‹ Saint MartinChapitre 83 sur 317 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

tait la perfection cliréticnne : Refrigerius , Gallas, Victor, Eusèbe, Aurèle; et Sulpice lui-même y puisa, avec la connaissance intime de son héros, ce parfum d'aimable vertu qu'il répandit autour de lui eu Aquitaine. Des soldats de l'armée romaine vinrent y chercher les leçons de leur ancien compagnon d'armes'. On y accourut môme du fond de sa lointaine patrie, s'il faut en croire une légende dont le fond du moins n'est peut-être pas à rejeter-. Tel était l'empressement de la jeunesse catholique ù venir se ranger sous la direction de l'évèque-abbé, qu'il dut établir à côté de Marm()uli(M' une succursale. Un de ses plus chers élèves, Clarus ou saint Clair, homme de la plus haute noblesse, fut mis à la tète d'une petite communauté, où il s'illustra, dit notre historien, par les mérites les plus éclatants. Sa retraite était située entre celle de son maître et la ville de Tours, mais beaucoup plus près de la première, au bas du village actuel de Sainte-Ratlegondc , dont le vieux cimetière offre encore, encastré dans son nuir d'enceinte, un fragiiM'iil (le la façade d'une antique chapelle de Saint-Clair. Celle annexe réussit moins bien que la maison mère, peutêtre parce qu'elle échappait au contrôle direct et incessant du fondateur. Un mauvais frère, nonuné Anatole, y donna le scandale et voulut faire croire (pfil élait favorisé, comme saint jMarlin, de communications célestes. Pour ce molifou pour un autre, Clair abandonna ce lieu; il alla faire revivre auprès de Sulpice Sévère, à Prumiliac, la pure observance de Marmoutier, et son petit couvent ne paraît pas lui avoir survécu ^

Les essais de ce genre furent, du reste, multipliés par saint Martin dans un rayon très étendu autour de son grand monastère. Non seulement il peupla de serviteurs du Christ et (le Itienfaileurs de l'iiumanité les vallons déserts de son

' Cf. Sul|i., Dlalog. 11,11.= ^ Ilisloirc des Sept dormant?. , parmi les œuvres de Grégoire do Tours. = 3 Vita S. Mari., 23. Paulin, ep. 32.

diocèse; mais son Ijiographe va jusqu'à dire que, partout où il détruisait un temple païen, dans ses voyages à travers la Gaule, il laissait à la place une église ou un monastère'. Il est certain que la vie cénobitique prit sous son impulsion , particulièrement dans les pays voisins de la Touraine, un essor extrêmement rapide, puisque, entre le jour de sa mort et celui de son ensevelissement, deux mille moines purent, comme nous le verrons, se réunir pour assister à ses obsèques. Les maisons de recluses, les congrégations de femmes se développèrent parallèlement. Martin en visitait quelquefois sur sa route : à Claudiomagus ou Clion ^ sur les confins de la Touraine et du Berry, il eut la joie de trouver, vers la fin de sa vie, une colonie considérable de religieuses, dont l'établissement primitif était probablement dû à son initiative, et qui se précipitèrent, après son départ, dans la sacristie oîi il avait passé la nuit, pour s'arracher les précieux souvenirs de son passage ^ Une autre fois, il voulut, en vertu de sa charge épiscopale, pénétrer dans la retraite d'une sainte fille qui s'était fait un ermitage au milieu des champs, et dont la réputation de haute vertu avait frappé son oreille. Au lieu d'être touchée de l'honneur d'une pareille visite, elle l'envoya prier de n'en rien faire; elle avait juré à Dieu, disait-elle, de ne laisser apercevoir son visage à aucun homme; telle cette jeune Febronia qui, au temps de Dioclétien, passait pour n'avoir jamais été vue, depuis son enfance, ni par un homme, ni par une femme du monde. Et le saint, respectant une clôture que son autorité lui permettait cependant de franchir, se relira, profondément édifié, louant de toutes ses forces la conduite de la recluse,

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