‹ Saint MartinChapitre 8 sur 317 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

la peau de lion d'Hercule, et sous les traits d'un vieillard entraînant de nombreux captifs enchaînés à sa langue par des liens qui figurent, comme l'explique l'interlocuteur gaulois, les séductions de sa parole » ; toutefois cet auteur s'est trompé au sujet du nom d'Hercule \ Il y avait Camull, dont la trace s'est conservée dans le latin Camilliacum et dans les vocables français issus de* ce mot : Chemillé, Chemilly, etc. Il y avait Roth, doîi est venu Rothomagus, Rouen, lieu où son temple fut détruit, vers 260, par saint Mellon. Il y avait Bibracte, la déesse d'Autun, et Ardoinna, la Diane du Nord, dont les Ardennes ont perpétué le nom. Il y en avait sans doute d'autres ; mais en voilà plus qu'il n'en faut pour prouver que le polythéisme gaulois n'avait rien à envier au polythéisme romain quant au nombre et à la variétés

On a dit que ces divinités n'étaient pas représentées par des idoles matérielles. Cela peut être vrai pour les temps très reculés. Tacite dit en parlant des Semnones, peuple suève, « qu'ils auraient cru offenser la majesté des dieux en les enfermant dans un temple et en les figurant sous une forme humaine ; ils leur consacraient des bois et donnaient à ces solitudes le nom des esprits invisibles avec lesquels ils ne communiquaient que par l'adoration ^ » A la rigueur, on peut croire que les Gaulois primitifs en faisaient autant, quoique rien ne le prouve. Mais il est avéré que tous ces dieux celtiques avaient fini par s'incarner dans certains emblèmes, dans certains simulacres d'énorme dimension : César en parle accidentellement, et les Vies des saints, notamment celle de saint Martin, écrite par son contemporain Sulpice Sévère, nous font voir que les apôtres du christia-

' La Cité gauloise, p. 235. = - Sur tous ces dieux de l'ancienne Gaule, voy. notamment D. Martin, Religion des Gaulois, I, 132; le discours du P. Longueval, reproduit en tête du tome premier de VHist. de l'Eglise en France, par Ms"" Jager; la Cité gauloise, p. 230 et suiv.; Dollinger, Paganisme et Judaïsme, III, 157 et suiv.; d'Arbois de Jubainville, Revue archéol., an. 1873, p. 197; Am. Thierry, S. Jérôme, p. 411. = 3 De Mor. German., 9.

nisme avaient continuellement à renverser des temples ou des idoles dans les campagnes, où les superstitions druidiques s'étaient maintenues plus obstinément que dans les villes. Si Teutatès, si Bélen, si Ilésus n'étaient point proposés aux hommages des populations sous la forme de statues comme les divinités romaines, ce n'était pas faute de bonne volonté, puisqu'on remplaçait l'image sculptée par d'autres emblèmes matériels empruntés à la nature ou bien à un art grossier : c'est simplement parce que la sculpture était inconnue chez le peuple à demi barbare que Rome seule devait initier à la civilisation.

Le polythéisme se compliquait, chez les Gaulois, de panthéisme. 11 est difficile, en effet, de donner un autre nom au culte des sources, des fontaines, des lacs, des arbres, des forêts, des pierres, c'est-à-dire de la nature inanimée presque tout entière, qu'ils associaient à l'adoration de leurs dieux proprement dits. Leurs prêtres, leurs chefs pouvaient peut-être réserver leurs hommages aux divinités dont je viens de parler, ou même aux idées, aux abstractions qu'elles représentaient; mais la classe populaire, mais l'immense majorité de la nation, pour qui ces divinités étaient autant d'énigmes, entourées à dessein d'un mystère terrible, reportait sa vénération sur les objets matériels au milieu desquels elle vivait, et qui lui semblaient, par leur apparence de vie, ou par l'obscurité de leur origine, ou par leur aspect grandiose, offrir un caractère surnaturel. César définit toute la religion des Gaulois par un mot, celui de superstition ^ Cette appréciation s'applique fort bien à la religion du peuple , si l'on peut appeler du nom de religion les manifestations d'une crédulité grossière ou d'une frayeur enfantine. Du reste, les cours d'eau, les fleuves, les lacs paraissent, ainsi que la mer, avoir vivement frappé l'imagination de toutes les races primitives et obtenu leurs hom-

1 Bell, gall., VI, 16.

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