‹ Saint MartinChapitre 90 sur 317 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

concorde parmi ses membres lorsque la mort l'atteignit. La situation tic ce bourg , à l'extrémité du diocèse , au confluent de la Loire et de la Vienne, lui donnait une grande importance. Les traditions locales et les antiquités retrouvées dans le village confirment d'une manière absolue les faits consignés sommairement par Sulpice et Grégoire de Tours. Les ruines d'un vieil édifice, qui paraît avoir été un temple gallo-romain, et qui était entièrement rasé, y ont été récemment découvertes. La première église de Candes, dédiée à saint ]\Iaurice, passe pour avoir été construite par saint Martin un peu au-dessus de la basilique actuelle, et dans cet endroit on a également reconnu des substructions romaines. On a conservé en outre le souvenir d'une maison habitée par le bienheureux pontife et par les clercs réguliers qu'il avait établis dans cette paroisse : elle était située près de la Vienne, sur la voie conduisant de Chinon à Saumur '. Au reste, c'est une observation curieuse à faire (et on l'a faite avant nous) que la plupart des églises rurales fondées à une époque reculée, notamment dans le diocèse de Tours, ont été placées au bord d'une voie romaine. La raison en est facile à comprendre. En dehors des civitates, qui avaient accaparé, sous le régime romain, une prépondérance exclusive, et de quelques places fortes (castella), la population des Gaules vivait disséminée sur de grands domaines agricoles; il n'y avait point ou presque point de villages. Le village s'est formé généralement autour de l'église, du prieuré ou de l'abbaye, après eux, à cause d'eux, et cela surtout à partir des vni'' et ix^ siècles. Jusque-là les habitants des campagnes, bien moins nombreux qu'aux temps postérieurs, se réunissaient, pour traiter leurs affaires ou échanger leurs produits, aux carrois ou carrefours formés par les principales voies de communication, dans certains champs consacrés par l'u-

1 Communication de M. Fournier, curé de Candes.

sage. Il était de bonne politique de profiter de leurs assemblées pour leur enseigner la religion , et de choisir les mêmes endroits pour y élever des oratoires ou des églises. Aussi ces carrefours ou ces champs de foire au bord des grandes routes sont-ils devenus souvent le siège d'une paroisse, puis d'une viguerie, où un magistrat local rendait la justice à des époques déterminées, puis d'un bourg et d'une commune'. Les localités dont je viens de parler se trouvaient précisément situées sur des voies romaines. Amboise était une station de la route de Genabum (Orléans) à Juliomagus (Angers); Candes et Langeais étaient à proximité de la même route; Sonnay était sur un de ses embranchements, et, de plus, sur celle qui conduisait de Tours à Autricum (Chartres); Chisseaux, sur celle de Tours à Avaricum (Bourges); Tournon, sur celle de Tours à Argeniomagus (Argenton -). Il faut y joindre Ligueil, qui fait aussi remonter l'origine de son église à saint Martin, et dont la tradition séculaire est confirmée par une ancienne inscription récemment découverte, portant les mots : Hic Martinus coNDiDiT ORE..., qu'il Serait difficile d'interpréter dans un autre sens^; là passait la voie qui menait à Poitiers par Loches et Ingrandes. Il faudrait encore y ajouter Ciran-la- Latte, qui a la même prétention, si les légendes locales étaient appuyées sur quelque chose de plus solide que la mention par Grégoire de Tours d'un oratoire de Sirojalum, nom que l'on a voulu à tort identifier avec celui de ce village \

Mais combien d'autres paroisses en Touraine pourraient revendiquer une aussi illustre origine! Évidemment les historiens n'ont pas signalé toutes celles que le grand pontife

1 V. Mabille, Bibl. de l'École des chartes, an. 1866, p. 337. = 2 md., an. 1863, p. 413 et suiv. Cf. le mémoire de l'abbé Bourassé sur les voies romaines d'Indre-el- Loire, dans le recueil de la Société archéologique de Touraine, an. 1861. = ^ Communication de M. le curé do Ligueil. = Sirojalensc oratorium, cujus altarium sancti confessoj'is manus aima sacravit. [Virt. S. Mart., I, 18.) Sirojalum est probablement Sireuil (Charente). Cf. Longnon , op. cit., p, 555.

Page 1