LA NAISSANCE DE LA PAROISSE
La paroisse de langue française Notre-Dame du Sacré-Cœur de Marie de Central Falls étant devenue très nombreuse et les familles appartenent à cette paroisse s'étendant sur un vaste territoire, dont une portion était assez éloignée de l'église, la partie ouest ou nord-ouest de cette paroisse songea à former une nouvelle famille paroissiale, et s'en ouvrit à S. G. Mgr l'évêque de Providence.
Après avoir mûrement examiné ce projet et entendu les parties intéressées, Mgr Harkins érigea la nouvelle paroisse et lui assigna un curé par un document officiel dont voici la traduction :
Providence, R. I., 13 octobre 1906.
Mon cher Père Laliberté,
Je vous nomme curé de la paroisse formée récemment dans Central Falls et Pawtucket. Elle se compose de tous les catholiques dont le français est la langue maternelle et qui résident au nord et à l'ouest d'une ligne tracée au milieu des rues Arrow et Perry, des avenues Hedley et Fuller, des rues Summer, Dexter, Congress, Pine, Conant et Weeden et qui appartenaient jusqu'ici à la paroisse du Sacré-Cœur de Marie de Central Falls. Vous vous occuperez immédiatement d'organiser la paroisse
et de vous pourvoir de logements nécessaires pour l'église et l'école.
A vous et à votre œuvre, j'envoie la bénédiction de votre bien dévoué en N. S.
Matthew Harkins, Evêque de Providence.
Deux jours après, "e 15 octobre 1906, une demande régulière de charte civile ou d'incorporation était présentée aux autorités civiles pour la nouvelle paroisse, qui prenait oflBciellement le nom de "Saint Matthew's Church of Central Falls ". Cette demande, qui fut accordée le jour même où elle fut présentée, était signée par S. G. Mgr Harkins, évêque de Providence, par le T. R. Thomas J. Doran, vicaire général, par M. le curé J.-A. Laliberté et par deux paroissiens, MM. J.-B. Laliberté et Joseph Saint-Onge.
Le lendemain, 16 octobre 1906, à sept heures du soir, au presbytère de la paroisse Notre-Dame, fut tenue la première assemblée régulière des membres de la corporation de la nouvelle paroisse. On avait à y accepter la charte de la nouvelle paroisse et les statuts de la corporation paroissiale en vigueur dans le diocèse, dont voici la traduction :
" Statuts et règlements de Véglise Saint-Mathieu de Central Falls, dans le comté de Providence et dans l'Etat du Rhode Island.
" A une réunion des administrateurs de l'église Saint-Mathieu de Central Falls, tenue à Central Falls le 16 octobre de l'an du Seigneur, 1906, les statuts et règlements qui suivent ont été adoptés à l'unanimité:
1° Il est par les présentes décrété que les pouvoirs corporatifs de cette église seront exercés en
toutes choses, en conformité avec les principes et la discipline générale de l'Église catholique romaine existant aux États-Unis d'Amérique et en conformité avec les statuts disciplinaires du diocèse de Providence.
2° L'église est toujours obligée de recevoir comme son curé et comme l'un de ses administrateurs tel prêtre que Sa Grandeur l'évêque du diocècèse ou l'administrateur de celui-ci, pourront y nommer de temps en temps ; et chaque fois qu'un curé en sera éloigné par ordre de l'évêque ou de l'administrateur du diocèse, ce curé cessera d'être administrateur de cette église et ne sera plus reconnu comme curé.
3° Les administrateurs de cette église seront : un président, un trésorier et un secrétaire ; S. G. l'évêque sera ex officio président du conseil d'administration ; le trésorier et le secrétaire seront élus tous les ans et l'un et l'autre resteront en office jusqu'à ce qu on leur élise un successeur.
4° Pour toute réunion régulière du conseil d'administration, il suffira d'avoir un quorum de la majorité des administrateurs, l'un d'eux étant un laïque, pour l'expédition des affaires ; mais en toute matière concernant la vente ou l'hypothèque de propriétés de l'église, ou encore l'endettement de l'église pour un montant dépassant cinq cents dollars, les décisions de ce quorum devront, pour être valides, être confirmées de l'approbation écrite de l'Évêque ou de l'administrateur du diocèse.
5° Les assemblées régulières auront lieu aux jours que le conseil pourra lui-même déterminer. Des réunions spéciales pourront être convoquées en tout temps par l'Évêque, le Vicaire général ou le curé.
6° Le trésorier tiendra les comptes réguliers de
toutes les recettes et de toutes les dépenses de l'église, lesquels comptes seront en tout temps access blés à l'inspection d'aucun des administrateurs. Les comptes du trésorier seront examinés par deux membres du conseil d'administration au moins une fois par an et durant le mois de janvier. Chaque année, un résumé de ces comptes avec un tableau de l'actif et du passif de l'église sera préparé et imprimé ou écrit pour l'information de la paroisse et porté à sa connaissance. Une copie devra en être donnée à S. G. Mgr l'Evêque.
7° Le curé aura la garde des livres, papiers ainsi que du sceau de la corporation paroissiale. Le secrétaire conservera les minutes des réunions du conseil et convoquera les membres aux assemblées ordinaires et aux assemblées spéciales.
8° Les membres du conseil d'administration pris isolément ou même réunis plusieurs ensemble n'auront ni pouvoir ni autorité pour signer aucun billet, aucune obligation, ou aucune autre reconnaissance de dettes quelconques, ni de contracter aucune dette ou aucun engagement au nom de la corporation, excepté pour donner effet à une résolution spéciale du bureau des administrateurs à ce sujet, enregistrée dans ses minutes et signée par au moins trois des administrateurs, et de plus en conformité avec l'article quatre des présents règlements.
9° Aucun laïque ne peut être élu membre du bureau d'administration s'il n'est le locataire d'un banc dans l'église et s'il ne communie au moins une fois l'an.
10° Ces règlements ne peuvent être rappelés, changés ou modifiés et aucun règlement additionnel ne peut être adopté, si ce n'est par le vote unanime de tous les membres du bureau. Tout chan-
gement proposé doit être présenté par écrit et enregistré aux minutes. Et le vote sur ce sujet ne pourra être pris qu'à la réunion suivante du bureau."
Par l'adoption de ces règlements, qui sont intéressants à connaître pour ceux qui n'ont qu'une idée vague de l'état civil et du fonctionnement administratif des paroisses des États-Unis, la paroisse Saint-Mathieu, née depuis trois jours, commençait à agir d'après ses propres pouvoirs. Et son premier acte fut de décider l'achat du terrain triangulaire décrit au chapitre précédent, où s'élèvent actuellement les édifices paroissiaux, au prix de neuf mille dollars On décida en même temps d'emprunter, pour payer ce terrain, la somme de huit mille dollars, la paroisse Notre-Dame ayant assuré sa petite filiale naissante d'une dote de 1,000 dollars, pour la consoler un peu d'avoir à s'établir sur ce terrain éloigné et peu avantageux.
Ce triangle de terrain n'offrait pas en effet alors l'aspect régulier d'un emplacement aplani, incliné vers le sud, tel qu'on le voit actuellement. C'était une butte de sable à la surface très accidentée et couverte de broussailles et de chênes nains, qui allait requérir, avant d'y asseoir aucune construction, des travaux de nivellement considérables et coûteux, qui ne furent complétés qu'après sept ans.
A cette même réunion du 16 octobre 1906, monsieur le curé Laliberté fut élu trésorier de la corporation, avec charge et mission d'acheter le terrain susdit et de négocier l'emprunt des 8,000 dollars ; M. Joseph Saint-Onge fut nommé secrétaire du bureau.
C'est ainsi qu'avant même d'avoir le moindre abri pour y entendre la messe et y loger son curé, la
paroisse Saint-Mathieu assumait une dette assez lourde. Il fallut ensuite louer une maison devant servir de presbytère temporaire et de chapelle pour y célébrer la messe sur semaine et y conserver les Saintes Espèces. Cette maison oii prit naissance la petite paroisse, bien pleine de vie et d'espérances, était située sur la rue Crossman. Elle existe toujours et porte le numéro 20. C'est là que l'auteur de cette monographie eut le bonheur de connaître M. le curé Laliberté et où il fut décidé en principe que je deviendrais dans la suite son auxiliaire, après les démarches nécessaires et avec les permissions requises. La maison était modeste, mais propre et élégante et très sympathiquement accueillante.
De ce premier presbytère, M. le curé Laliberté avait libre vue sur le terrain oii commençaient les premiers travaux de son installation paroissiale, mais il était à un bon quart d'heure de la salle du gymnase de la paroisse Notre-Dame, qui lui servait de chapelle pour les dimanches et les jours de fête d'obligation.
Le lecteur aimera sans doute connaître le bilan financier de la nouvelle paroisse pour les trois premiers mois de son existence de 1906. Le voici :
Recettes :
Don de S. G. Mgr Harkins, évêque de Providence $100.00
Don du R. M. J.- A. Laliberté, curé 75 . 00
Don du R. M. Alphonse Graton, curé de Saint- Jean-Baptiste 50.00
Don de la paroisse Notre-Dame de Central Falls. . 1000 . 00
Soucription des paroissiens 1320.00
Recette des bancs 679 . 67
Œuvre des Tabernacles 112.00
Concours des enfants 1004 .26
Parties de whist à domicile 49 . 74
Dépenses :
Achat du terrain $9000.00
Première installation, travaux, autres dépenses. 2773.45
Ces chiffres sont bien intéressants. Ils disent exactement sur quelles resources peut compter une paroisse modeste, naissant aux États-Unis, dans nos centres de population originaire du Canada.
Lorsque nous donnerons plus loin le bilan de l'année 1916, on verra, qu'à part les quelques dons reçus dans son modeste berceau, la paroisse vit et grandit uniquement du zèle et de l'industrie du pasteur et des fidèles, du curé aidé de son vicaire dévoué, et des paroissiens.