‹ Saint MartinChapitre 45 sur 317 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

de créance : elle émane de V Histoire des Sept dormants, cette pieuse odyssée où le mélange du faux et du vrai se montre d'une manière si sensible, et elle peut provenir du désir nourri par les Grecs d'avoir été, eux aussi, pour quelque chose dans les débuts du héros chrétien ' ; mais Sozomène et Nicé- |)horc, qui parlent de lui, sont muets sur ce point. Quelle apparence, d'ailleurs, qu'un soldat romain ait été d'Amiens jusqu'à liyzance pour chercher le baptême? Je ne mentionnerai que pour mémoire deux autres localités auxquelles on a attribué, sans titre sérieux, l'honneur d'avoir été le théâtre de ce fait important : Arras et Thérouannc "-. En somme, il n'y a point d'apparence que Martin ait eu une raison quelconque pour s'éloigner d'Amiens à cette occasion. Sulpice Sévère, qui marque toutes les circonstances dont l'événement a été précédé ou suivi, à cause de l'intérêt qu'il y attache, nous l'aurait certainement dit. Au contraire, il rapporte son baptême immédiatement après le récit de sa vision, sans transition aucune. Nous pouvons donc laisser à la vieille cité des Ambiani cette gloire, ([u'elle revendique. C'est là que notre futur apôtre fut plongé dans la piscine sacrée, car le baptême était encore administré par immersion. C'est là que le successeur de saint Firmin, qui devait sans doute connaître un jeune homme d'une si éminente vertu, lui ouvrit la grande porte de cette Église catholique, qui allait bientôt redire son nom d'un bout du monde à l'autre.

Après avoir porté la tuni([ue blanche, cette robe intacte de l'iimocence que Dieu lui envoyait pour remplacer le manteau mutilé de la charité, le nouveau chrétien ne fut plus soldat que de nom. 11 ne quitta pas innnédiatement

' II. Ch.iiiKird (S. Martin et Licjuge , p. 11) voit lù une simple confusion entre sailli l'.iiil il.' ( .(iii.ilaiilinople et saint Paulin de Trêves. Cette explication n'a pas il'auliv rMiiili iiieiil ((ue la ressemblance des deux noms. Le siège de Tr6ves ne fui, d'ailleurs, occupé par saint Paulin que de 3'i9 à 358. = Hennebert, Hht. rjén. d'Artois, p. 177.

l'armée, parce que son tribun, dont il était devenu l'ami et le familier, le supplia de l'attendre. Cet officier promettait de renoncer au monde avec lui à l'expiration de son tribunal. Martin demeura en suspens, pour ce motif, l'espace de deux ans ou environ après avoir reçu le baptême '. Il jouissait d'une certaine liberté, puisque son chef était d'accord avec lui et que l'on savait, du reste, qu'il devait se retirer prochainement. Il continua donc tranquillement, dans cet intervalle, ses bonnes œuvres et ses pratiques pieuses. Peut-être même commença-t-il dès lors cet apostolat des campagnes dont il allait se faire, pour ainsi dire, une spécialité. En effet, les environs d'Amiens, l'Artois, la Flandre sont encore pleins du souvenir de ses missions, et l'on a prétendu, non sans quelque apparence de raison, que sa prédication dans ces contrées se rapportait à réi)oque de sa vie où il menait la conduite d'un moine et d'un apôtre sous l'habit d'un soldat -. Toutefois je réserverai ce point pour le chapitre où doit être examiné l'ensemble de ses travaux évangéliques.

Tandis que s'écoulaient ces deux années d'attente , l'empire romain, et la Gaule en particulier, changeaient de maîtres. Le grand Constantin étant mort, d'après les dernières découvertes de la science, au mois de mai 338 % son vaste domaine fut partagé d'abord en trois : à son fils aîné, Constantin II, échurent la Gaule, la Bretagne et l'Espagne; au second. Constance, l'Orient; au troisième, Constant, l'Italie, riUyric et l'Afrique. Mais, dès le commencement de l'année 340, ce dernier, ayant été atla([ué par le jeune Constantin, mécontent de son partage, le vainquit et par sa mort devint maître de l'Occident tout entier. Les légions cantonnées dans les cités gauloises passèrent donc successivement sous les ordres de Constantin II et de Constant.

' Sul|)., Vita S. Mari., 3. = V. notamment Corblet, Hagioijr. du dioc. d'Amiens, IV, 30G et suiv. = 3 y. Questioits historiques, II, 81. Celte date nous est révélée par la chronique syriaque dont Cureton a publié le texte en 18i8.

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