CHAPITRE IV
sa fîdélilé à ses maîtres et jeté ensuite dans un puits, devenu peu à peu le but d'un pèlerinage spécial pour les mères ayant des enfants malades. Ce qu'il y a de plus singulier, c'est qu'aujourd'hui encore on invoque saint Guinefort ou Généfort pour la santé des enfants dans plusieurs localités très éloignées les unes des autres, comme à Romans en Dauphiné et à Lamballe en Bretagne. Des légendes analogues à celle que découvrit le frère prêcheur du xni* siècle se retrouvent dans le pays de Galles et jusque dans le livre indien de Sindibâd, d'où est issu le roman des Sept Sages '. Quoi qu'il en soit de l'origine de ces dévotions populaires , l'exemple de Martin eut une influence des plus heureuses , qui se fit sentir jusqu'en Afrique. Le concile de Carthage ordonna, bientôt après, que tous les autels élevés dans les champs ou le long des routes fussent renversés par l'évêque diocésain s'ils ne contenaient des reliques authentiques , et défendit sévèrement d'admettre le culte d'aucun martyr en des lieux où son souvenir n'aurait pas été conservé par une tradition très fidèle; dispositions renouvelées par des canons postérieurs et par une lettre du pape saint Grégoire le Grand ^ J'ai déjà eu l'occasion d'observer qu'à l'époque où fut tenu ce concile africain, la Vie de saint Martin par Sulpice Sévère venait précisément d'être apportée à Carthage: Posthumien, en y arrivant l'année d'après, la trouva dans toutes les mains. 11 est donc très probable que, sur ce point encore, l'exemple de notre grand pontife imprima une direction salutaire aux tendances de l'Eglise universelle.
Avant de suivre l'évêque de Tours loin de son diocèse, il nous reste à éclaircir une question importante et jusqu'à présent assez controversée. Son autorité s'étendit-clle sur les évêchés voisins? Exerça-t-il les droits de métropolitain
1 V. Anecdotes historiques tirées du recueil d'Etienne de Bourbon, p. 32u. Guigue, Topogr. hist. de l'Ain. G. Paris, préface des deux rédactions en prose du Roman des Sept Sages, etc. = 2 Conc. de Carthage, can. 83. S. Grég., Ep. XI , 'lO.
SAINT IMARTIN ÉVÈQUE
reconnus à ses successeurs, et fut-il, en un mot, ce qu'on appelle en France, depuis la fin du vi'^ siècle environ, un archevêque? J'ai dit plus haut qu'au moment de son élection la capitale des Turones n'était encore qu'une simple civitas, faisant partie do la seconde Lyonnaise, dont la métropole était Rouen. Or on sait que les circonscriptions ecclésiastiques furent calquées fidèlement, dans le principe, sur celles de l'administration civile, que chaque chef- lieu de province romaine eut un évêque métropolitain, et chaque cité dépendant de cette province un évèquc diocésain. Donc, évidemment, Tours n'était qu'un simple évêché à l'avènement de saint Martin. Mais en fut- il de même jusqu'à la fin de son pontificat? Une division nouvelle du territoire des Gaules fut certainement faite vers cette époque , et dans ce partage, qui nous est connu par la Notice officielle des provinces de l'empire, la deuxième Lyonnaise fut démembrée : une portion considérable de cette région, à savoir la Touraine, le Maine, l'Anjou, la Bretagne, forma une province distincte, qui s'appela la troisième Lyonnaise et qui eut Tours pour capitale. Cette ville se trouva donc érigée en métropole civile, et, par une conséquence nécessaire, immédiate ou à peu près, en métropole ecclésiastique. A quel moment au juste s'opéra cette transformation? Faut-il la retarder jusqu'en 311, comme le fait le docteur Reinkens, ou même seulement jusqu'en 394, comme le fait M. l'abbé Dupuy sur la foi de Maan ' ? Cela est fort douteux. Les auteurs de la Gallia christiana sont beaucoup plus dans le vrai en la rapportant au règne de Valentinien l""" ou au moins à celui de Graticn, qui mourut en 383^ : c'est l'opinion la plus accréditée aujourd'hui, et je crois inutile d'en entreprendre ici la justification. Que le titre de métropolitain n'apparaisse attribué à l'évêque de Tours qu'à partir du pontificat d'Euphrone, au vi" siècle, et que
1 Reinkens, r/c de S. Martin, liv. H, cli. m. Dupuy, op. cit., p. 213. = 2 Oall. Chnsl.. XI, 1. Cl'. D. Bouquet, I, 122, noie.