CHAPITRE IV
Vers pour la cellule où saint Martin revêtit le pauvre, composés à la prière de l'évèque Grégoire.
C'est ici que le saint se dépouilla de sa tunique pour habiller un malheureux. En couvrant celui ([ui tremblait, il se réchauffait, lui, par l'ardeur de la foi. Ayant endossé lui-même un habit grossier, il reçut, sous cette vile enveloppe, un honneur suprême... De sa tête sacrée jaillit une flamme qui s'éleva, en globe inoffensif, vers le ciel...
Ainsi donc, il n'est pas douteux que la cellule occupée par l'évèque de Tours dans sa cathédrale n'ait été, comme la première et comme la grotte de Marmoutier, l'objet d'un pieux concours de visiteurs; il est même à croire qu'elle fut conservée à la dévotion des fidèles lorsque cette église fut rebâtie par Grégoire au vi" siècle.
Du fond de son monastère ou du fond de sa basilique, Martin s'occupait avec une incessante activité des besoins de son diocèse. Un de ses premiers soucis fut d'accroître son troupeau et de christianiser entièrement les campagnes tourangelles. Il avait vu do près, en Poitou et ailleurs, la malheureuse situation des paysans, et son cœur était ému de pitié. Mais , pour y apporter un remède radical et durable, il ne suffisait pas de faire visiter le pays par quel- ({ues-uns de ses prêtres, ni d'y aller prêcher lui-même. Homme pratique avant tout, il savait que les fruits des missions temporaires disparaissent souvent avec elles. Il eut donc recours à un moyen plus sûr, qui nous paraît aujourd'hui d'une simplicité primitive, mais qui était alors une nouveauté hardie : c'était la création d'un certain nombre de petits centres religieux autour de la cité épiscopale , centre unique jusque-là, en Touraine comme ailleurs ; c'était, en d'autres termes, la multiplication des foyers lumineux sur toute la région couverte encore de ténèbres ; en un mot, la fondation de paroisses rurales. Idée féconde, qui devait produire dans FEglise une véritable révolution, et
dont l'application a tellement réussi, que nous avons peine à nous figurer que la chrétienté ait jamais existé sans cet élément vital. Si l'on ne saurait affirmer que saint Martin en fut le promoteur, on ne peut nier qu'il en ait été un des premiers adeptes et un des propagateurs les plus infatigables. Son nom se lie si étroitement à cette réforme capitale et au mouvement d'extension générale de la foi chrétienne qui coïncide avec elle, qu'il ne sera pas déplacé d'en expliquer ici la nature et l'importance.
Les évêques, à l'origine, n'avaient pour auxiliaires que le collège de prêtres et de diacres qui résidait auprès d'eux dans la cité, ou le chef-lieu du diocèse, et qu'on appelait presbyterium : il n'y avait ni paroisses ni curés, sinon peut-être en quelques localités très importantes d'Orient. Les livres saints, les lettres des premiers Pères ne parlent que des évêques des grandes villes, et ne contiennent pas de vestige d'église sans évêque. Les fidèles de la cité et du pays environnant s'assemblaient le dimanche à l'église épiscopale, d'après saint Justin, et les diacres portaient les sacrements aux absents. L'évêque était cliargt; de surveiller les villes et les villages'. On croit qu'il envoyait, dans les chrétientés situées hors de sa cité, des membres de son clergé, qui revenaient auprès de lui après le service, et qui plus tard, lorsque le nombre des fidèles s'accrut considérablement, finirent par rester aux lieux où on les déléguait. Ce fait seul de l'absence des paroisses prouverait combien le christianisme était d'abord peu répandu dans les campagnes. Mais, à l'époque où nous sommes, le triomphe de la foi catholique commence à s'accuseï' par de nombreuses fondations d'églises rurales (et il faut entendre ce mot dans le sens le plus large, c'est-à-dire l'entendre de toutes les églises en dehors de la cité) :
1 Qu,r parrochix proprix compelunt cl villis quK sub ca sunt , disent les canons alliiluK's aux apôlres.