‹ Saint MartinChapitre 84 sur 317 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

emportant comme une bénédiction, par une dérogation unique à ses habitudes, un petit présent qu'elle lui avait fait remettre'. Lui-même consacrait à Dieu des veuves ou des vierges. La fille du préfet Arborius, après avoir été guérie par son secours de la fièvre quarte, lui fut amenée par le Itère, ému de reconnaissance, et, à sa prière, il la revêtit de la robe de virginité-. Lorsqu'un de ses moines était marié, il faisait entrer son épouse dans quelque monastère de femiues. La tradition rapporte même qu'il en avait ouvert un ù peu de distance de Marmoutier, dans un îlot de la Loire ^. Toujours est-il qu'au bout de plusieurs années la ville de Tours et ses environs comptèrent un certain nombre de ces pieux asiles; et le tombeau du saint évèque devait à son tour abriter quelques-unes de ces servantes du Seigneur par lesquelles il se plaisait, de son vivant, à répandre des trésors de prière et de charité.

On voit assez, par tout ce qui précède, quel fut le rôle monastique de saint Martin et de quelle œuvre gigantesque Marmoutier fut le centre et le pivot. L'évêque-moine n'avait pas seulement voulu se créer une retraite pour lui et ses disciples; sa conception était \)\us vaste, ses regards portaient plus loin. De ses élèves, de ses noviceg, il se proposait de faire des recrues pour le service des églises qu'il méditait de fonder et de multiplier de tous les côtés. Et ces églises nouvelles, ces paroisses rurales étaient elles-mêmes destinées, dans sa pensée, à répandre chez tout le peuple gallo-romain les lumières de la foi et de la civilisation chrétiennes. Ainsi tout se tenait dans son système ; toutes ses idées revenaient à une grande et synthétique idée, tendaient à un but suprême: la conversion totale des Gaules, et par suite la formation d'une véritable nation catholique sur les

' Sulp., Dial. II, 12. = 2 Vita S. Mari., 19. On a supposé que ce vir prxfectorius pouvait être ^milius Magnus Arborius, fils de Cœcilius Argicius Arborius et oncle d'Ausone, qui parle de l'un et de l'autre dans ses poésies [Parental., 3 et 4). = ^ Sulp., Diul. 11,11. Dupuy, Vie de S. Martin, ]>. 164.

rirines de l'empire païen qui tombait en poussière. Après avoir étudié son principal moyen d'action, nous allons maintenant assister au développement des différentes parties de son œuvre.

Fig. 30. — France : Chaniiragne? — Abbaye de Saint-Martin v (d'après une gravure d'Israël Silvestre).

T MARTIN DANS L EXERCICE DES FONCTIONS Er'ISCOPALES - FONDATIONS DE I'AHOISSES. — TOURNÉES l'ASTORALES

I révèque de Tours avait abandonné la cellule qu'il habitait dans la ville pour la retraite de Marmouticr, il n'avait pas renoncé à se tenir en contact journalier avec son clergé et son peuple : sa combinaison consistait, nous l'avons vu, à concilier les exigences de l'état monastique avec les devoirs de sa charge pontificale.

11 venait donc très souvent à Tours (le peu de distance qui séparait la cité de son monastère le lui permettait), et là, soit avant l'office divin, soit après, il demeurait quelques instants dans une des dépendances de l'église, où il sut se ménager encore une solitude. Toutes les basiliques du temps

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