CHAPITRE III
organisation que dans celui qui s'appellera plus tard le grand monastère {Majus monasterium) . Et d'abord, il nous montre Martin entouré de frères, terme dont il se sert pour la première fois : la communauté y est véritablement établie. Ces frères, sans doute, ne vivent pas encore le jour et la nuit dans un bâtiment unique, comme l'ordonneront bientôt les conciles ' : ils sont répartis dans un certain nombre de cabanes ou de cellules rapprochées les unes des autres ( les récits de saint Athanase sur les laures d'Égyjite , et aussi les premiers établissements de Trêves, avaient fait connaître au fondateur ce système mixte); mais ils s'assemblent à certaines heures pour des exercices communs. Parmi eux se trouvent des catéchumènes recevant l'instruction préi)aratoire au baptême : particularité remarquable, ([ui nous montre l'enseignement déjà distribué dans le monastère et les moines assistant l'évèque dans une partie de ses fonctions. Enfin et surtout, les frères, et Martin le premier, parcourent les environs, soignent les corps et les âmes des fidèles, exercent, en un mol, l'apostolat'-. Plusieurs évangélisateurs du Poitou, saint Martin de Brives, saint Martin de Saintes, saint Félix de Smarves, saint Macaire des Mauges, saint Florent de Montglonne, ont été rangés avec assez de raison dans cette phalange primitive de disciples qui ne faisaient que suivre l'exemple et la trace du maître ^ Grégoire de Tours indique plus clairement encore que son saint prédécesseur commença le cours de ses missions en Gaule étant moine à Ligugé; il le déclare en deux endroits différents, et il le dit même, dans l'un d'eux, en termes assez solennels pour nous faire supposer que son véritable début comme prédicateur populaire eut lieu à ce moment. Immédiatement après avoir parlé du retour d'Hilaire à Poitiers, il écrit ces mots : « Alors notre brillant soleil se leva, et la Gaule vit se répandre sur elle
1 Premier concile de 'l'oiU!;, can. 7; deuxième, c;m. 14. = - Vita S. Mari., 7 , 8. = 3 D. Chamard , op. cil., p. 60 el suiv.
ART GOTHIQUE (XV» SIËCLE) ÉCOLE FRANÇAISE
« Le Miracle du pin. i> Pendant une de ses courses apostoliques dans le centre de la France, saint Martin voulut un jour couper un pin sacré qui était Tobjet d'un culte idolâtrique. Les païens n'y consentent que si Martin s'engage à se placer dessous au moment de sa chute. Le saint accepte : on le saisit, on l'enchaîne; on sape l'arbre , qui déjà s'incline vers lui et va l'écraser. Un signe de croix suffit à Martin pour échapper à un aussi grand danger : l'arbre tombe du côté opposé, la foule crie au prodige et tous les païens demandent le baptême. (Sulpice Sévère, Vita sancti Martini , 13. Cf., dans le présent livre, les pp. 310, 311.)
Tapisserie du xv= siècle, appartenant au Trésor de la cathédrale d'Angers. L'encadrement a été composé par Rousseau, d'après un document de la même époque.
Gravé par Rousseau, d'après une photographie exécutée à Angers en 1880.
les rayons d'une lumière nouvelle; je veux dire que notre pays commença vers celte époque à entendre la parole du bienheureux Martin, qui, annonçant et prouvant par de nombreux miracles que le Christ est vraiment le Fils de Dieu, bannit l'incrédulité païenne'. » Ces dernières expressions renferment une allusion transparente à des prédications contre les ariens, qui niaient la divinité de Jésus- Christ, et dont la doctrine infectait, en effet, l'Aquitaine. L'historien complète, du reste, sa pensée en mentionnant à la suite et les destructions de temples, et la guerre à l'hérésie, et les fondations d'églises qui remplirent la vie du saint.
Martin unit donc dès lors à la profession monastique les labeurs de l'apostolat. On ne saurait dire qu'il ne fut pas apôtre sans aller contre la double autorité de Sulpice et de Grégoire, et leurs témoignages généraux doivent suffire en attendant que nous recherchions, dans le chapitre réservé à l'ensemble de ses missions, quelles sont les paroisses du Poitou qu'il a pu évangéliser durant son séjour en ce pays. On peut encore moins lui contester la qualité de moine, et il a fallu, pour se permettre de le faire, toute l'aveugle prévention qui animait son moderne historien Gervaise contre un titre aussi respectable. Cet éci-ivain était pourtant attaché à la collégiale de Saint- Martin de Tours en qualité de prévôt; mais il était tellement entiché de son rang de chanoine, qu'il a fait, dans son livre, des efforts surhumains pour démontrer que ni ses prédécesseurs ni le fondateur de son église n'avaient jamais appartenu à l'ordre monastique. Bizarre prétention , qui s'explique à peine par le propos suivant. On lui demandait un jour
1 Hist. Franc, I, 36. Dans Taulre passage [ibid., X, 31), Grégoire rapporte le commeacement des prodicalions do S. Mnrliii à l'cpiscopiit do S. Lidnii'c de Tours (337-370). Ku n uiu-Mint .l.-„x t.-rnn,M „,,,,,.> , csl .•MI..MI.- ;i |il,u-,T
le saint passa à LiguyV'. \,-i>\<,u di'VHisInim ,lrs Srpt ,lormanls . ,^m lusl'iiil remonter avant l'exil d'ildaire, n'a aucune autorité.