CHAPITRE III
« l'ennemi » s'évanouit en fumée et disparut de sa présence. Présage trop véridique de la lutte incessante qui allait se livrer entre ces deux puissances , l'homme du Christ et le génie du paganisme ^
Le saint parvint enfin dans son pays natal et y retrouva ses parents. Pourquoi, dira-t-on, ceux-ci avaient- ils quitté Pavie, si l'empereur avait conféré à son tribun un bénéfice près de cette ville et si l'officier était venu s'installer dans son nouveau domaine? Probablement parce que la condition essentielle de cette concession n'était plus remplie. Les fils des vétérans étaient tenus de servir dans l'armée; sinon leur famille devait déguerpir les terres qui pouvaient lui avoir été données en vue de ce service-. Martin étant sorti de la milice avant le temps légal, son père avait été sans doute obligé de renoncer au don du prince et de retourner dans sa patrie. 11 paraît, en effet, avoir mal accueilli l'enfant qu'il revoyait après une aussi longue absence, et qui venait à lui avec les paroles d'amour du vrai disciple de Jésus- Christ ; car, lorsqu'il lui parla de sa foi, de son désir de le voir adorer comme lui le Dieu unique et tout-puissant, ce fut sans aucun succès : le vieux soldat persista dans son idolâtrie. Martin fut plus heureux auprès de sa mère ^ : quelle mèi'e peut résister à la vérité enseignée par la bouche d'un fils aimé? Il eut encore la consolation de convertir un certain nombre de ses compatriotes. Ainsi, les premiers fruits connus de son apostolat, il les recueillit sur la terre natale. Sabarie avait donné au monde un grand serviteur du Christ; le Christ, en retour, lui envoyait par ce même serviteur la lumière et la vie.
Lorsque la mission spéciale qu'il avait reçue lui parut suffisamment accomplie, Martin tourna ses regards vers les
. = a Matrcm a gcnlilitulis ail pas (laii.s Sulpice Sévère.
pays voisins, et les trouva en proie aux ravages de l'arianisme. Cette redoutable hérésie, cachant sous le masque d'une feinte philosophie la négation radicale du christianisme, était à l'apogée de son règne. En apparence, elle était le juste milieu, la liberté de penser; en réalité, elle était l'intolérance, la persécution: ses chefs, ses adeptes couronnés venaient de le démontrer à l'univers en exilant les pontifes, en maltraitant les moines, en pillant les églises. L'IUyrie et l'Italie septentrionale étaient particulièrement infectées de son poison. A Mursa ( Eszek) et à Singidunum (Belgrade), villes qui dépendaient de la première de ces provinces ainsi que toute la Pannonie, siégeaient comme évêques deux des plus ardents disciples d'Arius, nommés Valons et Ursace. Ils avaient pris une part active à la condamnation de saint Athanase, prononcée dans le conciliabule de Tyr. La présence dans leur pays d'un adhérent déclaré du vénérable patriarche, d'un homme qui avait reçu ses leçons et qui suivait ses exemples, ne i)ouvait que soulever leur colère. Le bruit se répandit bientôt parmi les hérétiques que cet audacieux prêchait aux i)opulali()ns la doctrine orthodoxe et ne craignait pas de lutter, i)resque seul, contre les puissances ariennes. De suspect il passa au rang d'accusé, puis immédiatement à celui de victime. Battu de verges en public, il fut chassé honteusement de la ville où il défendait la cause de la vérité, ville que Sulpice ne désigne pas autrement, et qui était peut-être un des sièges épiscopaux dont je viens de parler'. Ainsi l'auréole des persécutés venait se poser sur son front avant la
1 Plusieurs écnviiins oui cuiipiis ,iu'il ^'^lyiss;.!! ,lo sa ville natale. Rien ne nécessite une ■telle iiiterpivtatiuii ; le mut^ xle nHlh|iic sculrmenl une villiï d'illyrir : hrltuir i itin lixresis ariana pcr Ivlmn m-lirm m.t.rinn- iuti-n lUijricum
pull itinssri , m m adverS'US perfldiam mrrrilnl u m x. ji.mr ,1,-,-rriinr iCjjKijnarcl.... publicc virgis CXSUS est et ml r.rlrrunnn ilr riclliilc r.rirr coinpulsuti. {Vita s. Mari., ibkl.) La ville de lc nV-i imine pas nommée plus haut;
elle n'était pas, du reste, un centre / impurtant pour être le théâtre
de pareilles scènes. Sozomène, qui r;i|)|)clle ces laits, ne désigne non jjlus que la province d'illyrie (liv. V, ch. xiii).