‹ Saint MartinChapitre 51 sur 317 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

des premiers siècles, telles que celle d'Issoire, dont on rapporte l'établissement à saint Austremoine ' , on doit admettre qu'Athanase, le grand propagateur de l'institution, l'importa dans nos contrées tout aussitôt qu'à Rome, sinon plus tôt. Exilé d'Alexandrie à Trêves par le grand Constantin, le célèbre patriarche parut pour la première fois dans cette métropole des Gaules dès la fin de l'année 336. 11 y trouva la protection de Constantin II, chargé, avec le titre de César, du gouvernement du pays ; il y trouva surtout l'amitié et le dévouement de l'évêque saint Maximin, qui s'unit depuis à lui pour défendre contre la coalition des hérétiques le symbole de Nicée et les grands intérêts de l'Eglise catholique. Reparti avec ce prélat, en compagnie du jeune prince, au mois de juin 338, il lutta de nouveau pour la foi en Orient, à Rome, à Milan; puis, en 344 ou 345, il fut rappelé par Constant à Trêves, où Maximin était retourné avant lui ^ La tradition veut qu'il ait cherché près de cette ville une solitude favorable à ses profondes méditations. « On montrait là, au x° siècle, un puits d'une immense capacité, dans lequel les chrétiens avaient, disait-on, réuni les Corps de tous les martyrs immolés pendant la persécution de Dioctétien. Saint Athanase aimait à venir dans cette sombre retraite, qui lui rappelait et la couronne réservée aux athlètes du Christ et les puits de l'Égypte, sa patrie. Là, en compagnie de saint Maximin, il gémissait sur les maux de l'Église et conjurait ces glorieux martyrs de hâter le moment du triomphe de la vérité ^ » C'est dans cette crypte que le vénérable exilé paraît avoir composé quelques-uns de ses écrits pour la défense de l'orthodoxie, et peut-être commencé sa fameuse Vie de saint Antoine''. Toujours est-il que, grâce à lui, la métro-

1 Montalembert , op. cit., 1 , 244. Cf. Grég. de Tours , Hist., 1 , 39. = 2 Chronique syriaque publiée par Cureton. D. Ciiamard, Questions historiques, 11, 77 , 84 , 93. = 3 Ibid., 78. = " V. Ozanam, Civilis., II, 31. Montalembert, op. cit., 1 , 141 , 211.

pôle gauloise connut les cénobites d'Orient de très bonne heure. 11 y laissa, avec le parfum de ses vertus, des disciples zélés , et sans doute aussi quelques embryons de monastères; car, un peu plus tard, nous y trouvons la vie religieuse en pleine vigueur. De pieux cénobites habitaient des cabanes construites autour des remparts lorsque Potitianus, un des principaux officiers du palais de Valentinien, visita leur retraite avec plusieurs de ses collègues. Un de ces derniers, ayant trouvé là un exemplaire de la Vie de saint Antoine, se mit à le feuilleter curieusement; et peu à peu, à mesure qu'il lisait, son âme se sentait profondément remuée, son cœur s'enflammait d'une ardeur inconnue. Avant d'avoir fini, il s'écria : « Voilà la milice où je veux servir, et je commencerai sur l'heure. » Puis, se tournant vers un de ses amis, qui était resté auprès de lui : « Si tu ne veux pas m'imiter, dit -il, je t'en prie, ne t'oppose pas à mon dessein. » L'autre répondit qu'il entendait partager ses combats et sa récompense. Et tous deux, refusant de quitter ce séjour de paix, dirent adieu, séance tenante, à leurs compagnons, qui versaient des larmes d'attendrissement en se recommandant à leurs prières. Saint Augustin nous a laissé, dans une page immortelle, le récit de cette scène intime, qu'il tenait de la bouche de Potitianus, et qui détermina, nous dit-il, sa propre conversion'. Il y avait donc depuis un certain temps, et vraisemblablement depuis le passage de saint Athanase, des moines à Trêves; moines ne vivant pas dans une véritable communauté si l'on veut, mais formant une de ces laures dont la Thébaïde avait donné l'exemple , et qui furent une transition entre le monachisme proprement dit et le cénobitisme, c'est-à-dire une réunion de cellules indépendantes les unes des autres, et cependant très rapprochées, comme une espèce de village ou de colonie religieuse. Quelle ne devait pas être la

Confessions , liv. VllI, ch. ("> et suiv.

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ferveur de ces premiers disciples d'Alhanase, pour que de pareilles recrues fussent entraînées à les suivre par le seul tableau de leurs occupations et de leur genre de vie! N'eussent-ils rendu à l'Eglise d'autre service que de lui donner Augustin, ces humbles précurseurs du clergé régulier de France auraient droit à la reconnaissance des siècles.

SÉJOUR DE SAINT MARTIN A TREVES. — PliLERINAGE A ROME

clait la siLualiou do rinstiliil aïonaslique au aioraenl où saiiil Maiiin renonçait au service militaire. La vie religieuse avait à peine pénétré en Gaule ; il lui ('lait rt'servé de la répandre et d'en l»eriectionner la pratique dans nos contrées. Nous allons le voir d'abord se rapprocher du petit troupeau de cénobites qui s'y était formé.

A partir du jour où son congé lui est accordé jusqu'à son arrivée à Poitiers auprès de saint Hilaire, nous sommes obligés d'abandonner notre guide habituel ; ou plutôt c'est lui qui nous abandonne à nous-mêmes sans lumière certaine, pour la bonne raison qu'il ne s'est pas proposé de

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