‹ Saint MartinChapitre 86 sur 317 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

laisse à la place cinq pièces trargcnt, et revient la jeter avec violence aux pieds de Martin, en disant : « Voici Thabit; mais, je vous le répète, il n'y a plus de pauvre ici. » L'évêque, toujours impassible, lui ordonne de se tenir un moment à la porte, et se recouvre à la hûte de ce vêtement grossier; car il lui fallait quitter son manteau pour célébrer, et il ne voulait pour rien au monde se trahir.

Mais à quoi servent aux saints tant de précautions? ajoute le biographe. Bon gré, mal gré, leurs belles actions se dévoilent. Martin s'avance dans le sanctuaire avec ce vêtement, dissimulé à grand'peine sous les ornements sacerdotaux. Il commence la cérémonie, et bientôt il arrive à la bénédiction de l'autel, suivant les rites solennels de l'Église. A ce moment, un cercle de feu semble sortir de sa tête et lui fait une auréole lumineuse, dont les rayons s'allongent et s'élèvent vers le ciel. C'est une autre transfiguration. Un prêlre, une religieuse, trois moines contemplent ce prodige, caelii' aux yeux de la masse des assistants. Au nombre d<^ ces pii\ iic'giés se trouve le narrateur en personne'. On ne tarde pas à connaître ce qui s'est passé, et chacun de voir là un hommage rendu par le Ciel même à l'admiralile conduite du pontife. D'après des écrivains postérieurs et moins dignes de foi, il faudrait encore ajouter à ce récit une circonstance merveilleuse. Le poète Fortunat raconte que, les manches de cette tunique d'enqirunt s'étant trouvées trop courtes à l'instant oîi le vénérable officiant élevait les bras, ses poignets nus apparurent couvei'ts de pierres précieuses ^ Mais cette addition paraît provenir d'une confusion avec un autre fait du même genre rapporté par Sulpice, d'après qui l'ancien préfet Arborius aurait aperçu, un jour, la main de

1 l'i'liiinif: nuiriirc. {Dial. II, 2.) Toutefois le récit est placé par l"aufeur dans la lioiii li'' (li; I i;ilhis, autre disciple de saint Martin; de sorte qu'on ne sait trop si li.^ pcr^'iiina.i^e i|ui pai'le ainsi est ce jeune moine ou bien Sulpice lui-même = 2 Furtunat, 1. X, c. vi. Cf. Péan Gàtineau et les vitraux de la cathédrale de Tours, qui reproduisent celte particularité.

Martin toute brillante de pierreries pendant le saint sacrifice'. En tout cas, elle ne saurait augmenter ni l'éclat du miracle, ni le mérite extraordinaire qu'il récompensait. Les Tourangeaux, frappés de l'événement, entourèrent de leur vénération le lieu oii leur évêque s'était dévêtu en faveur d'un misérable, et cette petite chambre devint, elle aussi, un sanctuaire. C'est, du moins, ce que nous pouvons conclure des vers de Fortunat, qui lui avaient été demandés par Grégoire de Tours, son ami, et qu'il s'empressa de lui ■envoyer pour répondre à la dévotion populaire. Ce morceau ne figure point, dans les manuscrits, parmi les inscriptions lapidaires composées en l'honneur du saint ; il ne se trouve que dans les œuvres poétiques du prélat poitevin. Mais M. Le Blant en a parfaitement indiqué le caractère épigraphique. Il a prouvé qu'il devait orner une cellule de saint Martin, et il aurait pu démontrer aussi facilement, en confrontant les textes, que cette cellule n'a pu être absolument que l'édicule dépendant de la basilique primitive de Tours dont il vient d'être question. Pour s'en convaincre, il suffit de lire le 'titre et les vers suivants, qui se rapportent on ne peut plus clairement au fait rapporté par Sulpice :

In ccllulam sancti Martini, ubi pauperem veslivil, rogante Gregorio episcopo.

IIlC SE NUDATO TUNICA VESTIVIT EGENUM.

DUM TEGIT ALGENTEM, PLUS GALET IPSE FIDE TUM VILI TUNICA VESTITUR ET IPSE SACEtîDOS ,

PrOCESSITQUE INOPI TEGMINE SUMMUS HONOR... NaMQUE VIRI SACRO DE VERTIGE FLAMMA REFULS1T ,

IgNIS ET INNOCUI SURGIT AD ASTRA GL0I3US... "

1 Sulp., Dial. III, 10. Ce Irait doit être évidemment dislingué du miracle rapporté ici, puisque l'un ne fut connu que par Arborius et que l'autre fut visible seulement pour quatre clercs et une religieuse. = 2 Le Blant, op. cit., I, 226. 11 faut bien se garder de confondre le trait de charité rappelé dans cette inscription avec le fameux don du manteau fait au pauvre d'Amiens.

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