Hist. de l'Acad. des inscr., XXXV, 190 et suiv. = i Ibid., 193.

Constantin venait de réclamer les fils des vétérans, il ne fat pas envoyé contre ces barbares, mais reçut, heureusement pour notre pays, une direction toute différente. Vers cette époque, le grand empereur s'occupait de réorganiser sur un nouveau plan la défense de la Gaule, sans cesse menacée d'invasion par de redoutables tribus germaniques. Jusque-là les légions romaines avaient été échelonnées le long des frontières, du côté du Rhin. Elles opposaient ainsi à l'ennemi une ligne très étendue, mais trop faible et rendant difficile une concentration immédiate des troupes. Constantin changea de tactique : il voulut les cantonner à l'intérieur dans un certain nombre de garnisons, et à quelque distance des limites de l'empire, de manière à avoir sous la main des corps assez considérables, formant, pour ainsi dire, une digue mobile que l'on pût diriger à volonté du côté le plus menacé. Cette innovation lui a été vivement reprochée par Montesquieu; et cependant c'était la seule chose qui restât peut-être à faire devant l'affaiblissement graduel des forces romaines et le progrès alarmant des envahisseurs. Il fallait, comme l'a fait observer récemment M. Marins Sepet', que l'empire ramassât ses dernières ressources pour livrer ses derniers combats. En même temps, développant le système si pratique de l'ancienne Rome, consistant à se faire des alliés et des défenseurs des peuples qu'elle avait soumis, Constantin donna une large place dans la défense des Gaules à l'élément barbare. C'est alors que vinrent s'établir sur plusieurs points de notre sol ces lètes germains, dont on a tant parlé, et qui passèrent de l'état de soldats à l'état de colons, commençant ainsi, longtemps avant la conquête franque, le renouvellement de la population locale. Enfin Constantin renforça les garnisons gauloises au moyen de troupes réservées auparavant à un service intérieur et moins actif,

' L'Invasion des barbares (exlrail des Questions historiques), p. 7.

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