CHAPITRE II
telles que les légions palatines. C'est ce que Ton voit par la notice officielle indiquant la répartition des forces romaines en Gaule au commencement du v" siècle, mais décrivant, comme le remarque avec raison M. de Pétigny ^ un état de choses existant depuis cent ans au moins.
Voilà pourquoi nous retrouvons tout à coup notre jeune soldat dans cette contrée nouvelle pour lui , mais (jui allait devenir son pays d'adoption. Les voies de Dieu sont mystérieuses, et à coup sûr l'empereur, en envoyant à la Gaule sa milice palatine, ne pensait guère lui envoyer un apôtre. Mais ce qui rend la coïncidence tout à fait curieuse, c'est que la même notice non seulement nous apprend la présence dans notre pays de cette garde impériale à laquelle Martin était attaché, mais nous révèle de plus que le détachement réservé à la Gaule se composait des lanciers de Sabarie, placés sous le commandement du maître de la cavalerie'-. Très probablement Martin était entré, comme son père, dans ce corps spécial, (jui faisait partie des milices du palais, et qui se recrutait de préférence, sinon en totalité, dans son pays natal. On sait, du reste, que les lanciers de la Hongrie et de la Pologne ont longtemps conservé leur réputation légendaire. La notice ne nous dit pas où étaient cantonnés ces cavaliers sabariens. Elle nous indique seulement qu'il y avait des troupes sarmates ou slaves campées entre Reims et Amiens ; mais peut-être cette désignation ne s'applique -t- elle qu'à des lètes sarmates. Nous savons cependant que les troupes romaines, même après avoir été retirées des frontières, occupaient principalement la région du nord et tenaient garnison dans quelques places fortes. Amiens était du nombre. C'est aux portes d'Amiens que Sulpice Sévère place le seul trait qu'il nous raconte de cette période de la vie de Martin. D'un
1 Éludes sur Vépoque méroviiiçiienne . I, 210. = ^ Intra Gallias , cum viro illuslri magistro cquitum Galliarum .. ., Inncrarii Saharienses. ( D. Bouquel , 1,12.5.)
SAINT MAHTIN SOLDAT
autre côté, la tradition populaire a conservé le souvenir de sa présence aux environs de cette ville et de celle de Reims. Certaines localités, comme le village de Foucarmont (Seine-Inférieure), prétendent même avoir été autrefois le siège d'un camp, d'une statio militum, que le jeune cavalier serait venu visiter durant son séjour à Amiens'. Tout s'accorde donc à démontrer que c'est dans la capitale des Ambiani qu'il demeura en garnison pendant la plus grande partie de ses cinq années de service actif.
Demeura-t-il simple légionnaire, ou occupa-t-il un grade supérieur? La question ne saurait être douteuse, d'après les lois militaires du temps. Un décret rendu par Constantin en 320, en rappelant que les fils des vétérans cavaliers avaient le droit de s'engagei- dans la cavalerie, leur reconnaissait un autre privilège : celui de servir avec le rang de circuiteur et de recevoir immédiatement double ration, s'ils avaient avec eux deux chevaux ou bien un cheval et un serviteur ^ Or c'était précisément le cas de Martin, puisque Sulpice Sévère nous pai'le du valet qui l'accompagnait à l'armée, et semble même dire qu'il i)ouvaiten avoir plusieurs ^ Ces serviteurs ou ces ordonnances, appelés plus proprement calones, s'étaient multipliés dans les légions romaines depuis la décadence. Ils combattaient à côté de leurs maîtres, bien (ju'iis fussent probablement de condition servile; ils portaient les i)ieux, les bagages, et faisaient tous les gros ouvrages. La légende prétend que celui qui était attaché au service de Martin s'appelait Démétrius, qu'il le suivit plus tard dans sa retraite et fut mis par lui à la tête de la paroisse de la Fontaine-Saint-Martin (Sarthe)^ Le circuitor ou cvrcitor constituait le premier grade au-dessus
1 Communications de M. l'abbé Tourneur, de Reims, et de M. Parisy-Dumanoir. Cf. Marlot , I, 538, et le Courrier de la Drcsir. vr du in mai 1879. = 2 Code tliéod., éd. Ritter, II, 4bl. = ^ Uno lanlum scrvo comité contcntus. ( l'ila S. Mari., loc. cit.] = i Dupuy, Ilist. de S. Martin, p. 187.