‹ Saint MartinChapitre 46 sur 317 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Martin ne put, par conséquent, servir sous Constance, comme l'a fait croire une phrase, probablement altérée, de Sulpice Sévère, ce prince n'étant parvenu à posséder à son tour la Gaule que beaucoup plus tard, en 353. Encore moins put-il servir sous Julien, qui ne commanda en ce pays qu'en 'X'ùl. D'ailleurs, son départ de l'armée ne pouvant d'aucune manière être retardé au delà de 356, pour les raisons que nous verrons plus loin, et comme sont forcés de l'admettre eux-mêmes les partisans de l'étrange système qui le fait rester vingt-cinq ans sous les drapeaux, par une audacieuse amplification du nombre exprimé en toutes lettres dans le texte original , et , d'un autre côté , la durée des gouvernements de Constance et de Julien réunis (353-356) ne laissant pas même la place nécessaire aux cinq ans indiqués comme le minimum absolu de son temps de service , il est évident que ce n'est pas de ces deux chefs que l'auteur de sa Vie a voulu parler. 11 est même impossible, d'après ce qu'on vient de voir, qu'il ait servi sous deux empereurs seulement. Mais la domination éphémère de Constantin II n'ayant pas laissé de trace en Gaule, on conçoit assez bien que Sulpice n'en ait compté que deux, dont le premier est certainement le grand Constantin , et le second son fds Constant, appelé aussi Jules'. Les événements publics vont achever de justifier cette explication.

Les barbares , continue le même historien , se jetèrent alors sur la Gaule. Le prince réunit aussitôt en un seul corps les troupes massées dans ce pays, et marcha contre eux ^ C'était tout à fait la tactique imaginée par le grand Constantin. Or, i)récisément, nous apprenons par d'autres auteurs

' On trouvera dans l'éclaircissement chronologique le développement de ce point et la preuve que les manuscrits portant sub rege Conslanlio , deinde sub Juliano Cxsare ( Vila S. Mart., 2), doivent être ainsi rectifiés. Deux autorités considérables, Tillemont et Martène, ont ;iilini^ iirj.'i i|uc le nom de Julien s'était introduit là par erreur. M. l'abbé l)upuy ,i sui\ i :ivec raison leur système à cet égard. On rencontre, d'ailleurs, ]ilus d'un exeniiilo de confusion entre le nom de Constant et celui de Julien ou d'autres ]irinces. = 2 yUa S. Mart., 4.

que Constant, dès son arrivée, eut à repousser les Francs, qui passaient les frontières à la faveur de la guerre survenue entre son frère et lui. En 341 (c'est-à-dire exactement au terme marqué par Sulpice, savoir deux ans après le baptême de Martin), il engagea contre eux une lutte violente, qui offrit à notre jeune saint l'occasion de demander son congé. Les chroniques du temps nous parlent toutes de la série de combats qu'il fut alors obligé de leur livrer, et qui, avec des succès divers, se prolongèrent jusque dans le cours de l'année suivante'. L'armée romaine se dirigea vers le Rhin. Après des opérations dont nous ne connaissons pas le détail, elle vint un jour camper auprès de la ville de Worms, selon l'indication précise de notre guide En effet, une loi de Constant, promulguée au mois de juin 341 et datée de Leerda (Lauriacum) , ville voisine de Nimègue, nous prouve péremptoirement qu'il se trouvait à ce moment dans la région du nord: il suivait ou venait de suivre la ligne du Rhin, sur laquelle Worms est également placé ^ Dans cette position, l'armée attendit l'ennemi, et, dans la prévision d'une rencontre, l'empereur, conformément à l'usage, se mit à distribuer aux soldats un donativum, c'est-à-dire des largesses destinées à les encourager au combat. Pour cela, on fit devant lui un appel général, et bientôt l'on en vint au nom de Martin. Celui-ci, trouvant le moment propice pour adresser sa requête au chef suprême, et jugeant dans sa conscience que, ne devant pas prendre part à la bataille (car il se regardait déjà comme moine, et il était interdit aux moines de se battre), il ne devait pas non plus participer à la distribution, dit alors au prince : « Jusqu'à ce jour je vous ai servi comme soldat; souffrez que désormais

' An. S'il. Varia eventu adversum Francos a Constante pugnatur... An. Franci a Coiislante perdomiii, et pax cum eis facla. (S. Jérôme.) Constans Francos bello superalos socios ac fœderalos populi romani effecit. ( Socrat.) Victi Franci a Constante seu pacati. (Idat.) D. Bouquet , 1 , 142 et GIO. = - Apud Vanrjionum civitatem. (Sulp., loc. cit.) = 3 [). Bou(iuel , 1 , 747.

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