CHAPITRE IX
En devenant le premier curé de la paroisse Saint- Mathieu, répondant à ses propres désirs et aussi à ceux bien connus de Mgr Harkins, M. l'abbé Laliberté se préoccupa dès le premier jour d'avoir son école paroissiale parfaitement organisée, sous la conduite de religieuses ayant l'expérience de l'enseignement bilingue aux États-Unis. Les religieuses de Sainte-Anne, dont la maison-mère est à Lachine, près de iSIontréal, lui offraient toutes les garanties désirables, comme en témoignent les succès qu'elles ont remportés et qu'elles remportent toujours dans les dix-sept maisons que la communauté possède aux États-Unis, dont une à Man ville et deux à Central Falls.
Aussi dans la nouvelle chapelle-école de la rue Dexter, ce sont les six salles de classes qui furent finies et aménagées les premières, et dès septembre 1908, les bonnes religieuses de Sainte-x\nne commençaient à instruire deux cent trente enfants, répartis en cinq classes. Le nombre d'enfants augmenta depuis graduellement : ils étaient 430 en 1916-1917, répartis en huit classes, ils sont aujourd'hui, octobre 1917, 500 '^' répartis en dix classes, où l'on enseigne de S}4 à 11 et de 1 à 4 hrs, chaque jour de classes.
5. Voici le nombre des enfants de l'école ; 1909-1910, Îi80 ; 1910-1911, .5i .5; 1911-1912,340; 1912-1913, .?«0 ; 1913-1914, S.'t7 , 1914-1915,507; 1915-1916, .59', ; 1916-1917, /,-^0.
Cette augmentation constante du nombre des enfants a nécessité l'augmentation du nombre des maîtresses de classes et aussi la construction d'une autre maison d'école, à proximité de l'église, où sont installées quatre grandes classes pour les élèves plus avancés.
Dans cette école paroissiale abritée sous le même toit que la chapelle, où enseignent des religieuses sous la direction du clergé paroissial, il est tout naturel que l'enseignement religieux tienne la première place, comme il doit d'ailleurs la tenir dans toute école vraiment catholique.
Ainsi, à part les prières ordinaires avant et après les classes, il y a, dans toutes les classes et à tous les degrés de l'enseignement, leçon de catéchisme et d'histoire de la religion, selon le programme uniforme prescrit dans le diocèse de Providence pour toutes les écoles paroissiales, programme auquel doivent aussi se conformer les leçons de catéchisme et de religion données aux élèves fréquentant les écoles publiques.
Ce programme prescrit 150 minutes ou deux heures et demie d'instruction religieuse chaque semaine. Ce programme comprend les prières, le catéchisme, l'histoire sainte et une série d'instructions appropriées et variées sur les principaux devoirs de la vie chrétienne. Voici quelques sujets de ces instructions : obéissance aux parents, bonne tenue à l'église, manière de se confesser, haine du péché, tentations, examen de conscience, le péché, ses conséquences, ses remèdes, les dix commandements de Dieu, les commandements de l'Église, la communion fréquente et quotidienne, les sacrements, le Credo, des notions de liturgie expliquant les principaux offices de l'Église et l'objet des principales fêtes. Dé-
taillé et complet, ce programme d'instruction religieuse est très bien fait. C'est ainsi qu'il détermine un abrégé d'histoire de l'Église devant faire suite à l'histoire sainte pour les classes plus avancées, et dans cette histoire de l'Église on a soin d'attirer l'attention sur l'histoire de l'Église aux États-Unis, sur l'histoire du diocèse, et même sur l'histoire de la paroisse. C'est donc en conformité d'esprit avec ce programme que le présent travail a été entrepris et achevé.
Une particularité de l'école paroissiale Saint- Mathieu, comme des écoles paroissiales francoaméricaines en général, c'est que l'enseignement y est bilingue, et que le temps des classes est partagé également entre le français et l'anglais. Et l'expérience a toujours montré, plus d'une foi avec éclat, que ce bilinguisme donne les meilleurs résultats et plein succès dans l'enseignement même de l'anglais.
On trouvera plus loin, en appendice, le programme détaillé des deux cours, anglais et français, donnés dans chaque classe et chaque degré de l'école Saint- Mathieu, tenue par les Sœurs de Sainte-Anne, et le lecteur pourra constater, en examinant ce programme, que le cours d'instruction profane donné dans cette école est aussi complet et aussi efficace qu'il peut être et il comprendra la valeur du diplôme obtenu par les élèves gradués, c'est-à-dire par les élèves qui ont parcouru avec succès tous les degrés du cours déterminé par ce programme. II trouvera à la fin de ce volume le nom de quelques-uns de ces élèves gradués, avec la liste des religieuses qui ont enseigné depuis la première année de l'école.
Le lecteur aimera sans doute à connaître main-
tenant, après avoir aperçu la vie religieuse et intellectuelle de l'école paroissiale, ses conditions d'existence économiques ou temporelles. Comment la paroisse peut-elle maintenir et supporter son école : entretenir la maison, la chauffer, l'éclairer, après l'avoir bâtie ; supporter ensuite un nombreux personnel requis par le nombre considérable d'enfants fréquentant l'école. Ici encore la religion fait des merveilles de charité et des merveilles aussi de dévouement.
Ainsi ces religieuses enseignantes ne reçoivent chacune chaque année que deux cents cinquante dollars. On leur donne, il est vrai, en outre, le logement, une maison éclairée, chauffée, meublée. Mais elles sont obligées de pourvoir à même leurs deux cent cinquante dollars à leur nourriture, à leur habillement et au service de la maison. Marchant sur les traces des bonnes religieuses, les maîtresses laïques qui enseignent comme auxiliaires, doivent se contenter d'honoraires modestes, deux cent cinquante dollars pour dix mois d'enseignement.
Pour faire face à ces dépenses de son école et de son personnel enseignant, la paroisse demande aux parents qui peuvent payer — les pauvres ne paient rien — une contribution mensuelle de cinquante cents, qui n'est payée intégralement que par deux des enfants d'une même famille, les autres, troisième, quatrième et même cinquième ne paient que la moitié, soit vingt-cinq cents. Ni la paroisse, ni les religieuses ne retirent aucun profit de la vente des fournitures scolaires : papier, livres, crayons, plumes et le reste. Tout cela est vendu au prix coûtant et parfois même donné à ceux qui sont trop pauvres pour payer.
Dans ces conditions il reste à la paroisse l'obligation de solder un montant assez considérable de
dépenses annuelles pour le support de son école. C'est une charge assez lourde pour les paroisses et pour les parents, qui fournissent en outre comme contribuables, leur part d'impôts pour le maintien des écoles publiques. Si les paroissiens de Saint- Mathieu et tous ceux qui font louablement comme eux, n'aimaient pas généreusement leur religion et aussi leur langue maternelle, ils seraient exposés à céder à la tentation constante qui les sollicite de diminuer sensiblement leurs dépenses en envoyant leurs enfants à l'école publique, et en renonçant à soutenir leur école paroissiale.
Heureusement leur intelligence et leur esprit de foi leur donnent d'être fidèles à leur devoir sur ce point comme sur plusieurs autres, et la générosité qu'ils témoignent pour maintenir leurs écoles, si elle est une source de bénédictions de la part de Dieu, est aussi un gage de succès et de bonheur pour leurs enfants. Il faut bien ajouter aussi que cette générosité pour une œuvre noble et nécessaire entre toutes, leur fait honneur aux yeux de leurs concitoyens en même temps qu'elle contribue au bien et à la prospérité de toute la patrie américaine.