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UNE PAROISSE AMERICAINE

Il n'est pas facile d'exagérer, tant ils sont grands en eux-mêmes, les mérites et les avantages de l'organisation paroissiale, telle que l'ont faite la discipline de l'Église, là où elle a pu librement s'exercer, et le zèle des fidèles catholiques.

Comme la famille est le premier élément de la patrie terrestre et de la société civile, ainsi la paroisse est la première organisation religieuse de la patrie spirituelle, de l'Église. Elle aussi est une famille, et elle doit avoir de celle-ci l'union, le commun intérêt, le mutuel soutien, l'intime charité.

Écoutons sur ce sujet la parole dont la justesse et l'autorité sont toujours incomparables, la parole du Souverain Pontife lui-même :

A notre vénérable Frère Maurice Landrieux, évêque de Dijon. Benoît XV, pape.

Vénérable Frère, salut et Bénédiction apostolique.

Dans la lettre pastorale, que vous adressiez récemment à vos diocésains, il vous eût été difficile de traiter un sujet plus important que celui de la vie paroissiale. Les temps ne sont plus, où l'organisation de la paroisse était assez florissante pour ressembler à une famille ; et, aujourd'hui, en maintes contrées, on en est venu à ce point que le

pasteur connaît à peine ses brebis et les brebis n'entendent à peu près jamais la voix de leur pasteur. Dans quelle proportion l'Église en a souffert, combien elle en souffre aujourd'hui, on le reconnaît clairement aux conséquences : les brebis sont dispersées, les forces catholiques sont énervées, les mœurs chrétiennes ont subi un tel fléchissement, aggravé soit par la diminution de la foi, soit par l'attirance malsaine de si nombreux vices et par les appâts du péché, qu'il est à peine possible de retrouver quelque vestige de leur ancienne beauté.

Il faut donc revenir au point d'où l'on est parti ; il faut que la paroisse soit rétablie de manière que la multitude des croyants n'aient qu'un cœur et qu'une âme ; que la paroisse soit l'honneur du pasteur, qu'au milieu de son peuple, il soit réellement comme un père au milieu de ses enfants et que son autorité prévoyante étende à tout sa sollicitude. Les conséquences heureuses de cette situation seront d'abord que non seulement les brebis recevront de leur pasteur le pain de la doctrine et des sacrements, mais encore qu'elles trouveront sous son gouvernement leur direction, qu'elles seront soutenues de ses conseils, édifiées de ses exemples et affermies dans le bien.

Les relations des fidèles entre eux seront alors telles que l'un ne saurait être touché sans que les autres ne se sentent atteints. Quant à ce qui regarde le bien de la communauté. Nous voulons dire les institutions, les œuvres qui, sous des appellations variées, sont multiples dans toutes les paroisses bien organisées, que chacun s'y intéresse et que, guidé par la piété filiale, chacun y apporte de plein gré son concours quand il le voit nécessaire.

Vous êtes dans le vrai, quand vous écrivez que d'après l'histoire du passé comme selon les prévisions de l'avenir, l'Église de France, après tant et de si lamentables bouleversements, ne saurait voir s'ouvrir devant elle qu'une seule voie de prospérité : donner aux paroisses leur constitution normale, et, dès que surtout il sera permis de jouir des bienfaits d'une paix si désirée, se préoccuper de rappeler les fidèles à la discippline paroissiale, y mettre tous ses soins pour ramener une restauration des beaux jours du christianisme et paralyser les forces ennemies.

Ces pensées répondent pleinement aux Nôtres : c'est pourquoi Nous souhaitons que tous les évoques de France donnent à leur peuple les mêmes directions et les mêmes enseignements que vous donnez. Nous sommes persuadé, en effet, que leurs Églises reviendront à leur antique splendeur, quand ils auront rendu aux paroisses leur forme première et leur organisation d'autrefois.

Comme gage des faveurs célestes et en témoignage de notre bienveillance. Nous vous accordons de tout cœur, dans le Seigneur, la Bénédiction apostolique, pour vous. Vénérable Frère, pour tout votre clergé et tout votre peuple.

Donné à Rome, auprès de Saint-Pierre, le 14 avril 1917.

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