‹ Saint MartinChapitre 63 sur 317 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

déjà eu l'occasion de citer après dom Ghamard, et qui est une compilation de documents antérieurs relatifs à saint Hilaire : il y est dit expressément que ce pontife fut surtout grand par son disciple, qu'il ordonna diacre, et qui devint plus tard évêque de Tours'. Ces mots sembleraient signifier qu'il fut élevé du diaconat à la dignité épiscopale sans- passer par le sacerdoce. Toutefois il ne faut pas trop arguer du silence des textes, et, s'il fut fait diacre sans que Sulpice en ait parlé, il put aussi bien recevoir la prêtrise sans que le compilateur de ce recueil anonyme en ail rien dit.

Enfin (et c'est ici que le rôle de saint Martin va se dessiner dans toute sa grandeur) il conquit, étant encore simple moine, la renommée de tliaumaturge et de bienfaiteur des peuples que devaient justifier tant de miracles ultérieurs. Sulpice ne raconte absolument que deux faits se rapportant à cette période de sa vie, qui embrasse une dizaine d'années, et ces deux faits sont deux prodiges de l'espèce la plus extraordinaire que le monde puisse voir s'accomplir, prodiges tels qu'il a été donné à peu de saints d'en opérer : c'est la vie rendue par un homme à d'autres hommes. Voici, dans toute sa simplicité, le récit de l'historien que nous avons trouvé si fidèle jusqu'à présent.

« Un catéchumène s'était joint au bienheureux pour recevoir ses saints enseignements. Au bout de quelques jours, il fut pris de langueur et tourmenté d'une fièvre violente. Martin fut justement forcé de s'éloigner, et quand il revint, après trois jours d'absence, il ne retrouva plus qu'un corps inanimé. La mort avait été si prompte, que le malade n'avait même pu recevoir le baptême. Le cadavre gisait entouré de la troupe désolée des religieux en prière, lorsque Martin accourut, pleurant et sanglotant. Aussitôt toute son

1 Bibl. nat., ms. lat. 196. D. Chamard, S. Marlin et Ligugé, p. 22.

âme s'emplit de l'Esprit-Saint * : il ordonne aux assistants d'évacuer la cellule, il ferme la porte, puis il se prosterne sur la dépouille de son frère décédé. 11 prie quelque temps avec ardeur, et tout à coup il sent, par une sorte de révélation, la présence d'une vertu divine ^ Il se relève un peu, il fixe les yeux sur le visage du mort, et il attend sans trembler l'effet de sa prière et de la miséricorde céleste. A peine deux heures se sont-elles écoulées, qu'il voit les membres du défunt se ranimer les uns après les autres. Voilà les paupières qui s'ouvrent; voilà le regard qui revient. Un grand cri sort de la bouche du saint, cri de reconnaissance qui monte vers le Seigneur et fait trembler la cellule. Les moines, qui se tenaient derrière la porte, font irruption. 0 merveille! celui qu'ils ont laissé mort, ils le retrouvent vivant. Revenu complètement à lui, cet homme reçut immédiatement le baptême ( des mains de son sauveur, ajoute Alcuin), et vécut ensuite un certain nombre d'années. Il fut le premier objet et le premier témoignage parmi nous des miracles de saint Martin. Il avait coutume de raconter qu'après avoir dépouillé son enveloppe mortelle son âme avait comparu au tribunal du souverain Juge, et qu'une sentence sévère l'avait exilée en des lieux obscurs, au milieu d'une vile multitude; alors deux anges avaient exposé au Juge que c'était là cet homme pour qui priait Martin, et ils avaient reçu l'ordre de le ramener sur la terre, de le rendre à son intercesseur et de le remettre dans son état précédent. A partir de ce jour, le nom du bienheureux fut environné d'éclat : tout le monde le regardait déjà comme un saint; il fut désormais tenu pour un homme puissant et vraiment apostolique. « Peu de temps après, il traversait les terres d'un pcrson-

1 Tota sanctum Spiritvm mmle concipiens. Expression presque intraduisible et rarement traduite, mais néanmoins fort belle. = 2 Domiin adessc virlutem. On croit entendre le [loète : Deusl ecce Deus!

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