‹ Saint MartinChapitre 44 sur 317 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

cent avait dû remuer sou âme'. L'usage existait eucore, il est vrai, de recevoir tardivement, et seulement après avoir atteint un âge raisonnable, cette initiation définitive à la vie chrétienne. On faisait profession de christianisme longtemps avant de porter la marque officielle du Christ : Constantin lui-même en est un exemple fameux; saint Just de Limoges nous en olfi'e un autre. Il paraît que bien des gens préféraient attendre que le feu de la jeunesse fijt passé, afin de i»ituvnir conserver plus \mrQ la robe baptismale. Mais tel n'était point l'esprit de l'Eglise, qui voyait, au contraire, dans le sacrement administré un signe d'élection et un préservatif contre les vices des païens. Tant qu'on ne l'avait pas reçu, on était plus exposé à devenir infidèle; on n'appartenait pas réellement à Jésus-Christ; on pouvait mourir sans être régénéré. Aussi, fort peu de temps après, saint Ambroise devait-il faire abolir en Occident cette funeste coutume, déjà bannie de l'Orient par saint Basile et saint Grégoire de Nazianze. Si Martin avait différé si longtemps son baptême, ce n'était certainement pas dans une pensée d'indépendance. Il se conformait à une habitude reçue ; il subissait peut-être la volonté de ses parents, ou bien les exigences du service ne lui laissaient pas assez de temps pour la longue préparation que l'on exigeait même des catéchumènes. II pouvait avoir quitté Pavie avant d'être passé dans la première classe de ces aspirants chrétiens, celle des compétentes. Tout porte à croire que si, à la suite de son trait de charité, il « vola vers le baptême », selon l'expression de Sulpice^ il lui fallut néanmoins un certain temps, et sans doute un congé momentané, pour le recevoir. Dans la primitive Église, et encore au iv^ siècle, on baptisait solennellement les adultes

' D.Chamard, S.Marlinel Li(]ugé, p. 11. Làse trouve la véritable explication de cette détermination subite; Baronius, lorsqu'il la cherche dans un édit de Constance qui obligea, en 351 , tous ses soldats à recevoir le baptême, commet un anachronisme et rabaisse en même temps le mérite du saint. = 2 Vita S. Mart., 3.

aux fêtes de Pâques et durant toute la période pascale, jusqu'à la Pentecôte. Martin dut être baptisé à la première Pâque qui suivit, c'est-à-dire au printemps de 339. En effet, son biographe, qui ne donne presque jamais de dates, n'a pas manqué de noter son âge à ce moment capital de sa vie. Il avait, nous dit-il, vingt-deux ans. Je sais qu'aucun historien n'a jusqu'à présent adopté ce chiffre, les textes ordinaires de Sulpice portant duodeviginli , dixhuit ans ; mais il est conforme au plus ancien de tous les manuscrits, antérieur de beaucoup' aux autres et représentant, pour ainsi dire, la version primitive; et, de plus, la date qu'il nous fournit est la seule qui coïncide avec les événements publics rappelés un peu plus loin par le même auteur'. A vingt-deux ans, d'ailleurs, l'homme est beaucoup plus fait qu'à dix-huit ; il est véritablement adulte, et cet âge s'accorde beaucoup mieux avec ce que nous avons vu jusqu'à présent des actions, du caractère, de la situation du jeune saint, comme avec ce que nous allons en voir.

Martin ne fut pas plus baptisé à Poitiers, où une tradition, suivie par Gervaise, le fait venir exprès trouver saint Hilaire, qu'àPavie, où. s'était perpétuée une erreur du même genre. Il y a dans ces deux versions une confusion évidente : le baptême a été confondu dans la première avec l'admission du saint aux ordres ecclésiastiques, dans la seconde, avec son admission au catéchuménat. 11 ne pouvait, à cette époque, connaître le célèbre cvèque de Poitiers, qui n'était encore ni évêque ni célèbre, et il n'avait aucun motif pour se diriger de ce cùté '^ La légende qui le fait baptiser par les mains de saint Paul, patriarche de Constantinople, reproduite au xiTi" siècle, par Péan Galineau, ne mérite pas plus

' V. l'éclaircissement chronologique, oii ce point est établi avec plus de développements. = - Gervaise a cependant adopté cette version (p. 10-12), mais parce qu'il pinçait le fait quinze ans plus tard. Il est plus étonnant que Beugnet l'ail suivie [Dcslruclinn du jinf^anhmc , 1, 293).

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