CHAPITRE Vin
APPRECIATION DU CARACTÈRE DE SAINTE MATHILDE AU POINT OB VUE HISTORIQUE ET SOUS LE RAPPORT RELIGIEUX. — CONCLUSION.
Si nous voulons nous faire une idée aussi exacte que possible de la physionomie de sainte M athilde, nous n'avons qu'à résumer ici, en les mettant un peu plus en relief par leur rapprochement, les traits, les indications et les faits épars dans les deux biographies qui ont été pour nous la source principale de renseignements. Nous aurons soin d'écarter de cette appréciation tout ce qui pourrait ressembler a de Texagération, à un parti pris de trouver la sainteté quand même dans tous les traits et dans tous les actes de la reine. Un pareil parti pris se laisse excuser chez les biographes contemporains, encore sous le coup d'une admiration récente : rhistorien doit rechercher avant tout la vérité absolue, et cela ne semble pas bien difficile, lorsque l'on a sous les yeux la naïve narration des chroniqueurs du moyen âge.
Et d'abord, Mathilde a eu le don de la beauté^
de cette beauté extérieure qui est comme un reflet de la beauté de l'âme et qui a le privilège de séduire les âmes plus que les corps, par un charme inexplicable qui survit à tous les autres, a Elle était vraiment belle, gracieuse et aimable dès son enfance, active et modeste, et la dignité de ses parents et de ses ancêtres rayonnait en elle comme dans un
miroir. » Rien de surprenant, par suite, à ce que le prince Henri se sentît, dès la première rencontre, enflammé pour elle du plus violent amour; et cela, même en admettant, comme c'est possible, que Mathilde fût plus âgée que lui et ne se trouvât plus, à proprement parler, dans la fleur de la jeunesse.
Un critique allemand, Kœpke, a beau remarquer que plusieurs de ces détails ont été pris dans Boèce : cela ne prouve point que Mathilde ne méritât pas tous ces éloges; elle réalisait, pour son biographe comme pour ses contemporains, — à commencer par son mari, — le type de la femme accomplie, et le biographe n'a cru pouvoir mieux faire que d'emprunter, pour son portrait, ce qui, à sa connaissance, avait été le mieux dit a propos d'une autre femme aussi accomplie qu'elle : son érudition venait ainsi en aide à son enthousiasme.
Et pourquoi Mathilde n'aurait-elle point possédé, outre ses vertus et sa piété, d'autres avantages, moins sérieux et moins dignes d'admiration, a coup sûr, mais que Dieu départit souvent à ceux qu'il aime ? Faut-il donc se figurer que les saints et les
saintes doivent être toujours disgraciés de la nature sous le rapport intellectuel ou physique ? Le christianisme a, certainement, relevé les humbles et les misérables, les simples et les infirmes, mais à titre d'exception, pour humilier notre orgueil et nous montrer la vanité comme la fragilité des biens de ce monde : mais ne peut-on pas dire, Thistoire en main, que la beauté des créatures comme celle de la création tout entière reste la loi de cette création, la règle générale que Dieu même a voulue?
La même objection a été adressée à l'éloge que 1« biographe fait des vertus de Mathilde. Plusieurs lignes de cet éloge ont été presque littéralement copiées dans Sulpice Sévère : « Si nous voulions lei énumérer toutes et les indiquer en détail, nous aurions bientôt rempli pour le lecteur un livre énorme.... Mais nous ne pouvons pourtant pas les passer toutes sous silence. » C'est là évidemment une formule oratoire ou poétique, sans grande valeur; mais l'auteur a soin, dans la suite, de préciser, et d'appuyer ses éloges sur un certain nombre de faits qui ne laissent subsister aucun doute. Il revient, ailleurs encore, à cette tournure hyperbolique, et déclare qu'on ne peut tout raconter, parce que ce serait trop long, — et même fastidieux, — pouvonsnous ajouter; car la vertu, sous ses formes multiples, offre toujours plus ou moins le même caractère, et sa description finirait par devenir monotone. On a dit que la vérité est une, et l'erreur infiniment variée; on peut en dire autant de la vertu et du
crime. Celui-ci affecte des formes innombrables et diversifie étonnamment ses manifestations; c^est peut-être pour cela que le gros public, si friand de feuilletons, aime mieux lire Tliistoire des crimes célèbres que les vies des saints.
Voyons quelles sont les principales vertus que Ton a relevées chez notre sainte. D*abord une vertu très ordinaire, mais qu'elle semble avoir portée au plus haut point : Tamour de la famille. Elle n'était pas de ceux qui, tout entiers à Dieu, semblent peu à peu devenir indifférents aux liens de la nature, ou du moins comprimer en eux l'affection si légitime que nous inspirent nos parents et nos proches. Rien de touchant comme le tableau de cette réunion de famille, à Cologne, où « la reine, dit le vieil auteur, se délectait à la vue de ses petits-enfants, se sentait heureuse dans les bras de tous les siens, et bénissait Dieu surtout de lui avoir conservé son fils, l'empereur Otton. »
Elle avait fait, dans sa première jeunesse, la joie et l'orgueil de sa vénérable aïeule ; elle fut ensuite une épouse incomparable, une mère tendre et aimante, malgré l'erreur qu'elle commit en témoignant une préférence trop marquée à l'un de ses fils; comme grand'mère, elle donna une large part de son affection à ses petits-fils et aussi à l'enfant qui porta son nom, à cette Mathilde qui devint abbesse de Quedlinbourg, et même à ce Guillaume, archevêque de Mayencc, que son fils avait eu d'une union illégitime. Elle aimait son fils jus-
que dans le fruit de ses égarements. Comme "veuve, elle mène une vie exemplaire, cela va sans dire, mais elle ne cesse, surtout, de se préoccuper du salut de Tame de son époux, et, jusqu'à sa mort, ne semble avoir d'autre souci, par ses aumônes, ses fondations pieuses, les messes qu'elle fait dire, que d'assurer le bonheur éternel du roi Henri. Nous aurons occasion de revenir sur ce trait caractéristique de sa piété.
Sa bonté s'étendait, en dehors de sa famille, à tous ses sujets, et de préférence aux malheureux, aux criminels même : « Si quelqu'un, selon l'usage, était amené pour un acte criminel devant le tribunal du roi et condamné à mort, la très pieuse reine se remémorait les souffrances du Crucifié et insistait, avec les plus douces paroles, auprès du prince, et s'insinuait dans son âme, jusqu'à ce qu'enfin la parole du pardon s'échappât de la bouche royale dont la colère avait prononcé une sentence de mort, »
Cette bonté — que bien des gens qualifieraient d'intempestive, puisqu'elle arrachait des coupables à un juste châtiment — est encore un signe distinctif de la sainteté, puisque Dieu a promis de pardonner «ux pécheurs, sans excepter personne de ce ce pardon (nous entendons personne de ceux qui ont le regret sincère de leurs fautes); mais c^est surtout iiux époques troublées et dans les temps barbares <}u'une pareille vertu est inappréciable : que de supplices immérités, que de sang versé dans un premier
moment de colère, que de coupables subissant des peines liors de toute proportion avec leurs crimes ! N'était-il pas juste et vraiment providentiel qu'à de pareilles époques les princes eussent, assises à leur côté, sur le trône, des femmes au cœur compatissant, qui revendiquaient les droits de la clémence et de r humanité? C'était la le rôle de Mathilde, et ce n'est pas celui qui, pour nous comme pour son biographe, a le moins contribué à faire briller sa sainteté.
Mais nous ne voulons pas faire Mathilde meilleure qu'elle ne l'était en réalité. La nature humaine, chez les plus parfaits, a ses petits retours, et un mot, échappé en passant au naïf biographe, va nous prouver que la reine avait ses moments de mauvaise humeur, — bien excusable, on l'avouera, si l'on considère à qui elle s'adressait : « elle était bonne pour tous, excepté pour les orgueilleux, qu'elle détestait ». On regretterait qu'il en fût autrement! La perfection chrétienne veut, il est vrai, que nous supportions les défauts du prochain, quels qu'ils soient ; mais si l'on peut se permettre une légère infraction à cette loi, j'avoue qu'une infraction comme celle de Mathilde me parait la plus excusable de toutes. L'orgueil est le plus grand vice, à la fois antisocial et antireligieux, que Ton puisse rencontrer; et s'il est recommandé de détester l'orgueil, ne peut-on pas quelquefois s'oublier jusqu'à détester aussi les orgueilleux? Et puis, n'eût-ce pas été trop demander à cette femme d'un esprit si noble, si lucide, si aimable» que de vouloir qu'elle ne se sentit point
agacée par des gens qui, avec leur haute opinion d'eux-mêmes, donnaient une si mesquine idée de riiumanité non moins que de leur raison?
Au fond, toutes les vertus de Mathilde n'étaient que des manifestations de sa foi chrétienne, de sa profonde piété. Sa bonté, avant tout, était de la charité. Ici les biographes sont intarissables, et nous leur en savons gré. De nos jours encore, c'est la marque distinctivedes âmes supérieures, d'être compatissantes aux misères d'autrui, et c'est h cela qu'on reconnaît les cœurs généreux autant que les élus du Seigneur; car l'un ne va guère sans l'autre. Dans tous les temps, — et aujourd'hui, hélas, tout comme autrefois, — on peut constater chez l'homme une tendance pour ainsi dire inéluctable à satisfaire ses appétits, à vouloir tout sacrifier à son bien-être : c'est l'égoïsme humain dans toute sa férocité native et naïve. De tout temps, aussi, des hommes de cœur se sont rencontrés qui ont voulu réagir contre cette funeste tendance : ils n'ont jamais pu faire entrer leurs nobles doctrines que dans un petit nombre d'intelligences mieux douées que les autres, ou d'âmes naturellement compatissantes et douces. La philosophie ne peut que conseiller cette vertu ; elle lui a donné, dans notre siècle, un nom bizan*e. Valtruisme,, — un nom qui sent la métaphysique, tandis que le seul nom qui lui convienne est aussi le plus humain, le plus doux, le plus facile a retenir : l'amour ou la charité. Or, cette charité, la religion seule peut la prescrire comme une loi. Et quelle religion?
Celle-là évidemment que son divin fondateur a prêchée par l'exemple plus encore que par le précepte, puisque, par charité, il s^est immolé pour nous.
Mathilde le sentait si bien, qu'elle faisait toutes ses aumônes au nom de Jésus-Christ, qu'elle aimait <i i\ soulager les membres souffrants du Christ >» , selon la belle expression que lui prêtent ses biographes et dont elle a dû certainement se servir bien souvent. Et la matière ne lui manquait pas. Que de misères à ces époques troublées, où les notions élémentaires du droit et de la justice étaient continuellement méconnues, même par les meilleurs, où les guerres et les dévastations entraînaient après elles tant de calamités générales et particulières! C'est à •ces moments-là surtout que la charité a beau jeu, la charité princière, surtout, alimentée, comme elle Tétait chez Mathilde, par une puissance et des richesses considérables.
Nous n'avons pas à revenir sur toutes les œuvres de charité de la sainte, dont nous avons déjà retracé le tableau d'après les anciens récits : ces repas du samedi, ces vêtements distribués aux pauvres, ces feux allumés pour eux et pour les voyageurs, cette distribution de tous ses biens à l'approche de sa mort. Mais nous insisterons encore ici sur un détail qui doit frapper le lecteur : l'attention délicate qu'elle avait de faire baigner et nettoyer, de nettoyer parfois elle-même tous ces miséreux avant de les réconforter par une abondante nourriture. En cela, elle semble être en progrès sur son siècle et sur bien des
siècles suivants, où Ton n'a pas eu autant de souci de la propreté extérieure. Il est permis de croire que la reine appliquait ainsi à la lettre le précepte de rÉvangile, qui veut que nous fassions à autrui ce que nous désirerions que Ton fit pour nous; elle était douée, —nous aurons occasion de le constater encore d'autres fois, — d'une certaine délicatesse (un de ses biographes semble même le lui reprocher), et la malpropreté, comme Torgueil, lui faisait horreur. Et, de fait, l'orgueil n'est-il pas une des plus terribles malpropretés de l'âme ? Cette particularité nous permet aussi de répondre à ceux qui prétendraient que la charité de la reine n'était pas bien méritoire, puisqu'elle ne faisait, en répandant ses largesses autour d'elle, que dépenser le superflu de ses nombreux trésors : en supposant que ce ne soit pas déjà un mérite assez rare (y a-t-il tant de riches qui dépensent ainsi leur superflu?), elle faisait plus et mieux, puisqu'elle ne craignait point de toucher les plaies, de laver les pauvres, de vaquer en un mot à toutes les besognes qui paraissent si répugnantes à notre délicatesse. « La façon de donner vaut mieux que ce qu'on donne » : il est permis d'affirmer que la façon dont Mathilde donnait ajoutait une valeur toute particulière à ses œuvres de charité.
Nous n'avons pas à insister non plus sur sa piété proprement dite, c'est-à-dire sur ses sentiments chrétiens, sur leur manifestation, sur ses exercices de religion. Qu'il nous soit permis toutefois d'affirmer bien hautement, contre l'incrédulité ou l'in-
différence modernes, le réel mérite de tous ces exercices dont les vieux biographes sont heureux de nous tracer le tableau. On a vite fait de prononcer le mot di exagération y et de dire que la vraie piété doit être pratiquée avec mesure, comme Tapôtre le recommande pour la sagesse. Est-ce que la piété peut vraiment être exagérée ? Il y a des gens qui Tentendent mal, et qui la font consister uniquement dans les pratiques extérieures ; mais nous ne condamnerons pas pour cela les pratiques elles-mêmes : il semble qu^elles soient nécessaires à notre pauvre nature humaine, et nous comprenons fort bien qu*une âme profondément religieuse aime à manifester ses sentiments au dehors, éprouve le besoin d'associer le corps au culte qu'elle veut rendre à Dieu. C'est du reste un article de foi dans l'Église catholique, que le culte extérieur est indispensable aux fidèles.
Tout ce que Ton peut demander à une femme chrétienne qui, comme Mathilde, vit dans le monde et dans une situation brillante, c'est de mettre une certaine discrétion dans la pratique des exercices religieux, de façon à ne point manquer pour ce motif à certains devoirs impérieux et bien définis. Or, nous voyons que la reine usait de cette discrétion, et les biographes nous le font entendre avec une grande naïveté. Du vivant de son époux, par exemple, elle se dérobait, la nuit, li la couche nup-? tiale, sans que son mari sW aperçût, pour aller prier une heure ou deux dans sa chapelle. Henri s'en
apercevait bien quelquefois : mais la piété de sa femme Tavait gagné ; il faisait semblant de ne rien voir et ne paraissait nullement surpris quand elle se retrouvait à ses côtés.
On peut dire, d'une façon générale, que Mathilde passait sa vie en prières. « Elle ne cessait de prier quand elle était en voyage », et le sommeil seul ou les œuvres de charité venaient interrompre ses oraisons. Dans toutes les circonstances importantes de sa vie, si longue et si remplie d'événements, on la voit invoquer Dieu, tantôt pour le supplier, pour implorer des grâces spirituelles ou temporelles, tantôt pour le remercier et le bénir. Mais avec cette âme expansive que nous lui connaissons, elle ne pouvait se contenter de prières muettes ; elle aimait a prier tout haut, soit dans la solitude des sanctuaires, soit au milieu des siens, devant les étrangers même et dans les assemblées. Elle a été des premières, on peut le dire, à exercer un véritable apostolat de la prière, et cet apostolat a porté des fruits excellents, au vu et au su du monde entier, puisque la sainteté a été non seulement son partage, mais celui de plusieurs membres de sa famille, et que tout son entourage s'est ressenti de ses pieuses habitudes.
La piété n'était-elle pas, d'ailleurs, comme un héritage qu'elle avait reçu de ses ancêtres et qu'elle transmit à ses descendants après l'avoir accru ? Admettons, si l'on veut, que les biographes et les chroniqueurs exagèrent un peu la vertu et la piété de Witikind, cet ouvrier de la onzième heure, que Char-
lemagne eut tant de peine à convertir, et qui, une fois converti, aurait dépassé son parrain en sainteté : il n'en est pas moins vrai que Mathilde, dès son enfance , avait entendu parler de cet ancêtre comme d'un fervent chrétien, et que Ton citait alors des églises et des couvents édifiés par lui. Sa grand'mère paternelle, avec qui elle passa toute sa jeunesse et qui lui inculqua en même temps Famour de la lecture et celui de la religion, parait avoir été une femme supérieure, bien capable de former la jeune princesse à la vertu et à la piété, non moins qu'à l'amour des lettres*.
Ce rayonnement de piété qui entoure les premières années^ de Mathilde se répand ensuite autour d'elle et sur sa postérité, grâce au foyer lumineux dont elle est le centre. La piété, la sainteté même, de* viennent, pour ainsi dire, l'atmosphère qu'on respire dans cette famille bénie. L'un de ses fils, Brunon, archevêque de Cologne, sera canonisé; son arrièrepetit-fils, Henri II, sera proclamé saint à son tour. Sa petite-fille, l'abbesse Mathilde, a passé pour sainte et semble avoir pratiqué toutes les vertus de son aïeule. Le mari, les enfants et les petits-enfants de la reine ont été vraiment chrétiens à certains moments de leur vie, — et nous faisons cette res-
I . On peut citer aussi, d'après les chroniqueurs , les pa* rents et les grands parents d'Henri, dont la piété semble avoir été exemplaire (v. p. a6 ci-dessus). La Providence fai» sait entrer Mathilde dans une famille digne d'elle. Sa bellefille, l'impératrice Adélaïde, a été canonisée comme elle.
triction pour bien prouver notre désir de ne point tomber dans l'hyperbole, comme des panégyristes de profession : il est certain que les mœurs étaient encore rudes au x® siècle, les caractères entiers et les passions vives, et que le christianisme avait besoin d'agir sur plus d'une des générations suivantes pour pénétrer la société jusqu'à la moelle. Tout ce qu'on peut demander aux chrétiens d'alors, — aux princes plus qu'aux autres, — c'est d'avoir des moments de vraie et de complète piété, où ils voient leur devoir et regrettent de ne pas l'avoir toujours accompli; où ils se prosternent dans la poussière, au pied des autels, pleins de confusion et de repentir devant la croix de Jésus*Christ, gémissant et sanglotant devant une image de la Vierge, et promettant bien sincèrement de s'amender à l'avenir. Il leur arrivait, à de certains jours, d'oublier les résolutions de la veille — mais à qui cela n'arrive-t-il point ici-bas? — Au fond, ils étaient meilleurs qu'ils ne paraissent dans l'histoire ; ce n'étaient du moins pas des pécheurs endurcis : et Dieu n'est-il pas plein de miséricorde pour leurs pareils ?
Leur plus grand mérite, à tous ces princes de la maison de Saxe, dira-t-on, a été de bâtir des églises, de fonder des couvents, d'enrichir le clergé ; ce n'est pas là de la religion, et c'est, en tout cas, une piété facile. — Ceux qui raisonnent ainsi se trompent absolument i les fondations pieuses du mari et des enfants de Mathilde ne sont qu'une des formes, une
130 t SAINTE MATHILDE.
4es manifestations visibles et tangibles de leur piété; ils traduisaient ainsi à leur manière, — et d'une manière très heureuse, selon nous, — les sentiments vrais et ardents, quoique trop souvent passagers, qui débordaient de leurs cœurs.
En d'autres circonstances, Dieu leur permettait de réparer leurs fautes de manière à ce qu'elles devinssent une source de bénédictions pour la famille. Ainsi la naissance illégitime de Guillaume, fils de l'empereur Otton, devenait pour ce prince une occasion de s'amender : ce bâtard, entrant dans les ordres, priait pour son père et pour tous les siens, et, devenu plus tard archevêque de Mayence, apportait ses consolations spirituelles à son aïeule, au lit de mort. D'après tous les témoignages contemporains, ce fut un digne et saint prélat.
Il n'est pas jusqu'à l'entourage plus éloigné de Mathilde qui ne ressente les douces influences de sa piété. Sa belle-fille, la reine Edith, nous est signalée comme une femme vraiment chrétienne, et de bon conseil outre cela : car c'est elle qui engage son époux, le roi Otton P*^, à se réconcilier avec sa mère. L'impératrice Adélaïde, la seconde femme d'Otton, a été proclamée sainte ; et rien n'est édifiant et gracieux comme le tableau de ces entrevues, de ces réunions de famille, où Mathilde et Adélaïde échangeaient leurs vues et leurs impressions, sans donner accès dans leurs cœurs ni dans leurs conversations au moindre sentiment d'orgueil ou de jalousie, à aucune de ces mesquines passions que la foi et la
charité chrétiennes parviennent seules à extirper ou du moins à affaiblir.
La piété de la sainte embrassait Dieu et ses créatures, et les morts aussi bien que les vivants; c'est là un des traits distinctifs de sa dévotion, et Tun de ceux peut-être qui nous la rendent le plus sympathique : rien n'est touchant comme cette charité de la sainte, qui au soin des vivants associe ôelui des morts. Nous n'osons dire qu'elle a précédé son époque dans cette préoccupation si charitable du salut éternel des défunts ; mais elle a été certainement une des premières à donner à ce culte des âmes toute l'importance qu'il mérite et que l'Église n'a cessé de lui assigner. Il ne faut pas oublier que ce culte était encore assez récent, au moins sous sa forme actuelle, et que Mathilde semble avoir été parmi les plus empressées à le répandre par son exemple autant que par ses exhortations ^
I. Dès le second siècle de notre ère, on avait la coutume de dire la messe sur les tombes des martyrs et même sur celles des défunts pour lesquels on voulait prier et à Fintendon de qui le prêtre donnait la sainte communion. Les prières liturgiques pour les morts remontent au vu* siècle, et semblent s'être répandues plus particulièrement en Allemagne dès le viii*« Saint Grégoire avait établi la doctrine et réglé la liturgie vers Tan 600 ; les services funèbres et la commémoration des Trépassés datent de saint Odilon, abbé de Clunj (mort en 1049)* V^^ ^ établit que, dans tous les monastères de sa congrégation, le lendemain de la fête de tous les saints serait consacré à la commémoraison de tous les fidèles défunts ». (Bati£Pol, Histoire du Bréviaire romain ; Paris, 189$; ouvrage fort intéressant à consulter sur ce point et sur beaucoup d'autres.)
Cest ainsi que nous avons vu la sainte reine demander une messe pour Henri P% son époux, à Tinstant même où il venait de rendre le dernier soupir, avant d'aller embrasser sa dépouille et pleurer au pied de la couche funèbre. Au moment de mourir, elle recommande à sa petite-fille, Tabbesse Mathilde, de ne jamais oublier de prier pour les morts de la famille et pour tous ceux dont elle avait conservé la mémoire, et elle lui présente un registre où leurs noms sont inscrits. Bien d'autres faits nous montrent la sainte sous ce jour particulier, et nous pouvons en conclure qu'elle a été réellement, au X® siècle, au nombre des promoteurs les plus zélés du culte des morts.
Il semblerait que la physionomie de Mathilde fût incomplète et qu'il manquât quelque chose à sa piété, si elle n'avait pas honoré tout particulièrement la sainte Vierge, cette patronne des malheureux et cette ressource suprême des âmes en péril. Les biographes, sans insister particulièrement sur ce point, n'ont pas laissé de nous renseigner à cet égard d'une façon très suffisante. Un passage de la Vie la plus récente est surtout significatif.
Il s'agit des objurgations adressées par Mathilde à son fils, l'empereur Otton, lors de leur dernière entrevue à Nordhausen : en lui recommandant son cher couvent, elle rappelle que c'est dans cette ville que la sainte Vierge Marie lui a obtenu deux fois la grâce d^une heureuse délivrance. Et l'empereur, habitué par sa mère à invoquer la mère du Sauveur^
ne manque pas de mettre ce couvent sous la protection spéciale de Marie. « Que ia sainte mère de Dieu, la vierge Marie, la reine du Ciel, leur donne un favorable accueil et les protège désormais et toujours pourTamour deson Fils, etc....» On voit par là que Matbilde avait appris à tous les siens h honorer la sainte Vierge, comme elle le faisait elle-même, et si les biographes n*insistent pas davantage et n'en parlent pas ailleurs (sauf en de rares allusions), c'est qu'évidemment ce culte de Marie faisait partie des pratiques habituelles de dévotion de Matbilde ^ Que diront les historiens protestants et les prétendus réformateurs qui soutiennent que le culte de la Vierge est une invention des derniers temps du moyen âge, et que les siècles antérieurs — ceux où la foi, d'après eux, était encore pure et vraiment chrétienne — n'ont pas connu cette dévotion ?
On peut croire que la sainteté n'est point parfaite quand il lui manque l'auréole du martyre, ou du moins de la persécution : cette auréole n'a pas manqué à Matbilde, quoique pourtant dans une mesure assez restreinte en apparence. Elle aussi a été, à un moment de sa vie, épurée par la soufrance, — et par la soujSrance du cœur, celle qui est le plus sensible aux grandes âmes. Ses propres fils ont été ses persécuteurs et ne lui ont épargné ni les chagrins ni les avanies ; et ce qu'il y a eu de
I. De même aussi pour le choix du samedi, jour particulièrement cher à Mathilde, et où elle multipliait ses aumônes. (V. à ce sujet la note i de la page 80.)
plus cruel pour cette mère si tendre, c'est que le fils préféré a été Tun de ceux qui Tout fait souffrir, peut-être même celui qui s'est montré, pendant quelque temps, le plus dur pour elle. Tant de dureté, tant d'ingratitude ne peuvent guère s'expliquer — comme le dit naïvement le biographe — que par l'intervention de « l'ennemi du genre humain >» , et c'est bien ainsi que Mathilde cherchait à se consoler ou à se résigner; mais son âme dut saigner à plus d'une reprise.
D'autres souffrances ont pu l'assaillir, mais que nous ne pouvons guère que deviner : nous y avons déjà fait allusion précédemment. Nous voulons parler de certains dissentiments qui ont dû se produire entre elle et son fils Otton, lorsque celui-ci, revêtu de la dignité impériale, commandait en maître à Rome et faisait du pape son serviteur. Les historiens ne parlent pas de ce désaccord ; mais nous avons eu occasion de dire (au chapitre IV) quels motifs pouvaient nous y faire croire.
Enfin, ce qui achève, a nos yeux, comme jadis pour ses contemporains, de caractériser la sainte dans toute l'acception de ce mot, c'est le don de prophétie et de miracle. Nous n'avons pas à revenir ici sur ce qui a été dit plus haut relativement aux prédictions et aux faits miraculeux attribués à Mathilde par ses biographes : notre sentiment, que partageront la plupart de nos lecteurs, est que Ton peut, que l'on doit accepter comme véritable le témoignage de ces historiens qui, jusqu'à preuve du contraire,
semblent avoir été de très honnêtes gens et non dépourvus d'intelligence. Ainsi, les prédictions faites par Mathilde à son fils, Henri de Bavière (v. p. y6 ci-dessus), celle qui lui est attribuée au sujet de son petit-fils, Otton II, et de son arrière-petitfils, Henri le Saint, sa prévision de la mort de Farchevéque Guillaume, et d'autres faits analogues, nous paraissent suffire pour attester que la sainte avait au moins ce don de seconde vue, généralement admis par la science actuelle, et que Dieu a pu départir plus spécialement à quelques-uns de ses élus. Quant aux miracles de la sainte, nous n'avons qu'à renvoyer le lecteur aux observations qu'ils nous ont déjà suggérées (chap. V), et à rappeler, en outre, un fait qui peut tout au moins sembler merveilleux : la facilité avec laquelle Mathilde, pour faire dire une messe au moment de la mort de son mari, détacha de ses poignets des bracelets d'or qui semblaient y avoir été rivés (v. p. ^9. ci-dessus). En supposant qu'il n'y ait là qu'un phénomène d'énergie extraordinaire, accidentelle, ne peut-on pas le faire rentrer dans la catégorie des manifestations toutes spéciales de la puissance divine, en dehors des lois habituelles de la nature, et le considérer comme un miracle proprement dit? Toujours est-il que l'opinion publique, du vivant de Mathilde ou peu de temps après sa mort, lui attribuait le don des miracles, et c'est là un témoignage qui n'est pas à dédaigner, au moins pour tous ceux que n'aveuglent point l'esprit de parti ou les préventions de système.
136 SAINTE MATflILDE.
Mais Mathilde n'était pas exclusivement sainte, et nous aimons à retrouver en elle certains traits qui caractérisent la femme, — la femme supérieure, quelquefois aussi la femme, purement et simplement, — et qui, hàtons-nous de le dire, ne nuisent en rien à Tidée qu'on doit se faire de la sainteté.
Elle était lettrée pour son époque et semble avoir possédé une certaine instruction ; nous avons eu occasion de le constater plus d'une fois au cours de cette biographie. C'est ainsi que les messagers qui viennent lui annoncer la mort de son fils Henri la trouvent occupée a lire « un dialogue » au sortir de la messe (v. p. 76 ci-dessus). Les jours de fête étaient en partie consacrés à la lecture, et l'on nous dit que « tantôt elle prenait elle-même les livres en main, tantôt elle écoutait ceux qui lisaient 'pour elle ». Nous savons encore qu'elle aimait à inspecter ellemême les écoles annexées aux couvents, et à s'assurer ainsi des progrès des jeunes élèves (v. le commencement du chap. VI). Bref, elle estimait que l'instruction, bien dirigée, doit venir en aide a la piété; elle l'a prouvé par son propre exemple. Et, s'il est permis d'émettre ici une hypothèse, malgré le silence des biographes à cet égard, mais en s'appuyant sur certains mots qui leur échappent, nous croirions volontiers que la reine ne se bornait pas à étudier les saintes Ecritures (elle les connaissait à fond, elle les savait même par cœur en grande par* tie), mais que les lettres profanes ne lui étaient pas
étrangères. Et nous aurions ainsi Texplication, peutêtre assez plausible, de toutes ces réminiscences classiques dont ses biographes ont émaillé leurs récits, et qui, pour eux, étaient un hommage rendu à Tinstruction si variée de la reine. A ce point de vue, les réminiscences en question, des vers de Virgile tout entiers, par exemple, ou de Térence, que les critiques allemands leur reprochent avec tant de force, ne seraient qu'un témoignage de plus en faveur de la véracité des vieux historiens.
Elle aimait la musique : nous voyons qu'après la mort de son fils Henri, alors qu'elle entre, comme le dit un de ses historiens, « dans un veuvage plus rigoureux que le premier » et s'interdit un certain nombre de plaisirs ou de distractions qu'elle s'était permis jusque-là, elle renonce a la musique profane : « elle ne voulait plus entendre aucun artiste chantant des airs mondains, ni voir aucun comédien ; elle n'écouta plus désormais que des chants sacrés, empruntés aux Evangiles et à d'autres livres saints, et elle trouvait sa joie la plus vive au récit de la vie et des souffrances des saints. Elle évita de même tous les autres plaisirs du monde.... » On voit, d'après ce texte, que, durant une bonne partie de sa vie, la sainte ne se faisait pas scrupule d'entendre et peutêtre aussi de pratiquer la musique, même mondaine : sans doute elle pensait alors, comme plus d'un d'entre nous, que la musique en soi n'a rien de mauvais ni de dangereux, et qu'elle a même toujours, en un certain sens, un caractère mystique et
religieux qui peut élever rame tout en charmant le cœur.
Nous avons déjà insisté plus haut sur un trait tout particulier du caractère et de la vie de sainte Mathilde : son goût pour les occupations extérieures, pour la vie active, même pour le travail manuel. Elle aimait à répéter, avec saint Paul, que « celui qui ne veut pas travailler, ne mérite pas non plus de manger », et, fidèle à cette maxime, elle s'appliquait à travailler de ses mains ou autrement, tous les jours ouvrables, avant de se permettre la moindre réfection ; « elle travaillait toutcomme une servante », nous dit un de ses biographes. Si nous ne craignions de mal rendre notre pensée en employant un terme qui, de nos jours, se prend quelquefois en mauvaise part, nous dirions que Mathilde était une femme pratique : mais ce qui lui donne précisément plus de mérite et d'originalité, c'est qu'elle savait admirablement allier ce sens pratique avec le mysticisme si naturel à une âme profondément religieuse. A l'époque primitive où l'on distribuait les sœurs, k leur entrée au couvent, dans l'une des deux catégories de la vie monastique, les agissantes et les contemplatives, les Marthes et les Maries^ comme on disait alors, on aurait été un peu embarrassé pour assigner à notre sainte une place bien définie ; elle aurait voyagé sans cesse entre la cellule d'une Marie et la chambre d'une Marthe.
L'humeur voyageuse était, du reste, dans son tempérament, et dénotait chez elle une rare et
presque fiévreuse activité. Est-il besoin de rappeler ici tous ces voyages, multipliés encore sur la fin de sa vie, et qui avaient généralement la charité pour objet? Sans doute aussi, quoique le biographe ne fasse que l'indiquer en passant, elle aimait à se rendre compte de la gestion de ses fermiers et de ses intendants, lorsqu'elle «circulait à travers ses bvrgs et ses domaines » ; en femme de tète, elle ne voulait pas être trompée ni volée, elle tenait à faire rapporter assez à ses propriétés pour pouvoir venir en aide à un plus grand nombre de malheureux et subvenir aux besoins d'un plus grand nombre d'églises et de couvents. Et, de fait, ses ressources paraissent avoir été considérables, si l'on en juge par tous ces festins offerts aux pauvres, par toutes ces dépenses faites pour des fondations pieuses, et aussi par le dépit que ses fils éprouvèrent, en un moment d'égarement, de la voir dissiper ainsi son immense fortune au lieu de thésauriser a leur intention. Mais ce qui est certain, c'est que, si Mathilde était économe et vigilante, elle ne fut jamais avare, et qu'aussi elle ne parait pas avoir dépensé outre mesure pour ses propres besoins.
Et pourtant on trouve dans sa biographie la trace d'un certain penchant au luxe et à la toilette, qui, pour nous, n'obscurcit pas l'auréole de la sainte tout en accentuant un peu son caractère de simple mortelle, de femme dans toute l'acception du mot. Elle était femme, quoique sainte, nous ne saurions trop insister sur ce point : la nature ne perd jamais
entièrement ses droits, et Ton regretterait presque qu*il en fût autrement. Le saint parfait est impos>sible ici-baSy puisque Thomme n'est pas un ange et qu'il doit lutter contre sa nature; le plus grand saint, d'après un vieux dicton, pèche jusqu'à sept fois par jour, mais on aime à croire que ce sont là des péchés très véniels et tellement fugitifs qu'ils ne laissent aucune empreinte dans l'àme du pécheur; et c'est de ce genre sans doute qu'étaient les péchés de Mathilde.
Son plus ancien biographe lui reproche d'avoir eu à l'excès le goût de la toilette : « Ses œuvres pies luiauraient certainement valu la palme delavirginité (dans son veuvage), si elle n'avait point tant recherché l'éclat mondain de la parure et des vêtements. «» Le' second biographe est plus explicite : « Le jour où elle apprit la mort de son fils Henri, elle déposa les vêtements princiers dont elle s'était toujours parée, même durant son veuvage. Car, après la mort du glorieux roi Henri, son époux, elle avait toujours porté une robe écarlate, d'une seule couleur, mais non pour se montrer, car elle la cachait sous une enveloppe de lin, et, en guise d'ornement, elle portait quelques parures d'or\ Elle écarta désormais tous ces ornements et ne se montra plus que revêtue d'une robe de deuil. »
Elle dut avoir à lutter pourtant jusqu'à ses der«
i« « En public, dit-il ailleurs, elle se montrait ornée de soie et de pierreries, mais au dedans elle portait un orne* ment bien plus précieux, un cœur agréable à Dieu. »
niers jours contre ce goût de la parurci si naturel à toutes les femmes» et plus particulièrement à une Saxonne h peine émancipée de la barbarie. Ace point de vue Thistoire de sa mort est significative : nous avons vu comment la sainte avait accompli son dernier acte de charité en donnant a Tarchevêque Guillaume un magnifique vêtement qu'elle avait réservé pour ses propres funérailles. Même dans la mort, elle tenait à être richement vêtue. Et Tauteur ajoute que Dieu récompensa ce sacrifice, puisque, le jour de ses funérailles, « au moment où son corps venait d'être posé sur la civière, des messagers vinrent de la part de sa fille, la reine Gerburge, ap» porter un vêtement (ou un manteau?) broché d'or^ assez large pour recouvrir le tombeau de son seigneur, le roi Henri, et le sien » . Il semblait que Dieu voulût permettre à la sainte d'emporter jusque dans la tombe ce petit vestige de vanité féminine •
Nous nous garderons, aussi, de lui faire un reproche au sujet de certaines contradictions et de certaines faiblesses qui se rencontrent par moments dans son caractère : ainsi sa douleur presque excessive devant le corps de son mari, malgré l'apparente insensibilité dont elle a faitpreuve au moment même où elle apprenait sa mort, et où elle avait assez de force d'âme pour chercher un prêtre en état de dire une messe et pour assister a cette messe jusqu'à la fin. On a soin de nous dire que ces vives démonstrations de douleur ne dégénèrent point en désespoir et sont tempérées par la piété, par la confiance en
Dieu. Mais nous ne serions pas éloignés de croire que la reine s*est réellement abandonnée, après coup, à un violent désespoir, et que, au milieu de toute sa famille ëplorée et gémissante, elle n'a point cherché à retenir l'explosion de sa douleur. C'est si naturel, en pareil cas, et à cause du caractère encore à demi barbare dont nous pariions tout à Theure, et à cause de la détente nécessaire après la compression de la première heure !
Ces demi-barbares, même civilisés par le christianisme, même élevés jusqu'à la sainteté, se laissaient aller parfois aux manifestations les plus violentes de la passion ou du sentiment. Rien de caractéristique en ce genre comme la scène si étrange et si touchante à la fois qui se passe entre Mathilde et son fils, Tempereur Otton, lors de leur dernière «ntrevue, et que nous avons résumée à la fin du chapitre IV ci-dessus. Ces larmes, ces sanglots, ces étreintes, ce désespoir de la séparation, tout cela est bien nature et n'a certainement pas été inventé par le biographe.
Peut-être est-ce dans le même ordre d'idées qu'il faut chercher l'explication, ou l'une des explications (car il peut y en avoir plusieurs, toutes également plausibles), de l'injuste préférence de Mathilde pour son fils Henri. Je dis : injuste^ en me plaçant au point de vue purement humain et surtout moderne ; car nous avons déjà fait remarquer, plus haut, que cette préférence pouvait avoir eu des raisons mystiques, et alors cette apparente injustice ne ferait
qu'accentuer davantage le caractère de sainteté de la reine. On peut y voir, évidemment, une revanche de la nature sur la grâce, et penser que Mathilde, en faisant tort à son fils aine, a obéi à un sentiment peu généreux ; mais Dieu fait parfois servir les causes les moins avouables et les pires instruments jà ses plus hauts desseins, et produire des effets salutaires aux motifs les plus futiles ou les plus criminels. La mère qui aime un de ses fils plus que tous ses autres enfants et qui cherche à lui iaire occuper la place dévolue à l'aîné, est ici doublée d'une voyante qui a une sorte de pressentiment, qui croit, par intuition, à la prédestination de ce fils ou de sa descendance, à la sainteté comme à la grandeur d'un de ses rejetons.
Les motifs que le second biographe assigne à cette préférence ne sont pas précisément de cet ordre : a Henri ressemblait h son père pour l'activité, la vaillance et les traits du visage; mais dans toutes les traverses et pour supporter l'infortune il suivit avec soin les traces de sa glorieuse mère, et c'est pour cela qu'il était particulièrement cher à la sainte de Dieu. Comme s'il eût été son fils unique, elle lui réservait toutes ses caresses, lui donnait la première place dans son affection avant tous ses autres enfants, et désirait ardemment que, si toutefois l'accomplissement de cette volonté plaisait à Dieu, Henri arrivât au trône après la mort de l'illustre roi Henri, son père. C'est de là que vint pour ce fils le commencement de ses infortunes, et c'est pour cela que
le glorieux Otton fut pendant quelque temps irrité contre son frère, et c est de la sorte que la haine et une assez longue inimitié s'éleva et grandit entre les deux frères. » Dans la suite, lorsque Otton eut été proclamé roi, après qu'un certain nombre de princes eurent proposé de donner la couronne à Henri « parce qu'il était né dans le palais royal » (c'ést-a-dire depuis l'élection de son père comme roi de Germanie), tandis que d'autres étaient d'avis qu'Otton devait obtenir le pouvoir suprême parce qu'il était plus avancé en âge et d'un esprit plus réfléchi, lorsque, enfin, « par une permission de la divine Providence le sceptre royal fut passé entre les mains d'Otton, la discorde qui avait toujours régné entre les deux frères depuis leur jeunesse ne fit que s'accroître de plus en plus. Toujours en lutte, ils n'échangèrent plus aucune parole pacifique. Et alors le jeune prince royal Henri éprouva beaucoup de contrariétés, que sa glorieuse mère adoucissait toujours par de consolantes et salutaires paroles, en lui remémorant avec assiduité l'Écriture sainte qui dit : « Dieu châtie celui qu'il aime, et II fait comme un père envers son fils. »
La prédilection de Mathilde pour Henri s'accentue encore davantage lorsqu'elle a le malheur de le perdre. Nous ne pouvons queVenvoyerle lecteur au récit du second biographe, qui a été reproduit plus haut (au commencement du chap. Y), et aussi à rhistoire de cette réunion de famille à Frosa, où Ton voit que l'affection de la reine s'est reportée de
son fils mort sur le jeune Henri, son enfant, qu'elle recommande tout spécialement à la protection divine (p. 8 8 ci-dessus).
Il nous reste à dire quelques mots du rôle politique de Mathilde; mais ici, comme nous Tavons déjà remarqué ailleurs, nous nous heurtons à de sérieuses difficultés, dues au silence, probablement volontaire, que ses biographes ont gardé à ce sujet. Le champ des hypothèses reste ouvert; nous nous bornerons à quelques inductions qui paraîtront peutêtre assez légitimes, et que nous avons brièvement énoncées à la fin du chapitre iv.
Une femme d'un esprit aussi éminent et qui parait avoir exercé une influence aussi considérable sur son entourage et même sur son peuple, ne peut pas être restée entièrement en dehors de la vie politique de son temps, ni étrangère aux projets ou aux préoccupations des siens. En supposant que, en femme intelligente et chrétienne, elle ait tenu a ne pas jouer un rôle capital dans le gouvernement de son mari ou de son fils, on ne peut admettre pourtant que son rôle ait été aussi effacé que le ferait croire la discrétion de ses biographes. Il est prouvé qu'elle exerçait un certain pouvoir et que son fils Otton, comme son époux, avait pour elle, assez généralement, une grande déférence. Comment admettre, avec les chroniqueurs, qu'elle ait toujours borné son crédit à faire construire des couvents? Elle était, en toute occasion, et plus particulièrement lors des réunions solennelles de la famille,
comblée d'honneurs et de marques de respect; ellemême ne semblait pas fuir la représentation et tenait fort bien son rang de reine, jusqu'au milieu des foules qu'elle admettait autour d'elle et des malheureux qu'elle soulageait. Elle avait marié ses filles à des princes puissants, et ces mariages ont un caractère politique très prononcé ; on peut hardiment affirmer qu'elle les a préparés et conclus, en vue de l'intérêt de sa famille et du royaume. Tout cela ne nous autorise-t-il pas à penser que sa voix était écoutée, sinon dans les réunions des chefs, où la fierté saxonne n'aurait point voulu admettre une femme, du moins dans les conseils de famille et dans l'intimité, où les rois dont elle était l'épouse et la mère ne devaient pas craindre de la consulter ? C'était bien la, d'après Tacite, le rôle de la femme chez les anciens Germains, qui lui reconnaissaient, outre une intelligence subtile, le don de prévoir ou de pressentir les événements capitaux. Et rien ne s'oppose ainsi à ce que nous voyions dans Mathilde un champion des idées de sagesse et de modération dont elle eut le regret de voir son fils, l'empereur Otton, s'éloigner de plus en plus vers la fin de sa vie. Cela, joint à la douleur que lui causaient les démêlés de ce fils avec le pape, suffit à expliquer les passages un peu obscurs où ses biographes mentionnent ses inquiétudes maternelles et racontent sa dernière entrevue avec Otton. Elle n'approuvait pas la politique nouvelle de la maison de Saxe, et prévoyait des malheurs dans l'a-
venir. Et s'il en est ainsi, nous aurons raison de dire que la sainte, si clairvoyante pour toutes les choses de la vie spirituelle, ne Tétait pas moins pour les intérêts temporels de sa famille et de son pays.
Son rôle social est bien plus facile à définir: Matliilde a été Tamie des pauvres, la providence des malheureux, et, en cette qualité, elle a été en avance sur son siècle, elle a réussi à faire aimer ceux que Ton ne faisait auparavant que redouter, elle a amené les humbles et les miséreux à ne point s'insurger contre leur destinée, ni contre les riches, les puissants, les heureux du jour. C'a été le rôle de bien d'autres au moyen âge, et la plupart d'entre eux ont été canonisés par l'Église ; mais ce qui semble distinguer plus particulièrement Mathilde, c'est l'ardeur, l'activité, la fièvre même, si l'on veut, qui la poussait au service des pauvres. Elle ne les attendait pas, elle ne les laissait pas venir: elle allait audevant d'eux, elle les sollicitait, elle les poursuivait dans ses voyages et revenait sur ses pas, quand elle les avait, par hasard, dépassés. C'est là une marque caractéristique de cette charité qui, ce nous semble, diffère de celle des autres saints contemporains. Et qui sait, qui peut dire quelle a été l'inftuence d'une pareille reine sur son époque et même sur l'âge suivant, au point de vue de la pénétration, dans les masses, des idées chrétiennes et de la civilisation moderne ? Remarquons aussi que l'action de Mathilde s'est exercée sur ses fils, ses petits-fils, ses arrière-petits-enfants, et que, par
conséquent, son rôle social a eu pour champ, non seulement le siècle dans lequel elle a vécu, mais encore une ou deux générations après elle, c'està-dire qu'il a duré assez de temps pour modifier profondément des peuplades encore à demi barbares et préparer un âge nouveau. On ne peut contester, en effet, le progrès des mœurs publiques en Allemagne, durant le xi^ et le xu^ siècles, progrès dû presque uniquement à Taction bienfaisante de rÉglise; et personne n'a contribué plus que sainte Mathilde à répandre Tesprit de TÉvangile et Faction de l'Église dans la société germanique de cette époque. Elle a été, quoique reine, la sainte du peuple.
Ce sera là, si l'on veut, notre conclusion. Mathilde a brillé, comme sainte, d'un éclat tout particulier, et s'est montrée en même temps éminemmenjt pratique dans sa sainteté. Tout est en germe dans l'Évangile, les vertus des saints aussi bien que les dogmes de l'Église ; et, comme pour tout ce qui est germe, le temps fait et a dû faire son office. C'est donc par une admirable providence de Dieu, par une disposition toute naturelle de sa sagesse comme de sa bonté, que les premiers siècles du christianisme, si féconds en martyrs, en docteurs, en confesseurs, n'ont pas épuisé tous les genres, ni tous les degrés de sainteté, — pas plus qu'ils n'ont développé dans la doctrine tous les enseignements dont elle était susceptible, ni même indiqué tous les points de détail qui peuvent s'y rattacher.
Mathilde a été la sainte de son temps et de son pays. Tout en réunissant en elle les principales vertus chrétiennes, elle a été, en somme, bien plus pratique que mystique; c'est une sainte agissante plutôt que contemplative qu'il fallait à TAUemagne du x^ siècle : et c'est là ce qu'a été sainte Mathilde.
I. Dissertation de Fœrstemann sur la Vie la plus récente de sainte Mathilde (Nordhausen, i838)*.
L'auteur, en relisant cette Vie, a noté un certain nombre d'observations relatives au biographe et à son style, et il les soumet humblement à Texamen des hommes compétents.
Il attribue d'abord cet ouvrage à saint Godehard, qui l'aurait écrit vers l'an loio. Diverses preuves semblent devoir confirmer celte opinion : la date présumée, la vie et le caractère du moine Godehard et du roi auquel il a dédié la biographie de la sainte, et plusieurs autres circonstances.
Henri H y est appelé roi de Germanie : il n'était donc pas encore empereur, puisqu'il ne prit ce titre qu'en ioi4; et il était monté sur le trône
I. Cette petite brochure est devenue à peu près introu- Yable \ nous avons cru rendre service au lecteur en la résumant ici.
d'Allemagne en 1002. Godehard, qui fut canonisé dans la suite par le pape Innocent II, était né dans la Bavière aux environs de Tannée 960, huit ou neuf ans avant la mort de sainte Mathilde ; il fut élevé au couvent d'Altaich [in monasterio Altahensi)^ resta trois années chez Tévêque de Salzbourg, et entra en 991, comme religieux, au couvent où il avait passé sa première jeunesse : il en fut abbé de 997 à ioo5, puis abbé d'Hersfeld de ioo5 à 10 12, revint à Altaich de 1012 à 1022, et fut enfin, en 1022, évêque de Hildesheim, où il mourut en io38. Le roi Henri II, grand protecteur du clergé, des couvents et des religieux, avait pris Godehard en amitié ; ils étaient unis par un même goût pour la vie sérieuse et réglée que menaient alors les chrétiens d'élite. Laïques et religieux s'entraînaient par les lectures pieuses, les méditations, et surtout par l'exemple de ceux qui, les ayant précédés dans la voie de la piété, avaient mérité le nom de saints. Henri avait lu un grand nombre de ces vies de saints, et désira connaître aussi celles de ses ancêtres, principalement de sa bisaïeule, la reine Mathilde. Un auteur, qui doit être Godehard, répondit à ce vœu. Voilà ce que nous savons par la préface même de ladite biographie, préface en forme d'épître au roi Henri. Mais tout cela, de l'aveu de Fœrstemann, ne prouve qu'une chose, à savoir que l'abbé Godehard a pu écrire ce livre. D'autres arguments nous obligent à croire que c'est bien lui qui l'a écrit. D'abord la sollicitude que l'auteur témoigne
en faveur du couvent de Nordhausen, sollicitude telle, que l'ouvrage semble avoir été composé uniquement en vue de stimuler le zèle du roi à l'égard de ce couvent et de provoquer ses libéralités*. Or, il est prouvé que Godehard était dans une telle disposition d'esprit, et qu'il ne fit pas en vain appel à la générosité d'Henri II. On a une lettre de lui, datée de Mulhouse, la seizième année de son règne (il était empereur depuis quatre ans, en 1017), où se trouvent les lignes suivantes :
a Nous reconnaissons que si la divine Providence nous a élevé à ce faîte de l'empire, c'est pour que nous puissions confirmer les donations faites par nos devanciers, en vertu de leur autorité impériale, aux églises vénérables et autres lieux consacrés à Dieu, et les augmenter encore par la munificence gratuite de nos largesses. Il faut donc que tous les fidèles serviteurs de Dieu et les nôtres sachent bien que nous donnons et concédons, par la présente lettre impériale, le domaine de Gamin. . . , avec toutes ses dépendances..., etc., sans que nul homme de notre royiaume puisse y mettre obstacle, au monastère bâti par notre bisaïeule, la bienheureuse Mathilde, à Nordhusen, en l'honneur de la sainte Mère de Dieu, Marie, de saint Jean-Baptiste et du bienheureux martyr Eustache, monastère actuellement
I . On a pu Toir plus haut (chap. it et vu) que cette appréciation est exagérée ; Mathilde s'intéressait, il est rrai, tout particulièrement au monastère de Nordhausen; mais bien d'autres furent Tobjet de sa sollicitude.
gouverné par la vénérable abbesse Bia; cette donation a été faite jadis par ladite reine à Téglise susmentionnée, et c'est pour le salut de notre âme, pour celui de nos parents, el grâce à r inten^ention du ifénérable Godehard^ abbé de V église d'Altahensis, que nous la confirmons, et avons ordonné, et ordonnons que nul comte, nulle autorité judiciaire de haute ou de basse justice n'ait Faudace de se substituer aux droits qui appartiennent à ce couvent..., etc., sauf le cas où Tabbesse aurait choisi à cet effet un délégué légitime*. »
Ce document, conclut Fœrstemann, prouve bien rattachement et l'intérêt que Godehard portait à l'église de Nordhausen. On peut affirmer, en outre, que nul autre écrivain de cette époque n'était capable d'écrire ce livre; et il s'ensuit que l'on doit présumer que Godehard en est l'auteur, et qu'il le composa vers l'an loio ou loia, et en tout cas avant ioi4- (L'auteur, qui ne connaissait pas la Vie ancienne, suppose en outre, — et non sans motif, on le voit, — que la biographie de sainte Mathilde par saint Godehard s'appuyait sur des récits antérieurs, rédigés par des contemporains de la reine, et probablement intéressés à la prospérité comme à la gloire du couvent de Nordhausen.)
I. Voir, pour le rôle de saint Henri dans la vie religieuse de son temps et surtout pour la protection qu'il accordait aux couvents, la remarquable vie de ce saint, que M. Tabbé Lesètre Tient de publier dans notre collection. Il ne men« tionne pas, du reste, le document que nous citons ici.
La seconde partie du mémoire de Fœrstemann nous parait moins intéressante, moins probante aussi, et surtout moins utile à connaître pour le but que nous nous proposons. Après avoir affirmé (ce que nous admettons volontiers) que le style de saint Godehard est infiniment supérieur à celui de ses contemporains, dont le latin est toujours barbare et incorrect, il prétend démontrer que ce style dénote une préoccupation rythmique dont Toreille est facilement frappée, que ses phrases ont des cadences particulières, analogues à celles des vers, et un parallélisme très curieux à constater. Il laisse à d'autres le soin de se prononcer sur l'origine de ce rythme et de ces cadences, dont on attribue le premier emploi aux Arabes, ou aux anciens Germains, ou plutôt aux cantilènes ecclésiastiques; il rejette pourtant l'hypothèse d'après laquelle l'auteur de la biographie aurait reproduit, en le mettant en prose, un poème en vers léonins écrit en l'honneur d'Henri P"^ et de Mathilde, poème dont il aurait tâché de détruire le rythme, tout en en conservant les parties essentielles et souvent le texte entier*.
Ce qu'il veut mettre en relief, c'est la préoccupation presque constante, chez le biographe, de
I. Cette manière d'écrire était fort en vogue au mojen âge et surtout au xi* siècle, où la prose rimée avait fini par supplanter la poésie. Quelques savants allemands, postérieurs à Fœrstemann, ont repris la thèse, qu'il combat ici, d'un poème antérieur qui aurait servi de texte aux deux biographies; rien n'autorise cette supposition.
donner à son récit cette tournure élégante, ce style sémi-poétique, qui lui paraissaient le mieux appropriés à un pareil sujet. Et il en donne un exemple frappant, en transcrivant la narration des fiançailles et du mariage de Mathilde, et en ayant soin d'indiquer, par des signes typographiques, la symétrie et les cadences du style.
Nous ne suivrons pas le critique dans cette démonstration, qui nous a paru assez plausible, et nous admettrons volontiers avec lui que c'est bien saint Godehard qui a pu écrire la Vie la plus récente de sainte Mathilde, et que, pour se mettre à la hauteur d'un pareil sujet, il a employé la forme de style réputée alors comme la plus brillante. Ajoutons aussi cette remarque, qui a déjà été faite plus haut, dans le corps même de notre livre, que l'auteur, évidemment sincère, convaincu, véridique et bien renseigné, a cru devoir, de temps à autre, agrémenter son style d'emprunts faits à des poètes ou à des écrivains antérieurs, — mais uniquement lorsqu'il s'agit de faits ou d'idées d'un ordre général, ou de vertus et d'actions qui pouvaient convenir également à son héroïne et à des personnages plus anciens. C'est, en somme, mais à un degré moindre, le système qu'avait déjà suivi son prédécesseur, le premier biographe de Mathilde.