CHAPITRE IV
le christianisme prend complètement possession de tout le sol gaulois. Jusque-là divers obstacles avaient empêché ce rayonnement universel. Sans rappeler de nouveau la ténacité des superstitions païennes chez les paysans, il faut noter que, cette classe étant encore presque tout entière dans l'esclavage, le clergé ne pouvait guère s'y recruter, et qu'il ne trouvait pas dans les villes assez de sujets pour les envoyer résider dans les villages. En outre, les conciles interdisaient d'ordonner des étrangers, c'est-à-dire des gens nés ou baptisés hors du diocèse, à moins que leurs mœurs et leur caractère ne fussent parfaitement connus. Les empereurs avaient, il est vrai, permis d'élever à la prêtrise de petits cultivateurs ou des colons ascrits, mais à la condition qu'ils resteraient attachés au domaine d'où ils étaient originaires, qu'ils continueraient à payer la capitation, se feraient remplacer à leurs frais pour la culture de leurs champs et ne pourraient exercer ailleurs le saint ministère. Cette condition leur faisait un sort intolérable, incompatible avec la dignité du prêtre. L'évèque avait bien le droit de payer leur rançon et de les réserver tout entiers au service de l'Église; mais cela ne pouvait se faire que rarement. On remédiait à cet état de choses de deux façons. Des chorévêques {•/wç.xq èTrfoxoTroi , ruîHs episcopi), sorte de coadjuteurs, qui n'avaient que le rang de prêtres tout en exerçant comme délégués la juridiction épiscopale, parcouraient les campagnes pour y propager ou pour y entretenir la foi , à peu près à la manière de nos missionnaires in parlibus infidelium. Les conciles avaient recommandé l'institution de ces visiteurs. Cependant il paraît qu'on ne les vit guère en Occident qu'à partir du v° siècle, alors que les paroisses rurales étaient déjà assez nombreuses. Un peu plus tard, les évêques furent obligés d'affaiblir leur autorité, devenue trop indépendante, au moyen de la création d'un archiprètre rural, distinct de l'archiprêtre urbain, et ils disparurent vers la fin de la période carlovingienne. Le second
palliatif était la fondation d'oratoires sur les domaines des riches particuliers assez zélés pour y entretenir des chapelains et y faire célébrer l'office. Oratorium était le nom propre de ces chapelles privées, autorisées en raison de l'éloignement de la cité épiscopale ; ce nom s'étendit ensuite à toutes les églises de peu d'importance. Nous trouvons de semblables oratoires dans un certain nombre de villas ou d'exploitations agricoles, même après la multiplication des paroisses de campagne '. Ainsi saint Sévère, prêtre, en avait bâti un sur sa terre de Serre, dans le Bordelais, et un second sur un autre domaine situé à vingt milles de là; et, tous les dimanches, son clerc ou son chapelain allait de Tun à l'autre dire l'office, comme le rapporte Grégoire de Tours ^ C'était déjà un acheminement vers l'établissement des églises succursales, et une grande ressource pour les fidèles disséminés dans les champs. Toutefois il en résultait des abus : un clergé domestique se formait ainsi en dehors du clergé de l'évêque et loin de sa surveillance ; les conciles d'Orléans et de Châlons durent apporter des restrictions à la tolérance accordée sur ce point par le concile d'Agde. 11 n'y avait réellement de mesure efficace que la division de l'église épiscopale, que la création d'une quantité de petits centres rayonnant, comme je le disais, autour du centre principal. Les paroisses des petites villes ou des villages apparaissent avant les paroisses des civilales, parce que, dans celles-ci, l'évêque était toujours là et suffisait, avec son presbylerium, aux besoins des fidèles. En Gaule, la paroisse rurale s'organise au iv® siècle, et la paroisse urbaine à partir du v" seulement. Dès 314, le concile d'Arles ordonne aux ministres du culte de ne pas quitter les localités auxquelles ils ont été préposés pour en desservir d'autres; ce qui fait supposer déjà quelques églises instituées en dehors de la cité. Peu à peu l'on établit dans les bourgs
' Longnon, Géorjr. de la Gaule, p. 17, 19. = - Glor. Conf., 50.