CHAPITRE IV
a créées. Ils en ont dit assez cependant pour nous faire comprendre que ce fut là son œuvre de prédilection et qu'il lui consacra tout son zèle. Ses successeurs immédiats la continuèrent avec une pieuse émulation; l'impulsion était donnée. Saint Brice fonda les églises de Brèches, de Buan (ou Pontde-Ruan), de Brizay, de Chinon, de Calatonnum \- saint Eustoche, celles de Braye (aujourd'hui Reignac), d'Yzeures, de Loches, de Dolus % saint Perpétue, celles d'Esvres, de Mougon (commune de Grouzilles), de Barrou, de Balesmes, de Vernou, de Montlouis. Sous Volusien fut créé le bourg de Manthelan ; sous Injuriosus, ceux de Neuillé-le-Lierre, de Luzillé; sous Baudin, celui de Neuillé-Pont-Pierre. Le pontificat d'Euphrone vit s'établir les paroisses de Thuré, de Géré, d'Orbigny; celui de Grégoire, une quantité d'autres, qu'il n'a pas nommées ^ Peu de temps après , le diocèse comptait une soixantaine d'églises rurales. C'est ainsi que le christianisme conquit pied à pied, sur le désert et sur la barbarie, la totalité des campagnes gauloises. Les « solitudes de l'empire » se transformèrent peu à peu en plaines vivantes et animées, et le sol de la Touraine fut un des premiers à se couvrir de clochers. Toutefois, si les successeurs de saint Martin créèrent à son exemple des paroisses , il n'est dit nulle part qu'en les établissant ils eurent à convertir comme lui une population païenne. Ainsi l'on doit croire que la conversion des paysans de son diocèse fut complètement achevée par lui. Et comme les textes ne par-
1 Localité dont l'idenlité n'est pas certaine. Marolles l'a prise pour Chaumont-sur-Loire, Valois et Jacobs pourClion, Salmon pour Chalonnes-sous-le- Lude, Mabille pour Chalenton. 11 faut reconnaître avec M. Longnon {Géogr. de la Gaule, p. 267) que ces différentes interprétations présentent toutes des impossibilités. Calatonnum est sans doute un des rares villages de Touraine dont l'ancien nom a disparu. = - C'est probablement par distraction que M. Longnon {op. cit., p. 272) attribue la fondation de l'église de ce lieu à saint Martin. = 3 Grég., Ilist., X, 31. Plusieurs de ces noms de lieu, désignés par Grégoire, ont été diversement traduits en français. Le travail de M. Longnon, dont je suis ici les indications, semble devoir lever tous les doutes à cet égard, sauf pour les deux localités du nom de Neuillé {Noviliacus), dont on peut intervertir le rang.
ART DE LA RENAISSANCE (xV-XVl" SIÈCLE ) ÉCOLE FLAMANDE
<i Saint Martin, saint Donatien et saint Bernardin de Sienne, n patrons d'un chanoine que le peintre a représenté à genoux. — Celte composition a formé autrefois le volet droit du retable de l'autel de Saint- Jean-Baptiste et Sainte- Marie-Madeleine en l'église collégiale de Saint-Donalien , à Bruges; elle est aujourd'hui conservée à la « National Gallery » de Londres, sous le n" 1043.
Tableau de David Gheraerts, né vers le milieu du xv« siècle, mort à Bruges en 1B23.
Dessin d'Edouard Garnier, gravé par Cadarteux.
lent pas non plus de fondations analogues entreprises antérieurement à son pontificat, on peut sans témérité lui laisser l'honneur d'une initiative qui devait changer la face du monde chrétien.
Mais ce n'était pas le tout de fonder : il fallait entretenir et surveiller. De là l'établissement ou au moins la consolidation d'un usage non moins fécond en bons résultats, dont les origines se lient également au nom de notre grand évêque, soit qu'il l'ait pratiqué un des premiers, soit que * son exemple ait seulement contribué à le généraliser et à le faire passer à l'état d'institution fixe: je veux parler des tournées pastorales. Les conciles et les Pères des trois ou quatre premiers siècles sont muets, ou à peu près, sur les visites de l'évêque dans les différentes parties de son diocèse; et cela s'explique assez, étant donné le peu d'extension de la chrétienté en dehors des cités. On voit bien saint Augustin les recommander; on voit saint Athanase parcourir ses paroisses à la tête d'un nombreux cortège ^ Mais de ces deux faits , cités par Thomassin, l'un est contemporain de saint Martin, l'autre est postérieur; et le biographe de l'évêque de Tours est celui qui fournit au savant canoniste le plus ancien texte positif sur la matière. Sulpice Sévère, il est vrai, parle des tournées diocésaines comme d'un usage déjà répandu; toutefois il serait impossible de prétendre qu'il le fût depuis longtemps. 11 faut plutôt reconnaître, comme l'a fait Gervaise-, que, si on le vit se propager dès cette époque, et si tant de conciles postérieurs, notamment ceux de Tours, le recommandèrent avec insistance, l'émulation excitée par saint Martin chez ses confrères et les avantages sérieux qu'il recueillit d'une pratique si salutaire en furent la principale cause.
11 avait, en tout cas, une manière à lui d'accomplir ce devoir épiscopal. Fidèle à son vœu de pauvreté, il s'en
I Thomassin, DiscipL, part. II, liv. III, cli. lxxvii.= 2 Vie de S. Martin, [>. \ \2.