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BENOIT PP, XV

Ainsi donc, d'après le Chef de l'Église, il est difficile, même poiu* un évêque, de trouver un sujet plus important à traiter que celui de la vie paroissiale : c'est de la bonne organisation paroissiale que dépend la conservation de la foi et des mœurs chrétiennes ; c'est du rétablissement de la disci-

pline paroissiale que le Pape attend la restauration des beaux jours du christianisme.

Les évêques et le clergé des États-Unis ont donc raison d'employer le meilleur de leur zèle et de leur activité à établir et à organiser de solides et florissantes paroisses, qui ont plus d'une fois, dans leur bel ensemble, excité l'admiration et provoqué les louanges des écrivains et des voyageurs européens.

Au point de vue spirituel, la paroisse américaine des États-Unis ne diffère pas substantiellement des paroisses des autres pays d'Europe ou d'Amérique. Depuis le premier siècle de l'ère chrétienne, la paroisse catholique est partout celle qu'a définie M. l'abbé Lesêtre dans son intéressant ouvrage " La Paroisse " (p. 3) : " Un ensemble de fidèles, régis spirituellement par une autorité ecclésiastique, se réunissant à certains jours et en certains lieux pour prier, se faire instruire et prendre part au sacrifice et constituant déjà une petite société religieuse dont les membres s'assistent mutuellement." Cette assistance mutuelle des membres d'une même paroisse existe toujours, sinon au point de vue financier ou économique, du moins au point de vue intellectuel, moral, social, et la belle lettre de Sa Sainteté Benoît XV, que nous avons citée plus haut intégralement, n'a pas omis de signaler ce point de vue familial et social de la paroisse normalement constituée.

C'est plutôt au point de vue temporel ou financier, et aussi au point de vue race ou langue que la paroisse américaine offre des caractères particuliers, intéressants et utiles à observer.

Pour fonder et entretenir une paroisse aux États-Unis, un curé n'a ni fondation, ni allocation

de l'État ou de l'Église diocésaine, ni propriété productive, ni même le droit d'imposer une contribution légalement recouvrable sur ses paroissiens. Il n'a, avec la mission et les encouragements que lui donne son chef, que son habileté et son zèle ; il n'a que la bonne volonté et la générosité de ses paroissiens.

Pour payer l'emplacement de son église, de son presbytère, de ses écoles, pour entreprendre la construction dispendieuse de ces édifices, pour subvenir aux dépenses du culte et se pourvoir des ornements, vases sacrés et autres objets absolument nécessaires, pour sa propre subsistance, pour l'installation temporaire de sa maison et d'une chapelle provisoire, il n'a que la bonne volonté de ses paroissiens, aidée parfois de la générosité de quelques amis.

Une telle situation peut avoir ses inconvénients, mais elle a aussi de réels avantages. Et le premier de ces avantages, c'est qu'elle met en relation de tous les jours, en coopération constante, le curé et ses paroissiens. C'est un peu à cette nécessité d'ordre économique, et aussi au fait que la famille paroissiale forme une petite minorité par la langue et aussi par la religion dans la population qui l'entoure, qu'il faut attribuer la cordialité, la familiarité respectueuse, qui existe généralement aux États-Unis entre le clergé de la paroisse et les paroissiens. Les curés des paroisses canadiennes des États-Unis ont certainement cette qualité du bon pasteur de connaître leurs brebis et d'en être connus.

C'est là une des bonnes consolations du ministère paroissial aux États-Unis, ministère qui a bien aussi ses épreuves et ses diflScultés particulières, de donner aux prêtres et aux fidèles des rap-

ports plus fréquents et plus confiants, en les obligeant les uns et les autres à avoir plus fréquemment besoin les uns des autres.

Aussi il faut voir, avant et après les offices du dimanche ou encore dans les réunions récréatives au profit de l'église, quelles bonnes effusions joyeuses înarquent la rencontre du curé et des vicaires avec les fidèles de la paroisse. Comme tout le monde, surtout si la paroisse est jeune, s'intéresse au progrès de l'œuvre commune, comme chacun apporte l'idée, le projet que son zèle a découverts, en attendant d'apporter les fruits plus savoureux encore de leur réalisation.

Cette bonne et confiante intimité fut d'ailleurs commandée généralement par la condition des immigrants venus du Canada, qui formèrent les paroisses canadiennes. Arrivant dans un pays dont la langue et l'ambiance les dépaysaient, menant d'abord une vie bien modeste, dans leurs étroites demeures des centres ouvriers, séparés tout le jour les uns des autres par leurs travaux, isolés même comme famille et n'ayant pas toujours à proximité un voisin de vieille connaissance ni peut-être même de même langue, la vie paroissiale, la rencontre à l'église pour assister à des offices comme ceux du Canada, pour entendre le prône et le sermon en français, pour rencontrer le curé, qui s'intéressait aux nouveaux venus, les encourageait de ses conseils et des bonnes relations de travail qu'il pouvait leur indiquer, c'était la patrie canadienne rappelée, avec l'espérance de celle du ciel rendue plus tangible. Quand les nouveaux arrivés pouvaient écrire à leur famille du Canada, quelques semaines après leur installation aux États-Unis, qu'ils y avaient " toute facilité de faire leur reli-

gion et d'élever leurs enfants comme au Canada ", ils exprimaient d'un mot, lu et entendu bien des fois, ce qu'ils trouvaient dans leur nouvelle patrie de meilleur et de plus semblable à celle où restait bien attachée une part de leur cœur.

La paroisse canadienne, c'était la patrie qui avait émigré avec les Canadiens, une patrie plus petite, plus pauvre, un peu précaire, qu'il fallait entourer de plus de générosité et d'assiduités.

Un autre avantage très appréciable de cette situation, c'est que tous les paroissiens, qui ont fourni leur part pour l'établissement de la paroisse, qui sont appelés à donner pour chaque amélioration et chaque œuvre nouvelle, s'intéressent davantage à leur paroisse et à leurs œuvres. L'homme est ainsi fait partout que ce qu'il a payé a plus de valeur à ses yeux que ce qu'il a eu pour rien.

De là aussi le zèle et l'émulation entre les paroissiens et même entre les paroisses. Entre paroissiens on rivalise de générosité ou encore d'habileté et d'activité, pour donner à la paroisse le plus gros secours financier ou pour lui faire cadeau de quelque objet précieux ou grandement utile. Entre paroisses et peut-être même entre clergés paroissiaux, on a la noble et utile émulation d'avoir les sociétés les plus prospères, les plus beaux offices, les plus nombreuses assistances, l'état financier le moins chargé d'obligations à rencontrer.

Tout cela renferme une part d'humain, mais une part d'humain qui se tourne assez facilement en profits spirituels pour la paroisse et les paroissiens. Il n'est pas mal d'ailleurs et il est parfois excellent d'intéresser et de faire servir l'humain' au divin, et il ne faut pas réprouver le côté humain

mêlé au divin, pas plus dans l'église paroissiale que dans l'Église universelle.

Il faut plutôt féliciter le clergé et les fidèles des paroisses américaines du zèle humain qu'ils mettent au service de l'œuvre divine de la conservation de la foi et des mœurs chrétiennes, de la sanctification des âmes et des générations chrétiennes. Ce zèle humain n'exclut pas le zèle apostolique et il ne le remplace pas non plus, mais il l'aide et rend le bien plus facile.

Ce n'est pas ici le lieu de faire connaître les formalités et les particularités, civiles ou ecclésiastiques, de l'établissement d'une paroisse aux États- Unis, ces détails trouveront leur place plus loin, mais c'est peut-être ici le lieu de dire un mot sur le problème un peu compliqué, d'ordre civil et d'ordre religieux, des paroisses de langue étrangère, (de langue autre que la langue anglaise,) que l'Église des États-Unis a sagement établies.

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