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CHAPITRE IV

des prêtres à poste fixe, avec le titre de parrochus, plebanus ou presbyter, et avec les attributions qu'auront plus tard les curés. Les conciles recommandent même à ces pasteurs d'organiser autour d'eux un collège de prêtres analogue à celui de l'évêque, et d'y élever de jeunes clercs pour le service du diocèse ^ Or ce sont précisément ces excellentes mesures dont nous allons voir saint Martin prendre l'initiative; c'est à la tète de ce mouvement de décentralisation ecclésiastique, devenu indispensable, qu'il va se placer avec une virile énergie.

Dans le bourg d'Amboise, qui était dès lors une des localités importantes du diocèse, puisqu'il possédait une forteresse romaine, s'élevait un monument païen d'un aspect imposant. C'était une tour ronde, construite en pierres de taille et en forme de cône ou de pyramide ^ Son caractère de grandeur entretenait dans le pays la superstition et la crainte. L'évêque envoya un de ses prêtres, nommé Marcel, se fixer en ce lieu avec plusieurs auxiliaires, et lui recommanda à différentes reprises de détruire ce repaire de l'idolâtrie, où l'on révérait quelque divinité gauloise ou romaine, peut-être Mars, comme l'ajoute la chronique des seigneurs d'Amboise ^ La première chose à faire était d'en débarrasser le sol. Mais telle était la masse de pierres qu'il s'agissait de renverser, qu'une force armée aidée de la population tout entière n'eut pu en venir à bout, au dire de Marcel : comment voulait-on qu'une poignée de clercs ou de faibles moines fût plus heureuse?

' V., sur toutes ces matières, Thomassin, Discipl , part.I, liv. Il, ch. xxi, XXII ; Durand de Maillane, Dict. de droit canon, I, 742 et suiv.; Tardif, Cours de droit professé à TÉcole des chartes; Guizot, Civil., I, 371, 379; Revillout, Mémoires des Soc. sav., an. 1863, p. 393 et suiv.; Guyot, Somme des conciles, I, 401, etc. = 2 Sulp., Dial. III, 8. Une construction de même forme ou à peu près se voit aujourd'hui aux portes d'Amboise : c'est la fameuse pagode de Chanteloup, élevée par le duc de Choiseul au siècle dernier. N'y a-t-il dans cette ressemblance qu'une coïncidence fortuite? = ^ Marchegay et Salmon , Chroniques des comtes d'Anjou, p. II.

SAINT MARTIN ÉVÈOUE

Martin, las d'attendre et n'admettant pas les prétextes, se rendit lui-même sur les lieux. Puis, recourant à ses armes ordinaires, il passa toute une nuit à prier, demandant à Dieu une inspiration. Il n'en eut pas besoin : vers le matin, un ouragan tellement formidable se déchaîna , que le temple fut démoli jusque dans ses fondements. Sulpice déclare tenir le fait du prêtre Marcel, qui en fut le témoin'. Aussitôt révêque fit élever à la place une église, et fonda ainsi la première paroisse d'Amboise, comme l'atteste Grégoire de Tours ^ Mais, dans cette petite troupe de clercs qu'il y avait déléguée à l'avance, ne reconnaît-on pas déjà le presbyterium ou le collège ecclésiastique rural conseillé vers le même temps par les conciles? Et la présence de quelques religieux parmi ces clercs ne prouve-t-elle pas avec une égale clarté à quel rôle il destinait ses élèves de Marmoutier, pour quelle mission il les formait? Voilà donc ses plans réalisés déjà sur un point essentiel : une chrétienté, une église desservie par un clergé local , composé de prêtres et de diacres, moines et missionnaires comme lui, existaient désormais à Amboise ; tous les environs devaient recevoir promptement la réverbération de ce nouveau foyer.

Bientôt ce fut le tour de Langeais, de Sonnay près Château-Renault, de Chisseaux près Montrichard, de Saint- Pierre-de-Tournon ^, de Candes. Les circonstances particulières de la fondation de ces paroisses ne nous sont pas racontées ; mais partout la même marche fut suivie. Temples détruits, habitants baptisés, églises construites : tel était Tordre des opérations ''. Martin procédait méthodiquement , comme il convenait à une grande œuvre dans laquelle la sagesse des hommes était appelée à coopérer avec la grâce divine. A Candes, un presbyterium assez nombreux fut organisé, puisque le saint évêque était venu rétablir la

t Sulp., Dial. III, 8. = 2 HisL, X,31. = 3 Et non Saint-Martin-de-Toiirnon, dans l'Indre, comme l'ont cru Ruinart et d'autres. Cf. Longnon, op. cil., p. 294. = i Grég., Uisl., X, 31.

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