CHAPITRE IV
saint' ». Le chroniqueur veut simplement indiquer ici que la mémoire d'un pontife se fête tout naturellement dans la basilique élevée par lui, portant communément son nom; et l'on disait dans l'usage, en parlant de la cathédrale, <( l'église de saint Lidoire, » pour dire « l'église fondée par saint Lidoire », sans qu'il faille en conclure nécessairement qu'elle lui fût dédiée, car elle devait être, au temps de Grégoire, sous l'invocation de saint Maurice. Voilà pourquoi l'historien ne se sert pas, en cet endroit, du terme d'ecdesia ou de cathédrale. Si l'on veut alléguer qu'autrefois, à l'époque gallo-romaine ou mérovingienne, les mots ecclesia et basilica avaient une signification différente, que Grégoire n'a pu les employer l'un pour l'autre, comme l'ont cru Mabille et M. Quicherat lui-même, je répondrai que cette distinction est loin d'être toujours observée. Les écrits de Sulpice Sévère en fournissent la preuve; ceux de l'évêque de Tours également, M. Longnon l'a déjà remarqué; et nous avons, de plus, des diplômes du vu*" siècle où l'église cathédrale de Paris est formellement appelée basilica'^. Si l'auteur de la Géographie de la Gaule au vi" siècle a cru pouvoir approuver dans son livre le sentiment de MM. Bourassé et Chevalier, il est bon de dire qu'il est revenu depuis à un avis plus conforme à ses propres conclusions. Il est donc à peu près certain que Lidoire n'avait fondé qu'une seule église, située dans la cité, et désignée primitivement par son nom ou par celui de saint Maurice, plus tard par le nom de saint Gatien. C'est dans cette antique cathédrale, où reposait déjà un des évêques de Tours, que Martin transporta le corps de son vénérable prédécesseur; et c'était là, maintenant que les chrétiens dominaient, la véritable place de ces précieuses reliques, [tlutôt (juc dans un obscur sanctuaire de la banlieue.
1 IlisL. X, ^ ■■^ V. Jules •l'nnlif, Moninn. hislor.. ii" iO. Longnon, op. rit., |i. note. (Juicherat , lirsiit. de la hns 'diquc. Saint -Mari in de Tours.
Mahille, Inr. rit.
SAINT MARTIN ÉVKQUE ■229
Nous trouvons dans l'histoire de l'illustre pontife un trait qui présente une grande analogie avec sa visite au tombeau de saint Catien. Il invoqua de même une pieuse vierge, appelée Vitaline, ensevelie depuis peu au bourg d'Artonne, en Auvergne, et celle-ci, d'après le récit recueilli de la bouche des « anciens du pays » par Grégoire en personne, répondit à la question qu'il lui adressait sur son état dans l'autre monde, en disant qu'une faute très légère l'avait empêchée de jouir immédiatement de la présence du Seigneur'. Mais je passe sur cet incident, qui nous transporterait prématurément hors de son diocèse. Je le rappelle seulement pour montrer avec quel empressement il recherchait partout le souvenir des âmes bienheureuses qui l'avaient précédé sur la terre, et aussi combien étaient vivantes, dès cette époque, et la coutume de prier les serviteurs de Dieu décédés, et la croyance au purgatoire. D'autres faits, du reste, vont nous édifier sur le zèle qu'il apportait à propager le culte des saints, et particulièrement de ceux qui étaient encore peu connus autour de lui.
En 38G, saint Ambroise découvrit à Milan les corps de deux martyrs ignorés, devenus depuis fort célèbres, et qui souffrirent sans doute sous Néron : les saints Gervais et Protais. Il en fit la translation solennelle, et distribua en différents pays des fragments de leur dépouille, ou plutôt des linges trempés dans leur sang. Les églises de Gaule et d'Italie en reçurent; l'évêque de Tours, en particuliei', fut assez heureux pour en obtenir une bonne part. Les apporta-t-il de Milan, comme on l'a dit quelquefois, ou lui furent- ils envoyés par Ambroise, qui le connaissait? La chose peut sembler incertaine lorsqu'on lit la phrase oîi Grégoire mentionne le fait d'après une lettre de saint Paulin, malheureusement perdue ^ Toutefois, comme Martin
' 'ihir. Cciif . .'). = 2 Reiiquins sanclorum Gcrvasii et Proldsii.... iitt:r snnclo Morinin li,,l,„ sunt dclalijp. {HIsl., X, 31.) Plusieurs maïuiseiils :