II. LE RÉVÉREND M. JOSEPH-ALFRED LALIBERTÉ
Si S. G. Mgr Harkins est le premier fondateur de la paroisse Saint-Mathieu, à laquelle il a permis qu'on donna son nom, c'est sans doute parce qu'il lui a donné l'érection canonique et a dirigé tout ce qui a été fait pour sa fondation, mais c'est surtout parce qu'il lui a donné un curé actif, prudent et pieux, digne en tout de la confiance de son évêque, digne aussi de la belle oeuvre qu'il allait accomplir au milieu de circonstances diverses, qui ne la rendaient pas absolument facile.
M. l'abbé Joseph-Alfred Laliberté est le premier curé et le fondateur de la paroisse Saint-Mathieu, et Saint-Mathieu est aussi la première cure à laquelle aient été appelés à se donner le zèle pieux et le savoir-faire de M. le curé Laliberté. Il est à présumer, pour qui connaît le curé et la paroisse, que Saint-Mathieu n'oubliera pas de sitôt son premier curé et que M. Laliberté ne se séparera pas facile-
ment de sa première paroisse. Dix ans de travail» de bonne entente, de progrès dans l'ordre et la paix ont noué bien d'étroits et de chers liens entre l'âme du pasteur aimé et vénéré, et les âmes aussi dévouées qu'affectionnées des paroissiens.
Monsieur le curé Laliberté (Joseph-Alfred) est né à Lanoraie, comté de Berthier, province de Québec, Canada, le 13 août 1868, de sieur Simon Laliberté, capitaine de vaisseau marchand, décédé le 1er novembre 1916, à l'âge de 86 ans, et de dame Odile Vézina, heureusement conservée jusqu'à ce jour à l'affection de son fils, avec lequel elle demeure. M. Laliberté fut baptisé à Lanoraie par le Rév. M. C. A. Loranger, curé d'alors.
Après avoir achevé à Lanoraie ses études primaires avec le succès que lui valurent ses beaux talents et son application, M. Laliberté entra, en 1881, au petit séminaire de Joliette, où il termina son cours classique en 1887, en obtenant le diplôme de bachelier ès-arts. Élève modèle et de conduite absolument régulière, énergique et appliqué au travail, le jeune Laliberté se distingua pendant tout son cours, et plus particulièrement pendant ses deux années de philosophie. Pendant son cours de Lettres il remporta, entre autres récompenses, le prix Marion, prix d'éloquence française pour discours et composition littéraire. Il se vit aussi décerner, avec les premiers prix de philosophie, de mathématiques, de physique, de chimie et d'économie politique, la médaille d'argent de Léon XIII, prix de philosophie, dissertation et argumentation, et la médaille de bronze de Lord Lansdowne, pour plus hauts succès et plus haut percentage de points dans tout son cours, avec conduite excellente.
En 1887, le 24 août, M. Laliberté recevait la tonsure et entrait au grand séminaire de Montréal, où
il continua de se faire remarquer par sa régularité, sa piété et son application au devoir. Le 15 août 1888, il recevait les ordres mineurs. Il fut ordonné sous-diacre le 25 août 1889 et diacre le 20 décembre 1890. Le 14 mars 1891, il était ordonné prêtre et deux jours après, le 16 mars, il était nommé vicaire à Saint-Eustache, oii il resta un an. Le 4 avril 1892, il fut transféré au vicariat de Saint- Jean-Baptiste de Montréal. L'état d'une santé délicate, compromise par l'excès du travail, obligea le Rév. M. Laliberté à passer sous un climat moins rigoureux, et c'est ainsi que le 30 novembre 1894, il était nommé vicaire à Sain te- Anne de Woonsocket, au diocèse de Providence, où il fut dans la suite définitivement attaché le 7 janvier 1898. M. le curé Laliberté prit son titre de citoyen américain à Providence, le 22 octobre 1904.
Pendant les douze années qu'il passa comme vicaire à Woonso^^ket, M. Laliberté donna de multiples témoignages de son zèle, de sa discrétion, de son savoir-faire et de son dévoûment. Prédicateur à la parole soignée et nourrie de doctrine, prêtre assidu à son ministère, directeur de congrégations actif et pieux, collaborateur habile et dévoué de l'administration temporelle, M. Laliberté fut aimé et respecté des paroissiens de Woonsocket, où il était très populaire, sans cesser d'être très réservé en toutes ses démarches comme en toutes ses paroles. Tel il fut vicaire à Woonsocket, tel nous le retrouvons curé à Central Falls.