‹ Saint MartinChapitre 79 sur 317 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

fondes, taillées depuis un temps immémorial dans le tuffeau tendre et friable dont sont formées les roches de la contrée; cellules toutes faites, ayant toujours servi et servant encore d'habitation à une foule de paysans tourangeaux. Elles n'étaient peut-être pas aussi multipliées qu'à présent; beaucoup sont d'un âge relativement récent. Mais un certain nombre existait déjà en ce lieu : ressource inespérée pour une installation de cénobites! Une d'entre elles avait môme, suivant la tradition, donné asile à saint Gatien lorsqu'il fuyait les persécutions des païens : raison de plus pour fixer le choix de son successeur; le lieu se trouvait déjà consacré. Il se réserva une de ces grottes, située précisément au-dessous de celle-là, et s'en fit une seconde cellule. Devant elle s'étendait un petit terre -plein où il prit plaisir à se tenir, sur un escabeau de bois connu de tout le monde, dit Sulpice. Un escalier taillé grossièrement dans le roc, et célèbre aussi dans la légende, descendait de là vers la plaine'. C'est ce logis plus que modeste, dont l'intérieur ne renfermait qu'un lit d'ascète ou une couche de cendre, que la postérité a pieusement conservé sous le nom de Repos de saint Martin. Les fidèles prirent l'habitude de s'y rendre en procession aux fêtes de Pâques, et une inscription lapidaire leur rappela, comme à Tours, la sainteté du lieu ^ Les autres caves du rocher furent employées par le saint abbé à loger une partie de ses frères (car immédiatement un troupeau de disciples , qui atteignit bientôt le chiffre de quatre-vingts, accourut se placer sous sa houlette). Le reste se fabriqua des cabanes à l'instar de la sienne. Ainsi cet établissement offrait encore extérieurement l'aspect d'une laure; c'était une combinaison de l'ermitage et de la communauté. Toutefois le caractère du

1 Sulp., VUaS.Marl., 19; Diah>,,. 111. i:;.

2 Hic inhabilavil fdU e,-emil,i sui! axtho;

Hic inhahilavU qucin paradisu^ habi'l.

Le Blant, op. cil., 1 , 229. Grég. de Tours, Virt. S. Mari., 1,2.

couvent et la vie commune y dominèrent dès le principe. Un même enseignement fut donné par le fondateur à ses moines ; une môme règle leur fut imposée.

Rien d'intéressant à observer comme cette règle rudimentaire, qui très probablement n'a jamais été écrite, et que la tradition a néanmoins perpétuée assez fidèlement pour que le grand législateur monastique, saint Benoît, ait pu lui faire des emprunts. En premier lieu, les frères ne possédaient rien en propre ; tout ce qu'ils avaient était mis en commun. C'est l'observation exacte du conseil évangélique et le fondement de tous les ordres institués postérieurement. Ils n'avaient le droit ni d'acheter ni de vendre, comme le faisaient, paraît-il, la plupart des moines de ce temps'. Et pour mieux leur inculquer le saint amour de la pauvreté, leur abbé (nous pouvons lui attribuer ce titre, déjà consacré par l'usage de l'Église orientale, et bientôt après généralisé en Occident) leur donnait l'exemple avec le conseil. Un jour, le riche Lycontius, dont il avait délivré la maison d'une peste terrible, lui offrit, dans sa reconnaissance, un don de cent livres d'argent. Il ne voulut pas qu'une somme aussi inrlc i»('ii(''lr;it dans son monastère; il eût craint d'y introduire a\ec elle les vaines jjréoccupations , les pensées ambitieuses , que la fable nous montre envahissant le cerveau du pauvre subitement enrichi et détruisant la paix de son âme. Avant qu'elle arrivât, il l'employa tout entière à racheter des captifs. Et comme ses frères, ces pauvres moines qui manquaient de tout, lui représentaient timidement qu'il aurait pu en garder une petite partie pour subvenir à leurs besoins : « L'Église de Dieu, répondit-il, nous donnera le vêtement et la nourriture ; nous ne devons pas nous inquiéter de gagner notre vie -. >)

On travaillait cependant à Marnioutier. Mais le seul art

1 Vita s. Mari., 10. = i Sulp., Dial. III. 14.

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