‹ Saint MartinChapitre 92 sur 317 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

allait le long des grands chemins, soit à pied, soit sur un âne, à l'exemple de Jésus -Clnist, et suivi, comme lui, d'un petit troupeau de disciples. Telle était la modestie de la tenue dans laquelle il voyageait, qu'elle lui valut, un jour, une cruelle avanie. Des mules, qui traînaient un chariot du fisc sur la voie publique, furent effrayées par l'aspect de son vêtement grossier et de son long manteau noir; elles se jetèrent de côté, et l'attelage s'emmêla. Les soldats qui accompagnaient l'équipage, irrités de ce contretemps, se jetèrent sur l'évêque, qu'ils prenaient pour un homme de rien, et le chassèrent à coups de fouet et de bâton. Martin supporta tout sans rien dire, suivant son habitude; ce qui était un mauvais moyen de les apaiser, car, voyant leur vengeance impuissante, ils n'en frappaient que plus fort. Un instant après, ses compagnons, qui étaient restés en arrière, le trouvèrent étendu sur le sol, tout ensanglanté, à moitié mort. Us le replacèrent avec peine sur sa monture, et, maudissant le théâtre de cet affreux accident, s'éloignèrent avec lui. Pendant ce temps, les soldats, revenus à leurs mules, cherchaient à les faire repartir; mais en vain faisaient-ils résonner le fouet gaulois, en vain dépouillaient-ils pour les frapper tous les arbres voisins : les malheureux animaux semblaient atteints d'une paralysie complète. Ne sachant quelle puissance les condamne à l'immobilité, les conducteurs s'informent; ils découvrent que l'homme si maltraité par eux est le premier magistrat de la cité, le grand évêque en personne. Aussitôt ils courent après lui , se précipitent à ses genoux, implorent leur pardon. Le saint, qui savait déjà ce qui se passait et qui en avait prévenu ses moines, le leur accorde avec bonté, et chacun se remet alors en marche. Ce trait nous est encore rapporté par un témoin oculaire. La tradition ajoute qu'il eut lieu sur la route d'Amboise, qui longe la Loire, et, en effet, Sulpice et Paulin le placent sur une de ces levées {agger publicus) que les Romains avaient déjà fait construire en

plusieurs endroits au bord du fleuve : le pontife allait donc visiter la paroisse qu'il avait établie dans cette localité ^

Le biographe mentionne en passant plusieurs autres tournées pastorales entreprises par saint Martin -. Il nous apprend, à propos de l'une d'elles, que l'évèque logeait dans la sacristie des églises placées sur son itinéraire (c'est-àdire encore dans un des deux secrelaria voisins de l'abside), et que le clergé lui préparait là une instaUation convenant à ses goûts comme à sa profession monastique. Ainsi, môme loin de chez lui, il ne fréquentait pas le monde, et jugeait plus utile de se tenir jour et nuit auprès de Dieu que d'accepter les politesses ou les réceptions de ses administrés. Cette habitude l'exposa, une fois, à un péril encore plus grand. On lui avait fait dans une de ces chambres improvisées un feu assez vif (car il voyageait hiver comme été), et on lui avait dressé un lit rempli d'une quantité de paille. A peine y fut-il, que la mollesse de cette couche lui fit horreur : lui qui avait l'habitude de dormir sur la terre nue, recouverte seulement de son cilice, pouvait-il endurer un luxe pareil? Aussi vivement que s'il eût reçu un outrage, il rejeta la paille, dont une partie alla tomber sur le brasier et mit le feu au plancher tandis qu'il dormait. Réveillé en sursaut par la flamme et la fumée, il perdit d'abord un peu la tête, courut à la porte, qui ne voulut pas s'ouvrir, et s'escrima un bon moment contre la serrure. Pendant ce temps, l'incendie se propageait; en un clin d'œil son vêtement fut atteint et consumé. Alors seulement il comprit qu'il ne devait pas chercher son salut dans la fuite, mais dans la prière. Il se mit à genoux, invoqua le Seigneur du fond de son âme : aussitôt les flammes s'écartèrent de lui comme des jeunes Hébreux dans la fournaise, et il sentit comme une rosée qui le rafraîchissait. Un instant après, les moines, attirés par le bruit de l'incendie,

1 Su!p.,Di-rt?. II,3.Cf. PaulindePéiigueuv.liv.IV. = 2 DiaLW, 0; Ep.\,2,.

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